Souffle Mots

Souffler les mots, une passion, le rêve d'un métier

7th novembre 2019

Cosmologie d’une Histoire

Bonjour à tous,

La suite du cercle Artistique (que j’avais oublié de poster ^^). Le thème était : Départ.

L’image est un dessin de ma part réalisé durant Inktober.

Bye et bonne lecture !

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Cosmologie d’une Histoire

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Au départ il n’y avait rien.

Ou plutôt il y avait tout :

Le début et la fin,

Condensés en un point,

L’infini dans la plume du fou,

L’éternité suspendue au doute.

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Avant le premier mot, le premier cri,

Précédant la mort, anticipant la vie,

Devançant la lumière d’une seconde,

Pour créer le temps à la lueur de l’ombre :

Primitive, primordiale, la goutte

D’encre.

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Dans les souvenirs oubliés, je revois sa chute

Empreindre l’espace d’élans d’émotion brute.

C’est l’inflation, l’expansion d’une Histoire,

De lettres agrégées en mots, en phrases,

De protons, d’électrons puis de trous noirs.

Et tout autour le vide nous écrase.

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Le départ n’est qu’illusion pour oublier

L’avant. La fin un prétexte, un faux-fuyant,

Un mur à l’horizon dressé devant l’après.

Ignorant le dénouement, j’écris,

Pour comprendre l’Univers, je vis.

On ne voit que la lumière.

J’attends l’obscurité.

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17th juillet 2019

Le Saint G

Salut !

Le cercle artistique se poursuivant, voici un nouveau court récit à vous proposer. Le thème était : Parchemin.

Quand j’écris, j’écoute toujours de la musique, j’écris au rythme des notes et peut parfois mettre une chanson en boucle. Alors pour une fois, comme j’en ai envie depuis longtemps, j’ai décidé de mélanger les arts. A vous de me dire ce que vous en pensez !

Bye et bonne lecture.

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NDLR : il est impératif pour l’expérience de lecture de lire le récit en lançant les musiques associées à chaque fois. Pour lire les musiques, cliquer sur les liens en début de paragraphe. Si les liens ne s’ouvrent pas, vous trouverez le nom des musiques à la fin du récit (pour les chercher sur Youtube, Spotify…).


Le Saint G

En l’an 2684, dans les faubourgs de Brest, capitale Armo-européenne, la quête du Graal a repris. Objet de légende datant d’avant l’Explosion Lunaire, son histoire s’est perdue au fil des siècles, ensevelie sous la poussière cosmique. Il ne subsiste aujourd’hui que le souvenir d’un mythe et d’une forme – ronde dit-on. Mais comme tout objet de légende, il suscite bien des convoitises et génère bien des risques…

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“Tourne Lucas ! Touuurne bordel !” Hurla Lilly d’une voix grave avant d’être projetée brutalement contre la paroi métallique.

Les mains fermement agrippées aux manettes, Lucas regarda la montagne de la décharge passer à seulement quelques centimètres tandis que l’Albator entamait une vrille dans un effort désespéré pour redresser le cap.

“Si on s’écrase, ça sera facile pour la répression des fraudes de nous chopper, qu’est-ce tu fous Lucas ?” Le houspilla Lilly en se relevant péniblement, faisant jouer sa large mâchoire carrée et ses muscles saillants pour voir si elle n’avait rien de cassé. Elle dégagea son visage de la longue tignasse blonde qui lui barrait les yeux, et tata la sacoche qu’elle avait en bandoulière avant de pousser un soupir de soulagement.

“Demande ça à Sophia ! Lui répondit Lucas. Comment t’veux que je conduise et que j’évite les tirs de la milice ?”

Assise à l’arrière du cockpit, la jeune fille en question ne pris pas le temps de regarder ses deux compagnons.

“Sont sacrément nombreux j’te ferai remarquer, et il en arrive toujours plus ! J’crois qu’on a chopé le gros lot les gars…”

Se mordillant le bord des lèvres, Sophia tira plusieurs coups d’auto-canon avant de pousser un cri de joie. Le moteur du véhicule le plus proche pris feu avant d’exploser dans une violente détonation qui envoya de nouveau valdinguer l’Albator.

“P’tain de traitement hormonal, râla Lilly en s’agrippant de toute ses forces aux poignées pour essayer de rejoindre le tableau de bord. Si j’dégueule pas sur les commandes on a d’la chance.”

Lucas louvoyait entre les squats ayant bourgeonnés un peu partout dans les vieilles tours en ruine, étrange forêt urbaine où les monticules de débris servaient à ancrer l’ensemble dans un sol depuis longtemps disparu. Du pont reliant les faubourgs au centre ville en enjambant le bras de mer, il ne restait qu’un pylône peinant à soutenir le tablier de béton armé et les quelques tours aux fondations noyées avaient pris appui sur cette branche providentielle. La jungle de Brest, Lucas la connaissait par cœur et l’Albator qu’il pilotait depuis déjà trois ans n’avait besoin d’aucune liane pour l’emmener d’un bout à l’autre, et sur l’océan parfois, quand il voulait être seul.

“Tu réfléchiras plus tard à ta condition Lilly, la lourdeur du traitement, le regard des autres, l’inexistence civique…j’te promets de t’accompagner gueuler sous les toits de l’Organe ! Mais je t’en prie Lilly, je t’en supplie…c’est toi, trans, à être la première personne de la Galaxie à avoir le Graal entre les mains ! Alors écrit l’histoire avant qu’on claque tous !”

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Une heure plus tôt…

“Allez v’nez on va au bar, j’vous paie une chope d’éther. Je m’ennuie à mourir ici…” Lucas traînait les pieds dans les dunes de sable lunaire, son matériel d’archéologie laissant une large trace de transpiration dans son dos.

“Faut encore que j’rembourse Bryan pour le dépannage de la semaine dernière…soupira Sophia.

-   Ta ration d’eau avait de nouveau été polluée ? Demanda Lilly d’un air embêtée.

