4th novembre 2021

Les feuilles mortes

Salut à tous,

Voici un petit poème écrit en ce début de saison, dans le bus un matin en allant au travail.

Bye et bonne lecture !

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Les feuilles mortes


Elles tombent doucement, presque en noir et blanc, ces vies venues d’un autre temps, de ces printemps oubliés, de ces étés fanés qui s’en vont dormir à jamais.

Une à une elles s’amoncellent, poussées par le vent, si frêles, en petit tas contre les murs. Ne pas déranger, ne pas être un fardeau. Partir en fumée sans bruit, sans étincelles.
Les vers viennent les ronger, leur corps petit à petit décomposé, les nervures brisées. Enfant je n’aimais pas embrasser leurs visages ridés.
On les piétine sans les regarder. Ça craque sous nos pieds. Et on se souviendra un jour, peut-être demain, qu’on aimait tant les prendre dans nos mains.
Derrière, elles laissent des arbres à nu, emplis de solitude, des nids battus par la pluie, abandonnés. Combien de feuilles dans une forêt ?
Jusqu’au dernier instant avec dignité, elles ne tombent pas au sol, elles s’envolent.
Des sillons rouges dans les rues, des tranchées au milieu des pavés, comme si nous n’avions pas vu l’automne arriver. C’était ma saison préférée.
Puis on balaie les feuilles mortes.
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3rd août 2021

L’exode

Salut à tous !

Voici un petit poème écrit dans le train, entre Paris et Montpellier le 19 mars 2021 précisément.
En espérant vous retranscrire cette ambiance !
Bye et bonne lecture !
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L’exode

Je me souviens de la chaude tuyauterie des moteurs
Qui roulaient à pleine vitesse,
Quand on traversait la France dans un demi sommeil
Et que dehors tombait la neige.
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Lovés dans nos manteaux,
Coincés sous les bagages,
Nous laissions s’égrainer le paysage
Pendant que le temps cotonneux défilait sous nos pas.
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Depuis longtemps les vitres n’avaient pas été lavées
Marquées des souvenirs des tempêtes passées.
Après le pont, derrière les vallons,
Perdus dans cette fuite en avant.
Contre le temps.
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Enfoncés dans nos fauteuils, dans nos rêves
Les flocons laissent place aux doux rayons de soleil.
Sur les quais des noms surgissent, qu’on ne visitera jamais
Pas plus que ces âmes assisent à nos côtés.
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On s’installe, on s’étale.
Un casque, un livre, un oreiller,
Quelques odeurs de nourriture
Comme un arrière goût de nature.
Qui sait combien de temps le voyage peut durer ?
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Premier arrêt, le train ralentit.
Après un tunnel sous la montagne
Un fleuve sinue sous nos yeux éblouis.
Quelques vies s’égarent
Quand d’autres nous rejoignent.
Puis le train repart.
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Ballotés en silence par les rails,
Il flotte dans l’air une envie d’ailleurs,
Un besoin de vivre surplombant la peur.
Comme si l’arrivée signera le terme de la bataille.
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C’était l’exode.
Entre la honte et l’aliénation,
Grimés sous nos masque de chiffon,
Se cachant comme des déserteurs,
On voulait respirer
Quand d’autres étouffaient.
Il ne restait plus que quelques heures.
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22nd novembre 2020

Il est cinq heures

Salut à tous !

Voici un petit poème écrit beaucoup trop tôt un matin en partant au boulot. Une petite revendication politique de temps en temps, ça ne fait pas de mal !

Le dessin réalisé par moi même vient de l’Inktober 2020.

Bye et bonne lecture !

