Souffle Mots

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6th septembre 2010

La traversée des coeurs

Salut !

Voici un récit que j’ai écrit pour un concours sur le thème : « Égalité, justice et intégration en méditerranée et en Europe ». Ce texte m’a été inspiré par un évènement de mon voyage avec Students On Ice : pourrez-vous devinez lequel ?

Qu’en pensez-vous ?

En ce qui concerne l’Arctique, à partir du 15 septembre je pourrais vous présenter la lettre qui m’a permise de gagner le concours, mon journal de bord, les poèmes que j’ai écrits là-bas…plus tôt que prévu !!

Bye et bonne lecture.

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La traversée des cœurs.

L’espoir s’était échoué sur la grève.
Il avait la forme d’un cylindre de verre se resserrant à l’une de ses extrémités et fermé par un bouchon de liège. A l’intérieur se tenait enroulée une mince feuille de papier griffonnée. C’était une chance qu’elle ne fût point mouillée tandis que, coincée entre les galets, les vagues continuaient de la bercer.

Un peu plus loin en amont deux pieds blancs se tenaient fermement campés sur les rochers, immobiles bien que frissonnant sous le souffle du Mistral. A l’horizon le

http://www.flickr.com/people/14822602@N00

Soleil commençait à sombrer dans la mer, navire englouti sans bruit.
Mais comme un dernier appel au secours ses rayons s’égarèrent sur la bouteille, allumant dans les yeux du spectateur une lumière : l’espoir.

30 septembre à 18h,

C’était cette fois-ci ou jamais. Alors j’ai levé l’ancre vers l’inconnu pour ne plus être toute ma vie enchaîné à cette terre de guerre.
Ai-je eu raison ? N’était-ce pas trop ambitieux de ma part de croire que l’on peut affronter ses origines, défendre ses opinions sans avoir à en payer les conséquences ?
Il y a encore un mois j’étais en France, assis les mains tendues au milieu d’une rue pour survivre.
J’avais espéré qu’ils m’accueilleraient comme les leurs, que je pourrai trouver un logement, un petit emploi…mais l’espoir c’est comme les fleurs : un jour elles se fanent et lorsque l’on voit tomber les derniers pétales on sait qu’une nouvelle saison est arrivée. Quand je suis parti les feuilles étaient encore en feu mais pour moi c’était déjà l’hiver car je pouvais sentir autour la froideur des cœurs, glacés.
Peu leur importait si dans mon pays régnait la guerre civile, si je fus emprisonné pour avoir osé dire ce que je pensais, si je risquais la mort à chaque critique que je lançais : ils m’y renvoyaient.
Mais nous n’avons l’argent que pour une seule traversée de la Méditerranée…alors j’ai volé un bateau, un petit voilier.
Je ne pouvais plus supporter leurs regards, leurs injures.
Je suis noir, je suis étranger mais je suis également un Homme et là-bas c’était une autre souffrance qu’ils m’imposaient…morale.
A quoi bon demander le statut de réfugié politique si c’est pour avoir à subir tout cela ?
Le seul pays auquel je me sens appartenir aujourd’hui est la Méditerranée car quand je pleure elle tend ses mains pour récupérer mes larmes…

C’était une femme mince, élancée. Elle portait une robe courte dessinant ses formes et une ceinture de coquillage marquait sa taille. Ses pieds nus avançaient délicatement épousant les contours des roches comme l’eau parfois les habille. Dans la semi-pénombre deux yeux brillaient de curiosité : un diamant ? Non…mieux : une étoile venue de la mer.
Alors ses mains empoignèrent l’espoir.