-   Ouai…encore le coup de Night et de sa clique de fanatiques je parie. Ils veulent purifier la terre des Hommes qu’ils disent mais ils polluent le peu d’eau qu’on a…

-   S’tu veux mon avis, il a surtout pas dû digérer qu’tu l’aies largué, fit Lilly avec un petit clin d’oeil coquin.

-   Prochaine fois fait nous signe, on partagera, lui proposa Lucas.M’ci les gars. Enfin pour l’instant faut qu’je trouve un moyen de le rembourser si j’veux pas qu’il m’envoie ses gars aux trousses.”

Lucas observa le paysage mouvant autour de lui, les dunes qui naissaient pour disparaître une heure plus tard.

“Si seulement on pouvait savoir quel coin on a déjà fouillé et quel coin on a pas fouillé…

-   Sinon on va chercher dans les débris du quartier est, proposa Lilly.

-   Et se mêler à tous ces pilleurs ? Plutôt crever de soif, cracha Sophia.

-   Qu’est ce qui nous différencie d’eux ? Demanda Lucas. Pas sûr de valoir mieux moi…”

Posant son lourd sac au sol, Sophia sortit ses outils de travail.

“Ce sont des pilleurs, je suis une chercheuse. Il y a un monde entre eux et nous ! Ils se moquent de l’Histoire !” Déterminée, elle commença à baliser le site et à le protéger pour limiter l’apport de sable.

“Mouai…enfin on vend tout c’qu’on trouve. J’vois pas de différence moi…”

Lilly lui jeta un regard menaçant et Lucas ravala ses remarques d’une moue bougonne. Il ne voulait pas se fatiguer à la tâche pour rien mais se mettre Sophia à dos, c’était bien pire.

Sept ans qu’ils travaillaient ensemble. Lucas avait d’abord commencé avec Lilly, ils avaient pris leurs marques dans un monde brutal et sournois des pilleurs de trésors archéologiques. Pourquoi ils avaient commencé à faire ça ? Pourquoi ils ne se démenaient pas en ville comme tant d’autres ? Lucas se posait la question à chaque fois que le Soleil tapait sur sa tête à le rendre fou et que le sable lui brûlait les poumons. Puis il survolait la capitale avec l’Albator et il savait. Sophia les avait rejoint un peu plus tard, amadouée par les yeux amoureux de Lilly, et une routine s’était petit à petit installée. Chacun avait son rôle, chacun savait pouvoir compter sur l’autre. Que cela plaise ou non à Sophia, ils étaient pilleurs de trésors. Et Lucas aimait ça.

“Les gars, appela Lilly, je crois que j’ai trouvé un truc.”

Dans ses mains elle tenait un petit coffret de pierre polie cerclé d’un liseré d’or. Sa voix oscillant entre le grave et les aigus n’était plus qu’un souffle, à peine suffisant pour ôter le sable sur le dessus de l’objet.

“On va p’t’être l’ouvrir avant de le vendre, juste voir ce qu’il y a dedans.” Depuis les centaines et les centaines de jours passés à chercher des artefacts d’une quelconque valeur perdus dans le sable lunaire, jamais ils n’avaient trouvés mieux qu’un étrange objet en forme de queue de cochon rouillé. Après l’avoir longuement étudié Sophia en avait retiré dix jours de rations pour trois mais n’avait jamais pu comprendre ce à quoi il servait. Retenant sa respiration, la jeune femme passa sa tête par dessus l’épaule de Lilly.

“Ouvre le ! Ouvre le !”

A peine eut-elle passé sa main sur le couvercle qu’un léger cliqueti se fit entendre. Comme une rose-automate sortie d’un autre temps, le coffret s’anima, déployant ses pétales de roche un à un pour laisser entrevoir un nouveau contenant, à peine plus petit qui, lui aussi, se mit à étendre ses bras de pierre engourdis par un trop long sommeil. Et encore une boite. Encore l’éveil d’un mécanisme d’horlogerie d’une poupée russe sans âge. Et encore. Et encore. Puis soudain tout s’arrêta. Plus de cliquetis, juste le silence des dunes. Devant eux se tenait un disque aux milles reflets troué en son centre. Une écriture avait un jour dû aller d’un bout à l’autre car quelques traits noirs subsistait, tous illisibles sauf pour une lettre. Une seule tout à gauche. G.

Lucas déglutit.

“Vous croyez que c’est…ce que je crois que c’est ?

-   Objet rond de légende, de magie, ayant baigné dans le sang d’illustres personnages et ayant été à l’origine de la mort de nombreux autres…un mythe éternel sur lequel les historiens n’osent même plus se pencher…le Graal.”

Une larme coula sur la joue de Sophia avant qu’elle ne reprenne.

“C’est vieux comme objet mais j’en ai déjà entendu parler, un drôle de récipient…ça s’appelle comment déjà ? Un…attendez que je me souvienne de mes cours de pré-EL…un…un…un CD-ROM ! Il faut l’analyser, le lire, je suis sûre que l’Albator pourra, il faut…

-   Non Sophia, l’interrompit Lucas en posant une main sur son bras tremblant. C’est trop gros pour qu’on le garde pour nous, dans ce faubourg moisi, c’est trop énorme pour risquer qu’il tombe entre les mains de la douane en rentrant ce soir. Non, il n’y a qu’une chose à faire.”

Lilly détourna les yeux du Graal pour les lever vers son ami. Elle le connaissait depuis trop longtemps pour ne pas savoir ce qu’il avait en tête.

“On va à Brest, au cœur de Brest. Devant l’Organe, face aux milliards de personnes du monde entier… on goûtera au Graal.”

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Actuellement…

Après le quartier-épave où des dizaines d’usines flottantes puisaient l’eau du marais pour la désaliniser et l’envoyer à la ville au travers d’énormes conduites, la forêt de câbles marquait la limite à ne pas franchir.

“Accélère Lucas !” Hurla Sophia d’une voix suraiguë entrecoupée de tirs d’auto-canon.

350 km/h…et les vaisseaux de la milice de la répression des fraudes continuaient d’arriver en masse de tous les côtés.

“J’peux pas, l’Albator est à fond ! Riposta Lucas dans un cri de rage.