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Il est cinq heures

Une fine bruine tombe sur Paris,
Figée sous les lampadaires endormis.
Pas de vie, pas de bruit,
Seul le pain tout juste cuit,
Tandis que dans le métro somnambule
Le moteur ronfle et la sonnerie hulule.
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Blottis sur les sièges quelques âmes
Les yeux mi clos reprennent leur voyage,
Arrachés trop tôt à la tiédeur des rêves
Le cœur en sursaut lorsque la bulle crève.
Ils ont laissés derrière eux les dormeurs,
Ignorants que la vie n’a pas d’heure.
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Et lorsque les nuages apparaîtront
Gorgés d’un sombre gris béton,
Nous serons déjà loin
Enfermés dans des vitrines, des bureaux, des usines,
A regarder clignoter des points
A taper sur des machines
En rêvant de partir.
Peut-être demain.
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Alors dans un acte de haute rébellion,
Je prendrai mon stylo, ma plume, mon crayon,
Défiant la productivité pour un peu d’imaginaire.
Et si on demande la réfractaire,
D’un sourire j’affirme et je signe,
Pour gueuler entre ces lignes
Que Paris a sommeil.
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27th août 2020

Vue du Ciel

Bonjour  à tous !

Un soir je regardais par la fenêtre et j’ai eu envie d’écrire un poème. Faut pas chercher, ça arrive parfois, des vers qui surgissent sans crier gare !

J’espère que ce poème vous plaira.

Bye et bonne lecture.

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Vue du Ciel

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Sourds les nuages qui hurlent
Le passé fuyant, enfumé.
Aveugle l’orage qui brûle,
Des oiseaux de cendres tombent en nuée.
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La blanche fumée enfle, écrase le ciel.
Et si jamais il a existé,
Balaie le jour dans un souffle éternel.
A jamais dans la postérité.
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De tôles, et d’acier, bris de vie éparpillés,
L’eau s’engouffre d’où le sang s’est échappé,
Et tous se demandent comment l’histoire a dérapé.
Le ciel était bleu avant d’être torpillé.
-
Après la nuit vint le couchant,
Les nuages s’envolent, squelettiques.
Incapable de dormir sur le port marchand,
Le Soleil cherche son lit, fatidique.
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Peu après 18 heures, ce 4 août,
Il ne reste rien de Beyrouth.

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7th novembre 2019

Cosmologie d’une Histoire

Bonjour à tous,

La suite du cercle Artistique (que j’avais oublié de poster ^^). Le thème était : Départ.

L’image est un dessin de ma part réalisé durant Inktober.

Bye et bonne lecture !

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Cosmologie d’une Histoire

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Au départ il n’y avait rien.

Ou plutôt il y avait tout :

Le début et la fin,

Condensés en un point,

L’infini dans la plume du fou,

L’éternité suspendue au doute.

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Avant le premier mot, le premier cri,

Précédant la mort, anticipant la vie,

Devançant la lumière d’une seconde,

Pour créer le temps à la lueur de l’ombre :

Primitive, primordiale, la goutte

D’encre.

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Dans les souvenirs oubliés, je revois sa chute

Empreindre l’espace d’élans d’émotion brute.

C’est l’inflation, l’expansion d’une Histoire,

De lettres agrégées en mots, en phrases,

De protons, d’électrons puis de trous noirs.

Et tout autour le vide nous écrase.

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Le départ n’est qu’illusion pour oublier

L’avant. La fin un prétexte, un faux-fuyant,

Un mur à l’horizon dressé devant l’après.

Ignorant le dénouement, j’écris,

Pour comprendre l’Univers, je vis.

On ne voit que la lumière.

J’attends l’obscurité.

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17th juillet 2019

Le Saint G

Salut !

Le cercle artistique se poursuivant, voici un nouveau court récit à vous proposer. Le thème était : Parchemin.

Quand j’écris, j’écoute toujours de la musique, j’écris au rythme des notes et peut parfois mettre une chanson en boucle. Alors pour une fois, comme j’en ai envie depuis longtemps, j’ai décidé de mélanger les arts. A vous de me dire ce que vous en pensez !

Bye et bonne lecture.

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NDLR : il est impératif pour l’expérience de lecture de lire le récit en lançant les musiques associées à chaque fois. Pour lire les musiques, cliquer sur les liens en début de paragraphe. Si les liens ne s’ouvrent pas, vous trouverez le nom des musiques à la fin du récit (pour les chercher sur Youtube, Spotify…).