4 octobre à 21h,

Perdu, je suis perdu. Je n’y connais rien en navigation, de lourds nuages masquent le ciel et je viens de terminer ma dernière bouteille d’eau. Ce soir peu m’importe l’argent : j’ai soif. J’ai bu quelques gorgées d’eau de mer mais cela n’a servi qu’à assécher ma gorge et à raviver les plaies de mes lèvres irritées par le froid.
Il ne me reste plus qu’à attendre que le vent se lève et m’emporte où bon lui semblera, n’importe quel pays de la Méditerranée ; il y aura de l’eau, il y a toujours de l’eau…et c’est bien cela qui nous unit…
Alors pour passer le temps je tire de ma sacoche un bout de papier, l’aplatis sur mes genoux, sors un stylo et commence à écrire :
« Si tu lis cette lettre, c’est que tu es mon frère…. »

La nuit était tombée dehors et une silhouette avait lentement quitté la crique pour se rapprocher d’un lampadaire un peu plus haut, soleil artificiel.
Elle avait ôter avec milles précautions le bouchon mais il s’était toutefois effrité et le vent l’avait éparpillé sur la grève.
Un morceau de corde entourait la lettre, elle le fit glisser avant de dérouler la feuille et de l’aplatir sur ses genoux.
Alors, prenant une grande inspiration elle livra à la nuit ces mots : « Si tu lis cette lettre c’est que tu es mon frère, lève la tête et regarde devant notre mère : la Méditerranée.
Ce soir quand j’écris la mer est noire, d’un noir d’encre, sourde colère. Elle attend, elle se prépare avant d’exploser…
Cette nuit je lance un appel au secours. Une tempête s’annonce mais je n’ai pas peur. En cet instant personne ne peut me secourir face au courroux de la Nature : qu’elle m’engloutisse si elle le veut ; quand je suis né je lui appartenait déjà.

http://commons.wikimedia.org/wiki/User:CaptainHaddock

Je devrais avoir de la haine au fond de moi car si j’en suis là ce soir c’est peut-être à cause de vous qui m’avez rejeté ou de cette folie qui m’a poussé à aller outre mon destin…cependant je ne ressens rien de tel, juste de la pitié.
Vous croyez tous que vous êtes différents de nous, vous dressez des frontières invisibles alors les Hommes sont les mêmes sur chaque versant des montagnes, vous divisez la mer comme si elle vous appartenait alors que pour moi, cette nuit, les seules murailles qui m’empêcheront d’avancer seront les vagues…
Vous n’avez pas encore compris que l’on vient tous de la mer : grands ou petits, hommes ou femmes, blancs ou noirs.
SI tu lis cette lettre c’est que tu es mon frère !
Peu m’importe si je ne revois plus la terre, je ne vous en voudrai pas, je n’aurai pas de regret…
J’ignore si j’arriverai à traverser la Méditerranée mais j’espère que j’aurai traversé votre cœur.
Cette mer n’est qu’un lien entre vos pays et si je parviens ce soir à toucher votre âme en tant qu’égal alors j’aurai réalisé la plus belle traversée : la traversée des cœurs. »
La jeune femme enroula de nouveau la lettre et descendit s’asseoir sur un rocher face à la mer et son infini horizon. Cette nuit elle ne pourrait plus dormir.
Les vagues venaient lécher ses pieds. Étaient-ils blancs ? Étaient-ils noirs ? Dans l’obscurité elle n’était plus qu’une ombre noire.
Elle resta là longtemps, les yeux dans le vague et lorsque le soleil resurgit de la mer comme un noyé qui recouvre la vie, un voilier sans mât s’approchait.
Quand il fut arrivé près de la grève la silhouette s’avança. Il y avait un homme à l’intérieur, elle ne connaissait pas sa nationalité ni son nom mais à présent cela lui était bien égal. Elle se mit à pleurer sans trop savoir pourquoi.
Penchée au dessus de lui une larme lui tomba sur le visage. Les yeux embués, ce n’est qu’après quelques minutes, alors qu’elle le croyait mort, qu’elle vit qu’il avait mis ses mains en coupe pour récupérer ses pleurs.
Puis il portait l’eau à ses lèvres et buvait.
La jeune femme sourit alors : « Bienvenue mon frère. »

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22nd août 2010

La contorsionniste de minuit

Salut !

Voici un sonnet écrit un soir chez moi (cela faisait un moment que j’avais pris l’habitude de sortir pour écrire…) après une déception à propos d’un autre poème dans l’après-midi. Celui-ci au contraire me plait bien, j’espère qu’il en sera de même pour vous.