-   Bolide de ma chatte oui ! Fait péter ce moteur, je m’en fous mais accélèèèère !

-   J’vais essayer d’les semer dans les data-pipes, accrochez-vous !

-   Pitié…gémit Lilly en se tenant le ventre sur son siège.”

Sans plus de formalité, l’Albator partit en vrille. Derrière chaque canalisation s’en cachait dix autres, et ne pas s’écraser contre leurs parois relevait du même prodige que manger du nougat sans se salir les dents. Dans le dos de l’Albator, six détonations retentirent et Lucas peina à ajuster sa course aux déflagrations.

“T’as appris où à conduire ? Demanda Sophia à la fois stupéfaite et terrifiée. Tu vas nous tuer !”

Lucas effectua un tête à queue, évitant de justesse une canalisation avant de virer à droite.

“Dans les tempêtes en mer…leur confia le jeune homme.”

Lucas n’avait mis les pieds dans le cœur de la ville que deux fois dans sa vie mais il savait une chose : il était impossible de manquer l’Organe.

Construite en étoile à l’image de la capitale d’un pays datant d’avant l’Explosion Lunaire, le système tentaculaire de câbles, le réseau de transport, et les hommes convergeaient tous vers l’Organe. Et aussi massif que les data-pipes soient, ils n’étaient que des brindilles face au cœur massif de l’Organe, se gonflant de données avant de les expulser vers le monde entier.

“Tu arriveras à te connecter au réseau de diffusion ? demanda Lucas en partant en chandelle pour passer de l’autre côté de l’immense muraille protégeant Brest de la montée des océans et des tempêtes.

-   Si tu m’laisses le temps je devrais pouvoir le pirater assez longtemps pour…répondit Lilly entre ses dents en pianotant activement sur la console du tableau de bord.*

-   Y aura pas le temps de….”

Une violente secousse ébranla l’Albator qui commença à piquer du nez.

“Réacteur droit touché ! Hurla Sophia

-   On va s’écraser ! Lança Lilly en partant dans les aigus.

-   Ils vont payer pour avoir touché à l’Albator…grinça Lucas.

-   Rase les data-pipes, ordonna Sophia, ils oseront pas tirer.”

Lucas rétablit difficilement le cap et se rapprocha le plus possible d’un immense câble. Autour d’eux, des tours s’élançaient vers le ciel pour se perdre dans les nuages, donnant plus l’impression de progresser dans des tranchées que dans des rues. Au loin, là où le data-pipe disparaissait dans la courbure de la Terre, l’Organe s’élevait, ville dans la ville semblant repousser l’horizon. Soutenue par une armature métallique aux points de fragilité, une étrange chair gris-rouge ondoyait plus qu’elle ne battait. Occasionnellement, un sursaut l’animait et, se gonflant au point de déborder de l’armature, elle donnait l’impression d’être sur le point de se déchirer.

“V’pensez qu’il renferme quoi ? demanda Lucas sans lâcher sa trajectoire des yeux.

-   Le Graal ? demanda Lilly

-   Non mon c… ! Pesta Lucas.”

Tandis que Lilly préparait mentalement une réplique salée, Sophia la devança.

“Un message de la civilisation pré-EL…de dangereuses connaissances…le secret de la vie éternelle…ça peut être tellement de choses ! S’extasia Sophia

-   Et dans tes rêves, lança Lilly de l’autre bout de l’appareil, ça serait quoi ?”

La jeune fille réfléchit un moment, dans le vacarme le plus absolu des tirs d’auto-canon et des explosions.

“L’Histoire. Avec un grand H. Sans parti pris, ni interprétations. L’Histoire omnisciente.

-   Ca n’existe pas ça, même dans les contes de fées, fit remarquer Lucas d’un air sceptique.

-   Et toi alors ? Lui renvoya Sophia.”

Le front ruisselant de sueur, les bras tremblant à force de serrer les manettes, Lucas plongea un instant dans la douce apesanteur du rêve.

“De l’eau à perte de vue, de l’eau qu’on boit et dans laquelle on peut se baigner…plus de ville, plus de ruines, surtout plus de sable lunaire. Juste de l’eau, l’Albator et moi….et vous bien sur !”

Lilly sourit.

“Vous savez quoi les gars ?”

Les sirènes de la milice lui répondirent.

“J’ai jamais aimé les surprises…” Lilly parti d’un grand rire, des larmes coulant sur ses joues avant qu’elle ne s’exclame :

“J’suis prête Lucas ! Approche toi juste assez…

-   C’est parti ! Cria-t-il avec entrain en poussant les moteurs à fond.”

Devant eux l’Organe semblait battre au ralenti et se rapprocher encore plus lentement, comme fuyant la révélation que tous attendait, pour laquelle l’humanité retenait son souffle depuis des siècles.

“Faudra rester à côté si on veut qu’la connexion…

-    Je sais, murmura Lucas.”

Alors que l’Organe les écrasait de toute sa hauteur, à quelques centaines de mètres seulement de ce dernier, l’Albator fit volte-face.

“Maintenant ! hurla Lucas tandis qu’il ouvrait le feu sur les vaisseaux de la milice, Sophia désormais à ses côtés.”

Retenant sa respiration Lilly pressa une touche. L’Organe fut pris de violents tremblements, sa structure grinçant comme si elle allait rompre. Soudain il se contracta, resta immobile quelques secondes tandis que Brest tout autour devenait le théâtre d’une rébellion. Plusieurs vaisseaux de parias, dealers et pilleurs de trésors avaient flairé le coup et profité que l’Albator ouvre la voie pour s’engouffrer dans la brèche. Sous le regard interloqué de Lucas, les étendards du groupuscule Rainnelts, de la secte K’rats et des frondeurs Ygrantear flottaient au vent, apportant un soutien inespéré à l’Albator contre la milice.  L’heure de la révolte avait sonné. Aveugle au feu et au sang, sourde au tirs et cris de ses amis, Lilly fixait l’Organe. Seule une chose comptait désormais : savoir. Puis l’Organe explosa. Sa chair envahit l’armature de métal, se dispersa dans les data-pipes et un grésillement insoutenable retentit dans tout Brest. Le tirs cessèrent d’un coup et au bourdonnement suivit une musique inconnue de tous et semblant pourtant éveiller en chacun un vieux souvenir…

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Le 15 avril de l’an 2684, dans les faubourgs de Brest, capitale Armo-européenne, le Graal fut révélé au monde entier par trois pilleurs de trésors tandis que l’étincelle d’une guerre s’embrasait pour le contrôle de l’Organe. Éternellement, l’Histoire se rejoue pour jouer avec nous et se jouer de nous. Contre un peu de pouvoir et de liberté, dans le feu et le sang, pour la vie et jusqu’à la mort. Et dans nos esprits bien plus encore. Game of Thrones.