Le Saint G

En l’an 2684, dans les faubourgs de Brest, capitale Armo-européenne, la quête du Graal a repris. Objet de légende datant d’avant l’Explosion Lunaire, son histoire s’est perdue au fil des siècles, ensevelie sous la poussière cosmique. Il ne subsiste aujourd’hui que le souvenir d’un mythe et d’une forme – ronde dit-on. Mais comme tout objet de légende, il suscite bien des convoitises et génère bien des risques…

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“Tourne Lucas ! Touuurne bordel !” Hurla Lilly d’une voix grave avant d’être projetée brutalement contre la paroi métallique.

Les mains fermement agrippées aux manettes, Lucas regarda la montagne de la décharge passer à seulement quelques centimètres tandis que l’Albator entamait une vrille dans un effort désespéré pour redresser le cap.

“Si on s’écrase, ça sera facile pour la répression des fraudes de nous chopper, qu’est-ce tu fous Lucas ?” Le houspilla Lilly en se relevant péniblement, faisant jouer sa large mâchoire carrée et ses muscles saillants pour voir si elle n’avait rien de cassé. Elle dégagea son visage de la longue tignasse blonde qui lui barrait les yeux, et tata la sacoche qu’elle avait en bandoulière avant de pousser un soupir de soulagement.

“Demande ça à Sophia ! Lui répondit Lucas. Comment t’veux que je conduise et que j’évite les tirs de la milice ?”

Assise à l’arrière du cockpit, la jeune fille en question ne pris pas le temps de regarder ses deux compagnons.

“Sont sacrément nombreux j’te ferai remarquer, et il en arrive toujours plus ! J’crois qu’on a chopé le gros lot les gars…”

Se mordillant le bord des lèvres, Sophia tira plusieurs coups d’auto-canon avant de pousser un cri de joie. Le moteur du véhicule le plus proche pris feu avant d’exploser dans une violente détonation qui envoya de nouveau valdinguer l’Albator.

“P’tain de traitement hormonal, râla Lilly en s’agrippant de toute ses forces aux poignées pour essayer de rejoindre le tableau de bord. Si j’dégueule pas sur les commandes on a d’la chance.”

Lucas louvoyait entre les squats ayant bourgeonnés un peu partout dans les vieilles tours en ruine, étrange forêt urbaine où les monticules de débris servaient à ancrer l’ensemble dans un sol depuis longtemps disparu. Du pont reliant les faubourgs au centre ville en enjambant le bras de mer, il ne restait qu’un pylône peinant à soutenir le tablier de béton armé et les quelques tours aux fondations noyées avaient pris appui sur cette branche providentielle. La jungle de Brest, Lucas la connaissait par cœur et l’Albator qu’il pilotait depuis déjà trois ans n’avait besoin d’aucune liane pour l’emmener d’un bout à l’autre, et sur l’océan parfois, quand il voulait être seul.

“Tu réfléchiras plus tard à ta condition Lilly, la lourdeur du traitement, le regard des autres, l’inexistence civique…j’te promets de t’accompagner gueuler sous les toits de l’Organe ! Mais je t’en prie Lilly, je t’en supplie…c’est toi, trans, à être la première personne de la Galaxie à avoir le Graal entre les mains ! Alors écrit l’histoire avant qu’on claque tous !”

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Une heure plus tôt…

“Allez v’nez on va au bar, j’vous paie une chope d’éther. Je m’ennuie à mourir ici…” Lucas traînait les pieds dans les dunes de sable lunaire, son matériel d’archéologie laissant une large trace de transpiration dans son dos.

“Faut encore que j’rembourse Bryan pour le dépannage de la semaine dernière…soupira Sophia.

-   Ta ration d’eau avait de nouveau été polluée ? Demanda Lilly d’un air embêtée.

-   Ouai…encore le coup de Night et de sa clique de fanatiques je parie. Ils veulent purifier la terre des Hommes qu’ils disent mais ils polluent le peu d’eau qu’on a…

-   S’tu veux mon avis, il a surtout pas dû digérer qu’tu l’aies largué, fit Lilly avec un petit clin d’oeil coquin.

-   Prochaine fois fait nous signe, on partagera, lui proposa Lucas.M’ci les gars. Enfin pour l’instant faut qu’je trouve un moyen de le rembourser si j’veux pas qu’il m’envoie ses gars aux trousses.”

Lucas observa le paysage mouvant autour de lui, les dunes qui naissaient pour disparaître une heure plus tard.