Sinon me voilà de retour de l’Arctique, le paradis dans les yeux et la nostalgie au coeur…je vous ferai plus tard une partie spéciale où je vous mettrai tous ce qui concerne ce voyage…il faudra juste être patient !

Bye et bonne lecture.

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La contorsionniste de minuit

Belle. Elle voltigeait au milieu de la nuit
Dans un drap de brouillard lui tombant aux chevilles,
Voile de nuage dont la vile pluie
Dénudait les formes aux malices qui brillent.

http://www.cyberpresse.ca/

Gracieuse elle dansait, pétale dans le vent
Et son corps se mouvait au rythme des pulsions,
Des éclairs, tempête fouettant jusqu’au sang
Le ciel crépusculaire consumant les lampions.

Jeune danseuse étoile elle avait pour rivale
La Lune. Mais ses joues ardemment s’empourpraient
Quand la vierge des cieux demeurait blanche et pâle.

Spectacle à ciel ouvert, le public était près
D’elle. Et dans les regards la contorsionniste
Présageait que sa chair lui serait ravie. Triste.

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3rd août 2010

Fuite

Salut !

Je vous présente aujourd’hui un poème dont toute l’inspiration trouve sa source au premier hémistiche du premier vers. Cela faisait longtemps que cette phrase trainait dans mon esprit et un jour, poussée par un vif sentiment tout le poème m’est venu.

Je me suis attachée à faire des rimes en plus à la césure car étant surgit à peu près instinctivement dans le premier quatrain j’ai pensé que cela serait intéressant de le poursuivre sur tout le poème.

Sinon je voulais vous annoncer que je ne serai pas présente pendant 3 semaines et ne pourrais probablement pas répondre à vos commentaires. En fait début juin j’ai participé à un concours dans mon lycée où il fallait écrire une lettre ouverte sur le thème : « L’Arctique : une biodiversité menacée ? Ayant été sélectionnée avec une autre de mes camarades je pars en arctique du 4 au 21 avec l’organisation Student on Ice dans le cadre de l’année mondiale de la biodiversité !

Je vous montrerai bien sur ma lettre un peu plus tard…peut-être accompagné de mes propres photos pour une fois !

Bye et bonne lecture.

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Fuite

J’ai le cœur en fugue, enfuit aujourd’hui,

http://www.iwox.fr/?tag=sociologie

J’ai le cœur en fugue, séduit par la nuit.

Je ne sais qui je suis ni ce que je ressens

Mon esprit le poursuit mais il demeure absent.

J’ai le cœur en vrille, je ne suis qu’une fille

J’ai le cœur en vrille, au vent il éparpille

Le sable de douleur qu’une ardente frayeur

Extrait des profondeurs de mes yeux en pleurs.

J’ai le cœur en équilibre, il tangue et il vibre

J’ai le cœur en équilibre et s’il reste libre

C’est qu’il étend ses ailes et plane dans le ciel

Rêvant de l’éternel que l’inconnu recèle.

Mais dîtes-moi, ce soir pourquoi mon cœur chancelle…

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17th juillet 2010

L’aiguille

Salut !

Ça y est : l’année est terminée ! Je n’avais pas tellement envie que les cours se terminent car alors je vois au bout des vacances se dessiner le profil de la terminale et au dessus de nos esprits insouciant peser la crainte de l’orientation.

Dans les dernières semaines de cours, en français, nous avons écrit des poèmes en proses. Voici le mien, écrit en une petite heure.

Le bac de français c’est bien déroulé malgré un rhume durant l’écrit. J’ai obtenu 19 à l’écrit et 15 à l’oral !

Bye et bonne lecture.

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L’aiguille

La guerre est finie et te voici pourtant droite, posée sur ma paume ; blafarde, livide, affaiblie. Tu trembles. Chacun de tes pas sur ma plate Terre dépose une petite goutte de sang, souvenir d’un combat ardemment mené mais non point terminé.