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Chanson 1 : Honor or Humanity, Tomoyasu Hotei – Kill Bill

Chanson 2 : Surface of the sun, John Murphy – Sunshine

Chanson 3 : Blade Runner (End Title), Vangelis

Chanson 4 : Opening de Game of Thrones

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2nd avril 2019

Roue-âme

Salut à tous !

Avec des amis on a recréé en quelque sorte le « Cercle des Poètes disparus » ou disons plutôt « le Cercle des Artistes disparus » car notre objectif est d’accueillir toutes les formes d’art. On se donne ainsi un thème et c’est parti ! A vos marques, prêt, feu ! Imaginez !

Puis il s’agit de retrouver qui est à l’origine de quel texte. Et parfois…on croit savoir que l’on se trompe ;-)

Alors aujourd’hui je vous présente le texte que j’ai écrit pour la première édition du Cercle des Artistes. Le thème était…Rouage !

L’image à la fin est issue du musée d’Orsay.

Bye et bonne lecture.

PS : n’hésitez pas à cliquer sur l’image pour l’agrandir et lire directement dessus…là était tout le but !

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Cercle extérieur (début en haut au milieu) : “Et si c’était toi ? Qui murmure parfois qui hurle. Ce regard sur le monde, cette lueur de vérité aussitôt partie en fumée. Et si c’était toi ? Cette peur de l’au-delà, ce mécanisme bien huilé qui ne veut pas s’arrêter. Parait que morte tu vis encore.”

Créneaux du cercle extérieur : “En es-tu bien sure ? Tu sais que tout ceci n’est que poussière dans notre tête. Nos yeux fermés tout est noir et pourtant je rêve de toutes les couleurs dansant à la frontière de l’éternel réveil. Demain viendra l’aube que nous aurons imaginé, iréelle et insensée. Tout comme ces mots que nous avons posés. Et au seuil de la mort nous saurons peut-être alors qui je suis.”

Lignes entre cercle extérieur et intérieur : “Ose regarder, Essaie de comprendre, pauvre mortel, démêle les fils de l’iréel, enfonce toi toujours plus loin, doute de tout. Du rien.”

Cercle intérieur : “Je n’existe pas. Je suis ce trou en toi, lacune de la science, vieille réminiscence d’une peur séculaire, n’être que poussière. Tout tourne en toi, chavire en moi. Vertige”

Créneaux du cercle intérieur : “Ne pars pas, attends moi. J’ai peur d’être seule avec moi même. Seule avec mon être. Dis, que devient tout notre monde à la fin ?”

Cercle intérieur marqué A : “Inspirer. Illusion. Expirer. Confusion. Asphyxier les questions. Oublier.”

Cercle intérieur marqué M : “Je vis la mort. Je rêve l’éveil. Savoir.”

Cercle intérieur marqué E : “On voit en noir et blanc. Tu es rouge sang.”

Cercle à l’intérieur du A marqué R : “Tic Tac Vie Tic Tac Cours Tic Fuis !”

Cercle à l’intérieur du A marqué O : “Six Cinq Quatre Trois Deux Un”

Cercle à l’intérieur du M marqué U : symboles mathématiques “pour tout / vide / il existe / différents / infinis”

Cercle à l’intérieur du E marqué E : “Nous tous moi toi”

Cercle à l’intérieur du R marqué ? : “Moi – Toi = … …

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5th août 2018

Trop plein

Salut !

Récemment, en me demandant mon avis pour un poème, un ami m’a dit « quand  tu sentiras de l’émotion, j’aurai réussi mon défi ».  L’émotion…tout un monde.

La première photo a été prise en Finlande lors des premières neiges et la seconde vient de l’Arctique.

Bye et bonne lecture !

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Trop plein

Sur la neige fondue des trottoirs piétinés,
Sous la chaleur accablante des jours abandonnés,
Face à la houle de ses yeux déchaînés,
D’un détail tu nais.
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Assise sur un canapé gris,
A la lumière solitaire d’une pièce à vivre,
Devant le mur vierge de l’avenir,
Je t’écris.
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Pour insuffler un peu de sens,
A tes silences, tes assonances.
De censures en évidences,
Comprendre ton errance.
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Va t’en, laisse moi en paix !
Tu croyais vraiment que je pouvais te porter ?
Une émotion de plus, une lettre, un gravier,
Et je vais me noyer.
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15th décembre 2017

Cauchemars

Salut !

Il y a une semaine, en rentrant du travail (et oui maintenant je ne suis plus étudiante alors que depuis que je tiens ce site je l’ai toujours été ! Il faut dire qu’en quelque sorte nous naissons étudiants. Enfin là n’est pas le sujet !) j’ai eu une idée de poème. Et surtout l’envie d’en écrire un. Cela faisait tellement longtemps…depuis l’été 2012….

Les photos ont été prise durant un voyage en Finlande il y a un mois.

J’espère que vous apprécierez ce nouveau poème sortie d’outre-tombe !

Bonnes fêtes et bonne lecture !