“Si seulement on pouvait savoir quel coin on a déjà fouillé et quel coin on a pas fouillé…

-   Sinon on va chercher dans les débris du quartier est, proposa Lilly.

-   Et se mêler à tous ces pilleurs ? Plutôt crever de soif, cracha Sophia.

-   Qu’est ce qui nous différencie d’eux ? Demanda Lucas. Pas sûr de valoir mieux moi…”

Posant son lourd sac au sol, Sophia sortit ses outils de travail.

“Ce sont des pilleurs, je suis une chercheuse. Il y a un monde entre eux et nous ! Ils se moquent de l’Histoire !” Déterminée, elle commença à baliser le site et à le protéger pour limiter l’apport de sable.

“Mouai…enfin on vend tout c’qu’on trouve. J’vois pas de différence moi…”

Lilly lui jeta un regard menaçant et Lucas ravala ses remarques d’une moue bougonne. Il ne voulait pas se fatiguer à la tâche pour rien mais se mettre Sophia à dos, c’était bien pire.

Sept ans qu’ils travaillaient ensemble. Lucas avait d’abord commencé avec Lilly, ils avaient pris leurs marques dans un monde brutal et sournois des pilleurs de trésors archéologiques. Pourquoi ils avaient commencé à faire ça ? Pourquoi ils ne se démenaient pas en ville comme tant d’autres ? Lucas se posait la question à chaque fois que le Soleil tapait sur sa tête à le rendre fou et que le sable lui brûlait les poumons. Puis il survolait la capitale avec l’Albator et il savait. Sophia les avait rejoint un peu plus tard, amadouée par les yeux amoureux de Lilly, et une routine s’était petit à petit installée. Chacun avait son rôle, chacun savait pouvoir compter sur l’autre. Que cela plaise ou non à Sophia, ils étaient pilleurs de trésors. Et Lucas aimait ça.

“Les gars, appela Lilly, je crois que j’ai trouvé un truc.”

Dans ses mains elle tenait un petit coffret de pierre polie cerclé d’un liseré d’or. Sa voix oscillant entre le grave et les aigus n’était plus qu’un souffle, à peine suffisant pour ôter le sable sur le dessus de l’objet.

“On va p’t’être l’ouvrir avant de le vendre, juste voir ce qu’il y a dedans.” Depuis les centaines et les centaines de jours passés à chercher des artefacts d’une quelconque valeur perdus dans le sable lunaire, jamais ils n’avaient trouvés mieux qu’un étrange objet en forme de queue de cochon rouillé. Après l’avoir longuement étudié Sophia en avait retiré dix jours de rations pour trois mais n’avait jamais pu comprendre ce à quoi il servait. Retenant sa respiration, la jeune femme passa sa tête par dessus l’épaule de Lilly.

“Ouvre le ! Ouvre le !”

A peine eut-elle passé sa main sur le couvercle qu’un léger cliqueti se fit entendre. Comme une rose-automate sortie d’un autre temps, le coffret s’anima, déployant ses pétales de roche un à un pour laisser entrevoir un nouveau contenant, à peine plus petit qui, lui aussi, se mit à étendre ses bras de pierre engourdis par un trop long sommeil. Et encore une boite. Encore l’éveil d’un mécanisme d’horlogerie d’une poupée russe sans âge. Et encore. Et encore. Puis soudain tout s’arrêta. Plus de cliquetis, juste le silence des dunes. Devant eux se tenait un disque aux milles reflets troué en son centre. Une écriture avait un jour dû aller d’un bout à l’autre car quelques traits noirs subsistait, tous illisibles sauf pour une lettre. Une seule tout à gauche. G.

Lucas déglutit.

“Vous croyez que c’est…ce que je crois que c’est ?

-   Objet rond de légende, de magie, ayant baigné dans le sang d’illustres personnages et ayant été à l’origine de la mort de nombreux autres…un mythe éternel sur lequel les historiens n’osent même plus se pencher…le Graal.”

Une larme coula sur la joue de Sophia avant qu’elle ne reprenne.