Tu as tout donné, fragile femme, et tu es désormais condamnée à l’anorexie. Mes doigts même ne peuvent plus te saisir, ils tâtonnent dans le vide vers ton incarnation du désir quand ; solitaire, tu pars en quête de ton avenir pour trouver au bout du sentier, peut-être l’élévation de ta condition et l’espérance d’un autre devenir que celui d’objet aux mains des Hommes égoïstes.

Mais avant tout tu es larme de métal et ton visage toujours reflète quelques sanglots ; ceux des cœurs poignardés, ceux des amants repoussés ; ceux des enfants dont tu as violé la vierge peau ; ou les tiennes parfois, rouges, celles d’une dame obligée de présenter aux habiles et sensuelles mains un cœur de métal, effrayée que l’on ne te brise.

Et malgré tout tu brilles, surtout ton sourire et celui des Hommes qui te trouvent, nue, dans leur lit, arme de déduction, jouet de la passion. Tu aimes te faire belle et quand ils te touchent tu leur donnes des ailes.

Ne te laisse pas prendre dans les mailles du filet des conventions de notre société qui te craint, te rejette et t’enferme dans le rêve d’un idéal avorté. Souvent ta vie est jouée aux dés et ne tient qu’à un fil.

Un jour tu as piqué mon cœur et l’a entaché d’une vile passion. Je pleure et probablement l’ai-je mérité. Dans mes yeux tu brilles car dans ce monde je ne suis qu’une aiguille…

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30th juin 2010

Muse

Salut !

Il y a quelques semaines, avant d’aller en cours, vers les 6h du matin j’ai commencé un poème, je l’ai continué en cours de français alors qu’il fallait en écrire un autre…le voici. Dans ce poème j’ai l’impression de m’être ouverte à tous (tous ceux qui le liront bien sur). Heureusement que la versification permet à merveille de cacher la signification d’un texte…

J’aimerai beaucoup savoir ce que vous en pensez,

Bye et bonne lecture.

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Muse

Étrange sentiment, je ne veux te mentir :
Si la peur m’interdit de prononcer ton nom
Je ne peux te cacher, indécente émotion,
Et mon cœur vibre de l’audacieux désir
De t’écrire.

J’ignore où tu m’emmènes, je ne sais que faire,
Perdue dans les méandres du subconscient
J’aspire à posséder un regard omniscient
Pour goûter à ta saveur. L’envie qui se terre
Je dois taire.

Répudié de mon cœur si tu transparaissais :
Raison, de me émotions serais-tu le juge ?
Et ces vers, de tes yeux mon dernier refuge ?
Pourrai-je te masquer, te voiler, te renier…
…Sans crier ?

Où sont tes limites, affection grandissante ?
Du discernement mon esprit oublie le sens :
Normal…ou singulier ? Cœur, ta troublante danse
M’effraie. Muse, tel un ange, ma plume aimante
Tu hantes.

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16th juin 2010

Clair de paix

Salut !

Voici un poème écrit il y a un peu plus d’un mois dans le cadre de l’UNESCO sur le thème de la paix.

La présentation change un peu de l’ordinaire, j’espère qu’elle vous plaira (et surtout le texte…).

Bye et bonne lecture.

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1st juin 2010

Quand brillera l’obscurité (3/3)

Salut!

Voici la fin du conte que j’ai commencé à vous présenter il y a quelques semaines.

J’ai pris beaucoup de temps à trouver une fin à cette histoire et j’en suis assez contente.

J’espère qu’elle vous plaira et n’hésitez surtout pas à me dire ce que vous en pensez (en bien ou en mal !).

Bye et bonne lecture.