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Cauchemars

Dans nos rêves, rouge, un corbeau s’envole
Car la trêve n’est plus et les corps tombent.
Nus dans leur uniformes, face à la mort se frôlent,
Des Hommes. Le jour est d’ombres.
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Aux tréfonds de la nuit, le monde devient paradoxale :
Qui ne vit que pour mourir,
Dans un trou, criblé de balles ?
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Des cris et des ébats ; muets on se débat,
Pour un peu d’air et de lumière,
Rattraper un corbeau qui ne reviendra pas.
Il est parti pour demain et c’était hier.
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Nous nous réveillerons à ses côtés,
Transits et brûlants des effluves partagées,
Pour regarder l’heureux éveil
De celui qui ne rêve pas.
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20th juillet 2017

Légende d’un nouveau récit

Bonjour,

Je reporte les posts, je reporte et soudain je me rends compte que cela fait plus d’un an que je n’ai pas posté. Je ne m’en serai pas cru capable. Oh je vous rassure, j’écris ! Souvent ! Depuis 2 ans maintenant je me suis lancée dans un récit, un long récit qui j’espère pourrait devenir un roman. Et vu que j’écris ce récit bah…je n’écris rien d’autre qui puisse alimenter ce site. On m’a toutefois fait remarquer que je pouvais poster le tout début de mon récit (je parle de récit parce qu’en fait il n’a pas de nom encore même s’il fait 80 pages !). C’est ce que je fais alors ici. Un prélude, un avant-goût… la suite viendra un jour, en livre papier je l’espère. Mais pas tout de suite ! J’ai tant à écrire encore et je suis si longue à écrire !

La première photo correspond à l’open pit de la mine de Kevitsa en Finlande.

Alors voici une légende, celle d’un roman qui peut-être verra le jour.

Bye et bonne lecture !

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Légende d’un nouveau récit

A l’aube des temps le ciel était nu et la plaine constellée de taches de rousseurs. La nuit, le vent apportait parfois aux oreilles des Hommes un son étrangement métallique mêlé à celui de l’herbe dansante. Bien souvent les regards s’élevaient vers le ciel et ils se rappelaient de ce temps où ce que voyaient leurs ancêtres n’était point la nudité des femmes au soir de leurs noces, riche de promesses et emplissant l’imaginaire des hommes. Le dénuement qu’ils contemplaient était celui des mendiants dans la rue, rabattant le pan de leur cape pour se protéger tant bien que mal du froid, la terre du paysan après le gel de décembre et l’âtre où les buches se sont éteintes. Un ciel sans étoiles. Face à cette noire vision le cœur des Hommes, toujours, s’emplissait d’un malaise indéchiffrable. Cela toutefois, c’était avant que les Poètes n’apparaissent.

Ils pénètrent sur la lande un matin d’automne, leur long manteau couleur nuit faisant bruisser dans leur sillage les feuilles jonchant le sol encore humide de la rosée. Le dos droit et la démarche assurée, ils portaient une capuche masquant leurs visages baissés. Il parait que leur cape était cousue dans un morceau de ciel tombé sur Terre, à l’époque où cette dernière projetait encore dans le firmament des flammèches incandescentes. Traversant les champs de blé et les forêts insondables ils s’arrêtèrent à flanc de montagne, dans le creux ménagé par une ancienne grotte aux parois érodées. Se munissant de pioches et de lanternes, leur pas les guida dans les ténèbres de la nuit et bientôt les villageois virent disparaitre les derniers halos de lumière. Après avoir patienté quelques heures, les Hommes se dispersèrent pour retourner à leurs activités. Seuls quelques enfants rodèrent encore autour de la grotte malgré les récriminations de leur parents, attendant pleins de curiosité que les Poètes remontent. Quelques semaines plus tard, tandis que tombaient sur la plaine les premiers flocons de l’hiver, le village s’anima à l’approche d’un enfant. A peine avait-il transmis son message qu’il repartait déjà sur la route qui l’avait vu arriver : les Poètes avaient refait surface. Rassemblés devant l’entrée de la grotte, les villageois les rejoignirent petit à petit tout en gardant bonne distance, laissant entre eux comme une auréole de neige immaculée. Le soleil avait disparu derrière l’horizon et seul son souvenir éclairait encore la terre. Les arbres alentours avaient revêtu le noir de l’anonymat et contrastaient sur le ciel d’un bleu sombre. La scène toutefois était parfaitement discernable et la lumière diffuse qui l’enrobait telle un voile se réverbérait sur la neige fraichement tombée. La lueur provenait d’une pierre polie au creux des mains des Poètes et bientôt, sous les regards pieux des villageois, cette dernière s’éleva dans les airs. A son passage les flocons semblèrent s’allumer comme des paillettes dans l’obscurité, chutant inexorablement tandis que le cœur lumineux poursuivait son ascension. Rapidement, les yeux ne purent plus témoigner de l’avancée de la pierre et nul ne peut dire à quel moment cette dernière s’acheva. Tous se souviennent cependant de cet instant, variable indéterminée ajustée par les rêves et espoirs de chacun, où, soudain, le ciel se para d’une étoile. C’était une femme que seul un collier de perle habille, un bourgeon perdu dans l’immensité du désert et l’étincelle qui brille au coin des sourires.

A partir de ce jour les villageois n’eurent plus qu’une idée en tête : apprendre le secret des Poètes. Aménageant l’entrée de la grotte, ils en retirèrent les écueils pour permettre à chacun de descendre à la suite des magiciens et façonnèrent dans les parois l’âtre des flambeaux devant les guider jusqu’à leurs maîtres. Des jours durant les Poètes transmirent leurs savoirs dans les ténèbres de la terre, enseignant aux Hommes l’art de façonner les étoiles. Tout débutait par la recherche de la pierre qui, jamais, ne pouvait être laissée au hasard. Les yeux devaient guetter à chaque instant, parmi la multitude de roches et de minerais, la pierre dont l’éclat résonnerait d’un écho particulier dans les cœurs ; tout comme les yeux guettent dans chaque être cette différence qui nous attirera irrésistiblement vers lui. Avec maintes précautions la pierre devait ensuite être extraite de son carcan pour être polie. Il y avait, dans les mouvements des Poètes, une étrange douceur et passion plus proche des caresses des amants que des coups de burin et à chaque frappe la pierre s’emplissait d’un peu de lumière. Certaines étaient rouges comme le soleil couchant, tiède chaleur diffuse ; d’autres d’un bleu profond semblaient prêtes à se consumer. Leurs œuvres achevées, chacun remonta à la surface et, après un dernier regard pour celles qu’ils avaient chérie sans relâche des jours et des nuits, levèrent les bras très hauts pour offrir une étoile au ciel. Alors le miracle se répéta et le cœur des Hommes s’emplit de plénitude, de ce sentiment d’accomplissement que seul peut engendrer un don de soi.