“C’est vieux comme objet mais j’en ai déjà entendu parler, un drôle de récipient…ça s’appelle comment déjà ? Un…attendez que je me souvienne de mes cours de pré-EL…un…un…un CD-ROM ! Il faut l’analyser, le lire, je suis sûre que l’Albator pourra, il faut…

-   Non Sophia, l’interrompit Lucas en posant une main sur son bras tremblant. C’est trop gros pour qu’on le garde pour nous, dans ce faubourg moisi, c’est trop énorme pour risquer qu’il tombe entre les mains de la douane en rentrant ce soir. Non, il n’y a qu’une chose à faire.”

Lilly détourna les yeux du Graal pour les lever vers son ami. Elle le connaissait depuis trop longtemps pour ne pas savoir ce qu’il avait en tête.

“On va à Brest, au cœur de Brest. Devant l’Organe, face aux milliards de personnes du monde entier… on goûtera au Graal.”

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Actuellement…

Après le quartier-épave où des dizaines d’usines flottantes puisaient l’eau du marais pour la désaliniser et l’envoyer à la ville au travers d’énormes conduites, la forêt de câbles marquait la limite à ne pas franchir.

“Accélère Lucas !” Hurla Sophia d’une voix suraiguë entrecoupée de tirs d’auto-canon.

350 km/h…et les vaisseaux de la milice de la répression des fraudes continuaient d’arriver en masse de tous les côtés.

“J’peux pas, l’Albator est à fond ! Riposta Lucas dans un cri de rage.

-   Bolide de ma chatte oui ! Fait péter ce moteur, je m’en fous mais accélèèèère !

-   J’vais essayer d’les semer dans les data-pipes, accrochez-vous !

-   Pitié…gémit Lilly en se tenant le ventre sur son siège.”

Sans plus de formalité, l’Albator partit en vrille. Derrière chaque canalisation s’en cachait dix autres, et ne pas s’écraser contre leurs parois relevait du même prodige que manger du nougat sans se salir les dents. Dans le dos de l’Albator, six détonations retentirent et Lucas peina à ajuster sa course aux déflagrations.

“T’as appris où à conduire ? Demanda Sophia à la fois stupéfaite et terrifiée. Tu vas nous tuer !”

Lucas effectua un tête à queue, évitant de justesse une canalisation avant de virer à droite.

“Dans les tempêtes en mer…leur confia le jeune homme.”

Lucas n’avait mis les pieds dans le cœur de la ville que deux fois dans sa vie mais il savait une chose : il était impossible de manquer l’Organe.

Construite en étoile à l’image de la capitale d’un pays datant d’avant l’Explosion Lunaire, le système tentaculaire de câbles, le réseau de transport, et les hommes convergeaient tous vers l’Organe. Et aussi massif que les data-pipes soient, ils n’étaient que des brindilles face au cœur massif de l’Organe, se gonflant de données avant de les expulser vers le monde entier.

“Tu arriveras à te connecter au réseau de diffusion ? demanda Lucas en partant en chandelle pour passer de l’autre côté de l’immense muraille protégeant Brest de la montée des océans et des tempêtes.

-   Si tu m’laisses le temps je devrais pouvoir le pirater assez longtemps pour…répondit Lilly entre ses dents en pianotant activement sur la console du tableau de bord.*

-   Y aura pas le temps de….”

Une violente secousse ébranla l’Albator qui commença à piquer du nez.

“Réacteur droit touché ! Hurla Sophia

-   On va s’écraser ! Lança Lilly en partant dans les aigus.

-   Ils vont payer pour avoir touché à l’Albator…grinça Lucas.

-   Rase les data-pipes, ordonna Sophia, ils oseront pas tirer.”

Lucas rétablit difficilement le cap et se rapprocha le plus possible d’un immense câble. Autour d’eux, des tours s’élançaient vers le ciel pour se perdre dans les nuages, donnant plus l’impression de progresser dans des tranchées que dans des rues. Au loin, là où le data-pipe disparaissait dans la courbure de la Terre, l’Organe s’élevait, ville dans la ville semblant repousser l’horizon. Soutenue par une armature métallique aux points de fragilité, une étrange chair gris-rouge ondoyait plus qu’elle ne battait. Occasionnellement, un sursaut l’animait et, se gonflant au point de déborder de l’armature, elle donnait l’impression d’être sur le point de se déchirer.