Quand brillera l’obscurité (1/3)

Quand brillera l’obscurité (2/3)

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Quand brillera l’obscurité (3/3)

Le ciel ce soir était rouge, assassiné par le Soleil ; les rues se désertaient petit à petit, les passants se pressaient tandis que le vent se glaçait et Lanterne, comme chaque fois à cette heure, se recroquevillait un peu plus dans son alcôve tout en resserrant sa couverture autour de lui.
S’il supportait encore cette position humiliante et inconfortable c’est qu’il savait que dans peu de temps, s’il le désirait, s’il en sentait le besoin inexpliqué, il pourrait parler à la nuit ; ou du moins l’espérait-il…
L’enfant commençait à fermer les yeux, paisible, attendant simplement de sentir autour de lui la douce et rassurante présence de la nuit quand une voix suivit de gloussements le firent sursauter :
«Regardez ! Pauvre petit, il est tout seul, il a froid.»
Un garçon à peine plus âgé que Lanterne se tenait en face de lui, entouré de quelques camarades, unis dans la haine et le plaisir de blesser. Son ton était empli de mépris.
«Ma mère me dit toujours de me méfier des clochards et de les éviter, qu’ils étaient tous des garnements et ne sont bons qu’à chaparder. Tu les as volé  à qui ces pièces petit voyou ?»
Lanterne se taisait, il fixait ses mains serrées entre ses genoux pour conserver un peu de chaleur.
«T’as perdu ta langue alors ! Regardez tous il a peur !»
Des rires, durs, coupants, blessants…
Ils se rapprochèrent, resserrant le cercle.
«Dîtes, et si on lui prenait ses pièces ? Elles te servent à rien, bouffon ?»
Lanterne tremblait. Il n’osait pas relever la tête. C’était la première fois que la nuit et la solitude qu’elle apportait l’effrayait.
«Non, j’ai encore mieux, rétorqua un de ses acolytes, faut lui faire comprendre à ce voyou qu’on en a marre de voir tous les jours sa tête de con dans la rue.»
L’enfant se crispa. Il ferma les yeux.
«Lanterne, pourquoi te caches-tu ? »
C’était le crépuscule et la voix de Nuit n’était que très faible.
«Je ne me caches pas…
- Alors explique-moi ces mains devant ton regard.»
Mais comme Lanterne ne répondait pas la nuit poursuivit :
«Je ne vois plus la lumière de tes beaux yeux noirs.
- Mais Nuit, j’ai peur et j’ai mal, non pas au corps mais à l’âme.»
Le temps s’était comme suspendu, dilaté. Tout peut arriver quand le Jour rencontre la Nuit…
«Sais-tu pourquoi je n’ai plus peur du noir ?
- Non, répondit l’enfant sans chercher à réfléchir.
- Parce qu’au lieu de voir l’obscurité, j’essaie de ne percevoir que l’éclat de ton cœur et de tous ceux dont tu m’a révélé l’existence.»
Un silence. Une inspiration.
«Lanterne, tu m’as aidé et tu m’as ouvert les yeux, tu t’es intéressé à moi alors que tous me fuient et me redoutent. Je n’ai pas les moyens de te rendre riche ou de remédier à ta condition de dos-au-mur mais je puis au moins t’apporter mon amitié. Fais moi confiance et ôte ton masque.»
Un coup de pieds dans le genou.
«Nuit, j’ai peur.»
Un coup de poing dans le ventre.
«Enlève tes mains de devant ton visage.»
D’une poigne quelqu’un agrippa ses cheveux.
«Nuit, j’ai mal.»
Son corps plaqué contre le mur. Sa respiration qui s’accélère.
«Ouvre les yeux !»
Alors Lanterne poussa la porte de la cage dans laquelle il était emprisonné, cette cage de peur, de solitude et de souffrance.
Alors Lanterne put rayonner, comme Lautre il y a très longtemps car il était désormais libre, libre d’exprimer sans peur ce rêve universel qui brillait en lui et en chacun, un rêve d’amour, de paix et de fraternité.
Pour la première fois Lanterne quitta son mur et il se dressa droit, au milieu de la ruelle.
Le jour s’était éteint mais, au grand bonheur de Nuit, la pénombre s’était dissipé tandis même que les étoiles continuaient de briller dans le ciel : l’enfant parlait et de nouveau il espérait :
«Je m’appelle Lanterne, je suis dos-au-mur…»
Les garçons qui l’entouraient s’étaient masqués le visage, aveuglés par la clarté des yeux de l’enfant.
«Je m’appelle Lanterne et je refuse ce soir que l’on obscurcisse le jour…»
Petit à petit le groupe reculait, tête baissée.
«C’est grâce à toi, Nuit, si ce soir j’existe. Tu m’as donné un nom, un but et l’envie de vivre…»
Les garçons s’étaient enfuis, emportant l’ombre de leur cœur.
Seul subsistait l’enfant, immobile, les yeux tournés vers le ciel :
«Je m’appelle Lanterne mais aujourd’hui, pour toi, je serai Lautre.»
Soudain dans la nuit une étoile filante traversa le ciel, s’alluma, brilla puis mourut…
«Nuit, tu pleures ?
- Oui, mais c’est de joie.»
Rien n’est plus beau que le sourire d’une personne qui nous est chère.