Cette réussite marqua toutefois la fin de la mission des Poètes et, peu après que les étoiles eurent pris place dans le ciel, la lande endormie vit leur départ. Il parait que cette nuit-là, la cape des magiciens brillait étrangement et si certains n’y virent que l’éclat des flocons de neige sous la Lune, d’autres associèrent cette lueur à celle des étoiles nouvellement nées. Avec les générations furent transmis les secrets des Poètes et bientôt la nuit ne fut plus si obscure. L’innocence et l’émerveillement premier des Hommes face à la naissance des astres ne tardèrent cependant pas à se ternir tandis que des zones d’ombres apparaissaient dans les recoins de leurs cœurs. Ainsi naquirent les naines brunes, étoiles avortées à la pâleur fantomatique. Ces dernières mais également d’autres, à peine moins pâles et n’ayant pas bénéficié d’assez de passion, peinaient à gravir le firmament, vacillant à la moindre bourrasque de vent. A cette même époque, les motivations des Hommes évoluèrent. Au lieu d’offrir une part de soi au ciel, ils portaient désormais sur ce dernier un regard de conquérant. Certains en venaient même, un filet à la main, à voler les étoiles. Afin de pallier ce problème et de fixer dans le ciel les étoiles chancelantes ; de gigantesques machines furent bâties, prenant appui dans la terre pour élever dans les airs leurs énormes bras métalliques. Ainsi, la lande fut recouverte de tâches rouille grinçant parfois dans la nuit et les étoiles, suspendues à des pointes de fer, n’étaient plus que des objets sujettes au commerce des Hommes avec le ciel. Quelques-uns cependant, aspirant à retrouver la relation originelle avec les astres, partirent voyager à travers le monde à la recherche des Poètes depuis longtemps disparus. Ils devaient, parait-il, marcher jusqu’au lieu où la terre rencontre le ciel pour venir s’allonger dans le berceau des étoiles et se laisser alors porter jusqu’à la porte des magiciens. Franchissant les montagnes à pic et les gouffres de roches, traversant les forêts sans ciel et les déserts inconstants, ils en vinrent avec les siècles à oublier leur but tandis que deux groupes distincs se formaient. Car si le temps avait, dans leur esprit, enseveli l’objectif de leur long voyage ; leur cœur lui n’avait pu l’oublier et la recherche des Poètes guidait, d’un murmure à l’oreille de l’inconscient, chaque choix de leur vie. Le premier groupe partit sur l’océan pour naviguer au milieu des astres tandis que le second s’enfonça dans la terre pour chercher l’étoile mère dont ils pensaient que chaque pierre était issue, germe de lumière. C’est de ce groupe dont ils descendent, les Gueules noires, les mineurs à la recherche d’étoiles.

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25th juin 2016

2064

Salut !

Voici un texte que j’ai écrit récemment au milieu de mon projet plus grand d’un roman !

Bye et bonne lecture !

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2064

A toi qui sais tant de moi mais dont je connais si peu…

Te souviens-tu de ce jour où j’ai décidé de t’écrire ? Assise au bureau de mon petit appartement de Strasbourg, par la fenêtre, j’ai levé les yeux vers le ciel. C’était un petit carré de firmament il me faut avouer. D’un gris blanchâtre de fin d’averse. Sur les toits l’eau gouttait encore et les tuiles, gorgées de pluie, avaient perdu de leur éclat. Quatre petites fenêtres coupaient la monotonie de cet océan couleur brique et réfléchissaient la lumière des nuages. Sur la crête du bâtiment, horizon entre l’humanité et l’infini, un pigeon se moquait de la pluie. Le temps de coucher une phrase et il s’était envolé.

Lorsqu’on m’a conseillé de t’écrire, la première chose que j’ai faite a été d’essayer de t’imaginer. Comme on dessine dans sa tête les contours d’un personnage de roman. Ton visage et tes cheveux. Ton regard. Mais, de même que pour mes héros, j’en fus incapable. Vint ensuite tout le reste, ton histoire et ton présent. Tout ce que j’avais voulu lire dans tes traits sans pouvoir simplement les distinguer. Je n’ai jamais été douée pour le dessin. Je cherchais quelque chose à quoi me raccrocher, une certitude, ne serait-ce qu’une hypothèse un tant soit peu crédible. Mes mains se refermèrent sur du vent. Tu fuis, tu cours et t’envoles, refusant les cages. Et qu’importe si dans la forêt, le chercheur a chargé son arme.

Comment prétendre alors t’écrire si je ne connais rien de toi ? Pour une réponse ? Elle ne viendra jamais. Tu ne vois pas ? J’écris seulement à des gens qui ne me répondront jamais. Des figures décédées aux ombres derrière moi. Tu n’en es pas si différente au fond. Oscar, des muses, toi… Je répète que j’aimerais écrire à de grands auteurs, des petites gens qui ont changés ma vie, mais pas un mot n’a été posé. Est-ce que je ne t’écris pas parce que je sais que jamais une réponse ne viendra ? Peut-être que je sens que je ne pourrai m’ouvrir autant si tu existais.