“V’pensez qu’il renferme quoi ? demanda Lucas sans lâcher sa trajectoire des yeux.

-   Le Graal ? demanda Lilly

-   Non mon c… ! Pesta Lucas.”

Tandis que Lilly préparait mentalement une réplique salée, Sophia la devança.

“Un message de la civilisation pré-EL…de dangereuses connaissances…le secret de la vie éternelle…ça peut être tellement de choses ! S’extasia Sophia

-   Et dans tes rêves, lança Lilly de l’autre bout de l’appareil, ça serait quoi ?”

La jeune fille réfléchit un moment, dans le vacarme le plus absolu des tirs d’auto-canon et des explosions.

“L’Histoire. Avec un grand H. Sans parti pris, ni interprétations. L’Histoire omnisciente.

-   Ca n’existe pas ça, même dans les contes de fées, fit remarquer Lucas d’un air sceptique.

-   Et toi alors ? Lui renvoya Sophia.”

Le front ruisselant de sueur, les bras tremblant à force de serrer les manettes, Lucas plongea un instant dans la douce apesanteur du rêve.

“De l’eau à perte de vue, de l’eau qu’on boit et dans laquelle on peut se baigner…plus de ville, plus de ruines, surtout plus de sable lunaire. Juste de l’eau, l’Albator et moi….et vous bien sur !”

Lilly sourit.

“Vous savez quoi les gars ?”

Les sirènes de la milice lui répondirent.

“J’ai jamais aimé les surprises…” Lilly parti d’un grand rire, des larmes coulant sur ses joues avant qu’elle ne s’exclame :

“J’suis prête Lucas ! Approche toi juste assez…

-   C’est parti ! Cria-t-il avec entrain en poussant les moteurs à fond.”

Devant eux l’Organe semblait battre au ralenti et se rapprocher encore plus lentement, comme fuyant la révélation que tous attendait, pour laquelle l’humanité retenait son souffle depuis des siècles.

“Faudra rester à côté si on veut qu’la connexion…

-    Je sais, murmura Lucas.”

Alors que l’Organe les écrasait de toute sa hauteur, à quelques centaines de mètres seulement de ce dernier, l’Albator fit volte-face.

“Maintenant ! hurla Lucas tandis qu’il ouvrait le feu sur les vaisseaux de la milice, Sophia désormais à ses côtés.”

Retenant sa respiration Lilly pressa une touche. L’Organe fut pris de violents tremblements, sa structure grinçant comme si elle allait rompre. Soudain il se contracta, resta immobile quelques secondes tandis que Brest tout autour devenait le théâtre d’une rébellion. Plusieurs vaisseaux de parias, dealers et pilleurs de trésors avaient flairé le coup et profité que l’Albator ouvre la voie pour s’engouffrer dans la brèche. Sous le regard interloqué de Lucas, les étendards du groupuscule Rainnelts, de la secte K’rats et des frondeurs Ygrantear flottaient au vent, apportant un soutien inespéré à l’Albator contre la milice.  L’heure de la révolte avait sonné. Aveugle au feu et au sang, sourde au tirs et cris de ses amis, Lilly fixait l’Organe. Seule une chose comptait désormais : savoir. Puis l’Organe explosa. Sa chair envahit l’armature de métal, se dispersa dans les data-pipes et un grésillement insoutenable retentit dans tout Brest. Le tirs cessèrent d’un coup et au bourdonnement suivit une musique inconnue de tous et semblant pourtant éveiller en chacun un vieux souvenir…

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Le 15 avril de l’an 2684, dans les faubourgs de Brest, capitale Armo-européenne, le Graal fut révélé au monde entier par trois pilleurs de trésors tandis que l’étincelle d’une guerre s’embrasait pour le contrôle de l’Organe. Éternellement, l’Histoire se rejoue pour jouer avec nous et se jouer de nous. Contre un peu de pouvoir et de liberté, dans le feu et le sang, pour la vie et jusqu’à la mort. Et dans nos esprits bien plus encore. Game of Thrones.

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Chanson 1 : Honor or Humanity, Tomoyasu Hotei – Kill Bill

Chanson 2 : Surface of the sun, John Murphy – Sunshine

Chanson 3 : Blade Runner (End Title), Vangelis

Chanson 4 : Opening de Game of Thrones

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2nd avril 2019

Roue-âme

Salut à tous !