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22nd mai 2010

Quand brillera l’obscrutité (2/3)

Salut !

Voici la suite du conte dont je vous ai présenté le début il y a deux semaines.

Bye et bonne lecture.

Quand brillera l’obscurité (1/3)

Quand brillera l’obscurité (3/3)

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Quand brillera l’obscurité (2/3)

Plusieurs jours s’écoulèrent, tous semblables les uns aux autres ; quelques étoiles qui s’éteignent dans l’immensité.
Pendant tout ce temps Lanterne cherchait dans son esprit un moyen d’aider la nuit mais sa longue réflexion ne le mena finalement qu’à la conclusion qu’à travers la peur du noir c’était la peur d’elle même qui tourmentait Nuit :
«Tu as peur de toi, Nuit. Tu as peur parce que tu ne contrôles plus rien, que tu n’es même plus maître de ta propre personne, que tu trembles sans pouvoir t’en empêcher, que les étoiles clignotent et que tous grelotent de froid. Tu as peur de toi parce que tu crois que tout ce qui arrive est de ta faute. Tu…»
L’enfant venait de penser à voix haute, en plein jour et soudain il s’était tu. Quelques personnes, intriguées, s’étaient arrêtées. Ils le regardaient en fronçant les sourcils, en jetant à la dérobée des regards lourds de sens : «Il est fou.» y lisait le dos-au-mur ; «le pauvre il divague complètement…». Le garçon ferma les yeux et baissa la tête. Nuit n’était pas là, il était midi, et pourtant, autour de Lanterne, le monde tremblait ; il vacillait car quelque chose était apparu au fond de ses yeux, bien pire que la peur…juste de la douleur.

Ce même jour, un peu plus tard lorsque le Soleil fut couché, Nuit s’adressa à l’enfant :
«Je t’ai montré mon cœur et je t’ai révélé mes frayeurs ; à ton tour maintenant de te dévoiler.»
Le silence souvent n’est qu’apparence, car c’est sans bruit que les cœurs crient. Ce soir seule la nuit pouvait entendre Lanterne pleurer.
«Tu ne connais camarade que l’obscurité ; tu ignores tout du jour. La pénombre est reposante pour les yeux et douce pour le cœur tandis que la lumière, elle, aveugle, elle agresse, elle nous brandit à la face du monde pour que tous ricanent. Tu as peur du noir, je le comprends ; mais peux-tu concevoir que je redoute le jour, ce moment où les ombres apparaissent, nous séparent et nous rendent inégaux. L’ombre de ceux assis par terre est toujours plus petite que celles de ceux les observant, les dominant, les jugeant.»
Nuit avait écouté, elle avait écouté mais elle n’avait rien pu dire, rien pu faire.
Soudain dans la nuit une étoile filante traversa le ciel, s’alluma, brilla puis mourut…
«Nuit, tu pleures ?»
Il est dur parfois d’être impuissant.