Serait-ce alors pareil si j’écrivais à mes personnages ? Des héros sans nom pour la plupart, comme si je refusais de leur donner une identité. Dans une dizaine d’histoires il n’y a qu’un personnage que j’ai nommé, à moitié forcée. Quelque part je voulais qu’ils soient libres, non pas sans nom mais aux milliards d’identités. Comme ces étoiles que chaque peuple a nommé à son image et qui appartiennent à tous sans appartenir à personne. Un prénom, ce n’est pas une identité. On nait avec alors que l’on ne se connait pas encore, souvent même le prénom vient avant l’être. Certains, prenant conscience du poids de quelques syllabes, décident de les changer. De renaître. Jamais je n’écrirais cela s’il y a trois jours je n’avais pas rencontré quelqu’un qui, bien que surement du même âge que moi, refusait ses prénoms pour chercher celui qui lui correspondrait. Sur la feuille de présence il n’avait rien noté. Même si nous gardons notre nom, la façon de le prononcer, de l’envisager et de peser chaque syllabe évolue avec nous. Je pourrai écrire ici ton prénom mais quelque part je ne sais pas comment le dire. Il y a tant de façons. On peut le chuchoter, l’articuler, le proclamer ou le bafouiller. Certains les scandent, d’autres les psalmodient. Il me faudra des années pour choisir comment prononcer le tien.

As-tu des regrets sur ta vie ? Aimes-tu simplement l’être que tu es devenu ? Cet Homme qui se cherchait et semblait se perdre un peu plus dans chaque ligne posée sur le papier. A quoi ressemble ton monde ? A mes rêves de Vendetta ou aux cauchemars des jours de passivité ? Réponds moi ! Tu ne vois pas que je suis perdue parfois, que j’ai l’impression de courir dans un songe où l’univers recule sous mes pas et où le temps n’est suspendu que pour moi ? Tu ne pourrais pas m’écrire un peu pour une fois ? Moi qui ait passé des années à écrire en cherchant sans le savoir à te connaître un peu mieux. Écrire pour changer un monde auquel j’aimerais que tu appartiennes. Dis moi seulement comment faire… Il parait que seul on ne peut rien. Je n’ai que quelques mots à ma portée et tant d’actes à faire émerger, tant de consciences à éveiller – la mienne ne faisant pas exception à la règle. Quels mots choisir ? Dans un monde où des centaines de langues sont parlées, évoluent chaque jour et meurent parfois. Est-ce seulement des mots qu’il faut employer ?

Tu sais déjà tout. Tout ce que je vais te dire et tout ce que je pourrai te dire. Alors pourquoi cette lettre ? Peut-être qu’au fond, malgré tout ce que j’ai dit, ces lignes ne te sont pas adressées. Même si je me suis efforcée de penser à toi tout au long de cette lettre, à mes yeux quelque part, tu n’existes pas. Être en devenir. A travers cet être inconnu de 2064, c’est à chaque lecteur que je m’adresse. Ceux dont je ne connais rien mais à qui, cherchant des réponses, je me suis ouverte. Ceux qui ont compris qui j’étais avant que je ne le réalise moi même. Tout ceux qui participeront à forger l’avenir incertain de 2064, qu’ils soient vivants pour le voir ou mort depuis longtemps. Ces lecteurs qui, peut-être, après avoir connu qui je suis, influeront sur celle que je serais.

Te souviens-tu qu’un peu plus tard, sur le toit gondolé, ils étaient deux oiseaux ? Mais dans la ville il y en a des milliers. Peut-être autant qu’il y a d’Hommes.

Celui que tu imagines.

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20th février 2016

Les lumières de l’automne (2/2)

Salut !

Oula, cela fait longtemps que je n’ai pas posté ! J’en suis même venue à oublier le dernier texte posté ! Et notamment qu’il devait y avoir une deuxième partie. Je vous la présente donc aujourd’hui, en espérant que vous vous souviendrez du début (ou que vous aurez la force de le relire).

Les lumières de l’automne (1/2)

Bye et bonne lecture !

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Les lumières de l’automne (2/2)

Il est des révolutions contre lesquelles il semble qu’on ne puisse rien faire. Toutes leurs pensées étaient rivées sur la destruction de la ville et il se retrouvait seul sur son muret face à la folie d’un peuple. Sa main errait doucement sur la pierre et s’agrippait parfois à son extrémité comme on resserre sa main sur le bras d’un être cher pour exprimer tous les mots que les lèvres assiègent. Il regardait les Hommes pointer leurs fusils sur les immeubles et ses nuits s’emplissaient petit à petit des cris des habitants rongés par le remord, de tous ces habitants qui se réveillaient le matin le visage creusé de cernes, incapables de chasser de leurs rêves l’ombre de la ville. C’était une guerre sans trêve, l’expression physique d’une révolution interne.

Lorsque l’enfant avait compris que leur objectif n’était autre que l’anéantissement de la cité il avait cherché à la protéger par tous les moyens. Ses petits doigts tiraient sur les manches des habitants pour leur demander d’arrêter mais ils ne remarquaient même pas les larmes dans ses yeux. Toutes les guerres devraient prendre fin par la simple requête d’un enfant en pleurs.

Un jour, ramassant sur le sol les pierres encore en état il tenta de rebâtir le mur de la cour de l’école. Je me souviens de ces briques : elles étaient rouges, un rouge un peu fané recouvert de poussière. Une à une il avait empilé les briques, les époussetant préalablement du bout de sa manche. Puis, tandis que sur la pointe des pieds il tentait de déposer une dernière pierre, la rumeur de la foule s’était faite entendre dans son dos. Sans même avoir eu le temps de s’écarter il avait été projeté au sol, invisible dans les yeux des fous, et avait tout juste pu relever la tête avant de voir son mur s’effondrer comme un château de cartes, comme un coquelicot aux fragiles pétales. Ce jour là un dessin apparu aux côtés des pierres fanées, premier d’une longue série.

Si les habitants souhaitaient ensevelir leurs souvenirs sous la poussière, lui espérait pouvoir rendre éternelle celle qu’il aimait. Mais il semblait que ses dessins, jamais, ne ramèneraient la ville à la vie.