Avec des amis on a recréé en quelque sorte le « Cercle des Poètes disparus » ou disons plutôt « le Cercle des Artistes disparus » car notre objectif est d’accueillir toutes les formes d’art. On se donne ainsi un thème et c’est parti ! A vos marques, prêt, feu ! Imaginez !

Puis il s’agit de retrouver qui est à l’origine de quel texte. Et parfois…on croit savoir que l’on se trompe ;-)

Alors aujourd’hui je vous présente le texte que j’ai écrit pour la première édition du Cercle des Artistes. Le thème était…Rouage !

L’image à la fin est issue du musée d’Orsay.

Bye et bonne lecture.

PS : n’hésitez pas à cliquer sur l’image pour l’agrandir et lire directement dessus…là était tout le but !

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Cercle extérieur (début en haut au milieu) : “Et si c’était toi ? Qui murmure parfois qui hurle. Ce regard sur le monde, cette lueur de vérité aussitôt partie en fumée. Et si c’était toi ? Cette peur de l’au-delà, ce mécanisme bien huilé qui ne veut pas s’arrêter. Parait que morte tu vis encore.”

Créneaux du cercle extérieur : “En es-tu bien sure ? Tu sais que tout ceci n’est que poussière dans notre tête. Nos yeux fermés tout est noir et pourtant je rêve de toutes les couleurs dansant à la frontière de l’éternel réveil. Demain viendra l’aube que nous aurons imaginé, iréelle et insensée. Tout comme ces mots que nous avons posés. Et au seuil de la mort nous saurons peut-être alors qui je suis.”

Lignes entre cercle extérieur et intérieur : “Ose regarder, Essaie de comprendre, pauvre mortel, démêle les fils de l’iréel, enfonce toi toujours plus loin, doute de tout. Du rien.”

Cercle intérieur : “Je n’existe pas. Je suis ce trou en toi, lacune de la science, vieille réminiscence d’une peur séculaire, n’être que poussière. Tout tourne en toi, chavire en moi. Vertige”

Créneaux du cercle intérieur : “Ne pars pas, attends moi. J’ai peur d’être seule avec moi même. Seule avec mon être. Dis, que devient tout notre monde à la fin ?”

Cercle intérieur marqué A : “Inspirer. Illusion. Expirer. Confusion. Asphyxier les questions. Oublier.”

Cercle intérieur marqué M : “Je vis la mort. Je rêve l’éveil. Savoir.”

Cercle intérieur marqué E : “On voit en noir et blanc. Tu es rouge sang.”

Cercle à l’intérieur du A marqué R : “Tic Tac Vie Tic Tac Cours Tic Fuis !”

Cercle à l’intérieur du A marqué O : “Six Cinq Quatre Trois Deux Un”

Cercle à l’intérieur du M marqué U : symboles mathématiques “pour tout / vide / il existe / différents / infinis”

Cercle à l’intérieur du E marqué E : “Nous tous moi toi”

Cercle à l’intérieur du R marqué ? : “Moi – Toi = … …

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5th août 2018

Trop plein

Salut !

Récemment, en me demandant mon avis pour un poème, un ami m’a dit « quand  tu sentiras de l’émotion, j’aurai réussi mon défi ».  L’émotion…tout un monde.

La première photo a été prise en Finlande lors des premières neiges et la seconde vient de l’Arctique.

Bye et bonne lecture !

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Trop plein

Sur la neige fondue des trottoirs piétinés,
Sous la chaleur accablante des jours abandonnés,
Face à la houle de ses yeux déchaînés,
D’un détail tu nais.
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Assise sur un canapé gris,
A la lumière solitaire d’une pièce à vivre,
Devant le mur vierge de l’avenir,
Je t’écris.
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Pour insuffler un peu de sens,
A tes silences, tes assonances.
De censures en évidences,
Comprendre ton errance.
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Va t’en, laisse moi en paix !
Tu croyais vraiment que je pouvais te porter ?
Une émotion de plus, une lettre, un gravier,
Et je vais me noyer.
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