Dans les jours qui suivirent personne ne parla mais ils se cherchaient, se guettaient d’autant plus ; un sourire, un clin d’œil et un peu de lumière, c’est tout ce dont ils avaient besoin pour avoir l’impression de ne plus être seuls mais de partager une part d’eux-mêmes avec quelqu’un.
Pourtant un soir, peu après le crépuscule, Nuit chuchota gênée :
«Je peux te parler ?»
L’enfant sourit : «Bien sûr.»
La nuit attendit un moment, comme si elle hésitait à prendre la parole une nouvelle fois puis murmura :
«Il y a encore eu un meurtre très tôt ce soir, j’ai tout vu. C’était une embuscade et la haine ruisselait tout autour comme le sang sur la lame.»
Cette nuit dans le ciel il y avait des nuages.
«Nuit, pourquoi te caches-tu ?
- Je ne me cache pas…
- Alors explique-moi ce voile devant tes yeux.»
Mais comme Nuit ne répondait pas Lanterne poursuivit :
«Je ne vois plus les étoiles.
- Quelle importance, elles sont tellement petites !»
L’enfant se tut un moment puis demanda :
«Sais-tu pourquoi je n’ai pas peur du noir ?
- Non, répondit Nuit après une courte réflexion.
- Parce qu’au lieu de voir l’obscurité, j’essaie de ne percevoir que l’éclat des étoiles.»
Un silence. Une inspiration.
«Je peux t’aider, Nuit ; je peux t’apprendre à voir la lumière dans l’obscurité. J’ai beaucoup réfléchi et je pense que j’en suis capable…mais pour cela je te demanderai d’ôter ton masque.»
Alors une trouée apparue entre les nuages et le garçon put voir scintiller deux petites étoiles ; deux yeux qui brillaient d’espoir.