Je me suis souvent demandé ce que les habitants pouvaient voir dans les murs de la ville et quels pêchés ils avaient pu commettre pour être ainsi assailli de remords. J’ai tenté d’en inventer, de bâtir de toute pièce les pires crimes imaginables. Toutefois j’ai vite abandonné : on ne peut inventer ce qui existe déjà. Il me suffisait de fermer les yeux pour voir se dessiner les Hommes adossés au mur, attendant l’impact de la balle ; les femmes que l’on plaquait contre la pierre pour mieux les violer et ces enfants se roulant en boule contre les briques pour se protéger des coups. Je revois ce mur de la cour de récréation contre lequel je m’adossais, espérant que cette fois personne ne viendrait me blesser de ses mots ; les murs des couloirs que je rasais et dans lesquels j’aurais aimé me fondre pour disparaitre aux yeux des autres et tous ceux que j’avais frappé, violence que plus rien ne maîtrise. Personne n’a envie de revenir sur les lieux de ses crimes, alors comment faire lorsqu’on vit dedans ?

Peut-être qu’au milieu de ces milliers de personnes rongés par le remord, certains souhaitaient simplement voir disparaître la cité pour ne plus fouler tous les jours ces lieux marqués par leurs larmes. Si la ville avait été de fer, je crois qu’elle serait désormais couleur de rouille.

Une légende raconte qu’un enfant serait un jour venu se perdre dans les rues de la ville. Il aurait toqué à la porte massive de l’enceinte que nul jamais ne franchit et elle lui aurait ouvert son cœur.

Parfois, assis sur le rebord d’un muret ou d’un trottoir, indifférent à l’agitation alentour et au jour décroissant, certains le surprenaient à remuer les lèvres sans pouvoir entendre les mots qu’il murmurait, souvenirs d’enfance dont seules les images subsistent. Quelques uns prétendent qu’il complotait au cœur même de la cité, d’autres qu’il lui récitait des poèmes d’amour pour la séduire. Je crois, moi, qu’il lui racontait simplement sa journée avant de lui dire bonne nuit.

Le regard qu’il portait sur la ville était différent de celui des autres habitants : au lieu de fixer les cicatrices il s’attardait sur l’éclat des yeux, repoussant l’horreur il venait s’accroupir près d’un sourire. Il la trouvait belle comme elle était, avec ses vieux cimetières en ruine et ses tours de béton armé. Peut-être parce qu’il s’endormait tous les soirs au creux de ses bras ou parce qu’il apercevait, au travers de la muraille, les champs de blé passés. Peut-être parce qu’il avait trop d’espoir pour s’arrêter aux erreurs de l’humanité.

Petite je disais toujours que je n’aimais pas la ville et que je voulais vivre à la campagne. Je n’aimais pas ces murs m’emprisonnant alors que je ne demandais qu’à courir, libre, dans les prairies. Je n’aimais pas ces rues emplies du bruit de la foule et de celui des voitures masquant le chant des oiseaux et le rire du vent dans les arbres. Je ne supportais pas tous ces gens autour de moi qui m’épuisaient, leurs regards qui nous font courber le dos et leurs remarques venant se nicher au creux de nos cœurs pour attendre l’instant où ils pourront germer.

Je détestais la ville mais j’y ai passé les 20 années de ma vie et en passerait encore beaucoup. J’y ai tant de souvenirs…

Petite je fuyais, disparaissant au sein de mes mondes que je peuplais de montagnes et de prairies, de forêts et d’animaux sauvages. Aurais-je détruit les villes si j’avais pu ? Aurais-je détruit ma ville ?

Je ne crois pas. On ne peut pas détruire nos souvenirs, on les fuit juste le temps de pouvoir retourner sur les lieux de leurs baptême et leur faire face.

Je n’aurais pas voulu faire disparaitre cet enfant.

C’était l’automne, triste saison qui pleurait. Les habitants avaient fini par abattre jusqu’aux arbres et dans le parc les troncs se mêlaient désormais aux feuilles mortes. Leur écorce humide commençait à se recouvrir de mousse et leurs branches alignées sur le sol semblaient vouloir ramasser les souvenirs envolés. Assis au sommet d’un des derniers arbres encore debout, un enfant dessinait. Il dessinait chaque feuille que les baisers du temps avaient rougis et leurs reflets sang dans les flaques d’eau, ces feuilles que les habitants avaient froissé, piétiné, déchiré. Il dessinait un rêve qui s’effritait déjà dans les mémoires comme on pose sur papier nos mondes nocturnes, comme on ferme les yeux pour se repasser les instants de nos vie que l’on se refuse d’oublier. Alors, juché en équilibre précaire sur sa branche, les yeux rivés sur un présent fané, l’enfant ne vit pas qu’un homme s’approchait, une hache à la main. Il ne vit pas l’acier se planter dans le bois à en faire vaciller l’arbre et aperçut seulement le monde qui soudain chavirait. Peut-être aurait-il pu se raccrocher à une branche s’il avait lâché son carnet de croquis mais cette idée ne l’avait même pas effleuré : il ne voulait pas perdre la ville une deuxième fois.

Ce jour là un homme vit 1m47 d’espoir tomber de l’arbre, sa hache à la main. Il vit une luciole battre des ailes avant de chuter, un petit bout de lumière s’enfoncer dans l’obscurité. Comme tous les habitants il avait participé à la destruction de la cité, jamais il n’avait hésité. Cependant, en cet instant précis, il sut que s’il ne lâchait pas son arme, s’il ne tendait pas les bras pour rattraper l’enfant alors sa vie n’aurait plus aucun sens. Ce petit garçon lui était complètement inconnu mais il dut sentir que son salut se trouvait peut-être en lui et qu’il n’avait pas le droit de laisser s’éteindre le dernier être qui, dans cette ville, n’était pas tâché de rouge.

Ce jour là, au beau milieu d’une cité à feu et à sang, deux mains en coupe se joignirent pour sauver une petite luciole de l’oubli. C’était l’automne sur la ville.

Vous êtes-vous déjà demandé comment quelque chose d’aussi petit pouvait percer des ténèbres aussi profondes que la nuit ? Pourquoi notre regard se raccroche désespérément à ce point de lumière vacillante et semble encore plus perdu lorsqu’il disparait ?

Ce que j’aime le plus dans les lucioles ce sont ces instants où elles s’éteignent et où on part à la recherche de l’endroit où elles réapparaitront, notre cœur expérimentant sans cesse la joie de la naissance de la lumière.

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