Lanterne se leva, confiant, sûr de lui-même, et tandis qu’il parlait son regard se posait tout à tour sur la brise, les animaux nocturnes et les étoiles car ce soir, plus qu’à un esprit, l’enfant s’adressait à un corps, un cœur et à une âme :
«Tu voudrais, Nuit, voir briller de nouveau Lautre dans le ciel pour qu’elle t’illumine, te rassure et te prouve la bonté de l’Humanité ? Sache qu’elle n’a jamais cessé de rayonner.»
Nuit eut l’air sceptique : «Pourquoi me donnes-tu une lueur d’espoir alors que j’ai vu Lautre exploser et mourir de mes propres yeux. Sais-tu combien il est douloureux d’espérer en vain ?»
L’enfant bomba le torse, fier de lui-même pour la première fois :
«J’ai déjà vu des personnes courir, rire ou sourire mais jamais je n’ai vu quelqu’un mourir.
Mourir n’est pas une action que l’on réalise ; c’est simplement lorsque l’on cesse de vivre, lorsque l’on cesse de courir, de rire et de sourire.
- Peut-être ; mais j’ai vu Lautre exploser et toute chose qui explose meurt…
- Non, coupa l’enfant, toute chose qui explose se brise, se déchire, se fragmente mais ne meurt pas. Si tu souffles sur une fragile rose, les pétales se détacheront pour s’envoler, emportées par le vent. C’est un peu comme si la rose aurait explosé ; mais elle ne serait pas pour autant morte car il subsisterait en de nombreux endroits une part d’elle même. Quand Lautre a explosé elle ne s’est pas éteinte ; des fragments de sa lumière se sont simplement éparpillés aux quatre coins du ciel. Si ton rêve d’union, de paix et de fraternité s’est dissous, les acteurs n’en sont pas moins présents et vivants. Regarde le ciel Nuit, Lautre a disparu mais quelque chose d’autre n’est-il pas apparu ?»
Deux yeux invisibles s’étaient tournés vers l’immensité :
«L’obscurité.
- Non, cela c’est ce que tu veux voir.»
La nuit étudia le ciel méthodiquement. Il y a avait tout d’abord la Lune dont le puissant éclat attirait directement son regard ; puis l’obscurité, dense, effrayante, cette obscurité qui n’en finissait pas…
Nuit faillit réitérer sa première réponse et se détourner des ténèbres lorsque soudain quelque chose la surprit : un point de lumière. Cette vision fut comme un bref éclair, précédé et suivi par la pénombre. Mais cette fois-ci la nuit ne s’attarda pas à regarder l’obscurité et son regard courut très vite jusqu’au prochain point lumineux.
«Les étoiles.»
L’enfant esquissa un croissant de Lune.
«Chaque astre que nous voyons est le reflet du rêve d’une personne, un rêve égoïste et solitaire mais un rêve toutefois. Ces étoiles sont moins brillantes que Lautre mais elles existent tout de même. Si tu veux reconstituer ce satellite brisé prend le temps de regarder chaque étoile, de comprendre son rêve, et de le partager. Le ciel il est sûr restera semblable à aujourd’hui mais dans ton cœur les rêves de millions d’autres rayonneront. On se sent toujours plus fort quand on partage notre rêve avec quelqu’un d’autre…»
Une petite brise, légère comme un soupir, effleura le visage de l’enfant.
«Cependant cela n’efface pas l’obscurité. Elle reste, elle persiste ; j’ai l’impression de marcher les yeux fermés avec la peur constante de tomber et de me blesser.
Ne suis-je donc condamné qu’à sauter d’étoile en étoile en attendant de me tromper, de vaciller et de chuter dans l’obscurité ?
- Non ! » Lanterne ne parlait pas fort, c’est à peine s’il chuchotait, si ses lèvres remuaient. Ce soir seul son cœur criait, il hurlait à la nuit comme un loup pris de folie. Nulle oreille ne l’entendait, nulle tête ne se leva mais dans la ville tous les cœurs s’éveillèrent…
«Non, je refuse d’être condamné à cette vie. Je refuse d’être condamné à voir passer les gens chaque jour devant moi, je refuse d’être condamné à attendre d’être seul pour pleurer. J’ai refusé d’être condamné à ne jamais entendre quelqu’un me parler avec amitié et c’est pourquoi ce soir, grâce à toi, je peux refuser que tu sois condamné à l’obscurité.»
Nuit s’était arrêtée de respirer, plus un son ne s’élevait dans la pénombre. Tous écoutaient.
«Oublie les meurtres, les larcins, les gémissements ; ferme ton cœur à la noirceur de leurs âmes et ne daigne les regarder que lorsqu’ils auront recouvré un petit peu de clarté. Nuit, je suis dos-au-mur cependant j’ai encore assez de fierté pour ne lever les yeux non pas sur ceux dont le portefeuille en vaut la peine mais sur les rares personnes dont le cœur en vaille la chandelle car, alors, leur regard est empli de plus de lumière que toutes les pièces de leur bourse.
Je t’en prie, ne pose tes beaux yeux sombres que sur les vies qui brillent en silence, sur ces mères qui le soir venu refoulent leur fatigue et leur lassitude pour bercer de nouveau leur progéniture, sur ces pères qui prennent leur plus belle voix pour raconter une histoire, sur ces amis qui ouvrent leur portes aux âmes égarées et savent si bien les consoler, sur ces amants qui s’aiment dans l’impunité, sur ces enfants seuls chez eux qui lisent pour s’enfuir vers quelques idéaux, sur ces louves qui bravent le danger pour nourrir leurs petits, sur ces arbres qui se creusent pour abriter les écureuils, sur chaque être qui se sent seul dans le noir et aspire à sentir sur son visage la douceur de ton regard, de ton sourire…
Chaque étoile, même petite, mérite qu’on lui prête attention. Alors seulement elle pourra grandir et rayonner. Alors seulement l’obscurité pourra s’illuminer.»
Longtemps après le discours de Lanterne la nuit resta pensive à contempler la lumière de chaque être, à comprendre leurs désirs, leurs envies avant de réaliser que leurs rêves aussi pouvaient être beaux et simples, de petites étincelles ravivant le brasier de l’espoir.
«Lanterne quel est ton rêve, ton rêve le plus cher ?
- Avoir un ami, quelqu’un sur qui je puisse compter, un mur qui ne risque pas de s’effondrer.
- Je croyais que c’était d’être prince d’un infini royaume où il n’y aurait plus aucune frontière, plus aucun mur pour séparer les hommes et instaurer des conditions.»
L’enfant acquiesça, le visage grave et empli de mélancolie :
«C’est vrai. Mais désormais je crains de devenir prince et d’être plus seul que je ne le suis aujourd’hui.
Peu m’importe ma condition de dos-au-mur si j’ai un ami.»
La nuit sourit.
«Je partage ton rêve, mon ami.»

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