Souffle Mots

Légende d’un nouveau récit

20th juillet 2017

Légende d’un nouveau récit

Bonjour,

Je reporte les posts, je reporte et soudain je me rends compte que cela fait plus d’un an que je n’ai pas posté. Je ne m’en serai pas cru capable. Oh je vous rassure, j’écris ! Souvent ! Depuis 2 ans maintenant je me suis lancée dans un récit, un long récit qui j’espère pourrait devenir un roman. Et vu que j’écris ce récit bah…je n’écris rien d’autre qui puisse alimenter ce site. On m’a toutefois fait remarquer que je pouvais poster le tout début de mon récit (je parle de récit parce qu’en fait il n’a pas de nom encore même s’il fait 80 pages !). C’est ce que je fais alors ici. Un prélude, un avant-goût… la suite viendra un jour, en livre papier je l’espère. Mais pas tout de suite ! J’ai tant à écrire encore et je suis si longue à écrire !

La première photo correspond à l’open pit de la mine de Kevitsa en Finlande.

Alors voici une légende, celle d’un roman qui peut-être verra le jour.

Bye et bonne lecture !

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Légende d’un nouveau récit

A l’aube des temps le ciel était nu et la plaine constellée de taches de rousseurs. La nuit, le vent apportait parfois aux oreilles des Hommes un son étrangement métallique mêlé à celui de l’herbe dansante. Bien souvent les regards s’élevaient vers le ciel et ils se rappelaient de ce temps où ce que voyaient leurs ancêtres n’était point la nudité des femmes au soir de leurs noces, riche de promesses et emplissant l’imaginaire des hommes. Le dénuement qu’ils contemplaient était celui des mendiants dans la rue, rabattant le pan de leur cape pour se protéger tant bien que mal du froid, la terre du paysan après le gel de décembre et l’âtre où les buches se sont éteintes. Un ciel sans étoiles. Face à cette noire vision le cœur des Hommes, toujours, s’emplissait d’un malaise indéchiffrable. Cela toutefois, c’était avant que les Poètes n’apparaissent.

Ils pénètrent sur la lande un matin d’automne, leur long manteau couleur nuit faisant bruisser dans leur sillage les feuilles jonchant le sol encore humide de la rosée. Le dos droit et la démarche assurée, ils portaient une capuche masquant leurs visages baissés. Il parait que leur cape était cousue dans un morceau de ciel tombé sur Terre, à l’époque où cette dernière projetait encore dans le firmament des flammèches incandescentes. Traversant les champs de blé et les forêts insondables ils s’arrêtèrent à flanc de montagne, dans le creux ménagé par une ancienne grotte aux parois érodées. Se munissant de pioches et de lanternes, leur pas les guida dans les ténèbres de la nuit et bientôt les villageois virent disparaitre les derniers halos de lumière. Après avoir patienté quelques heures, les Hommes se dispersèrent pour retourner à leurs activités. Seuls quelques enfants rodèrent encore autour de la grotte malgré les récriminations de leur parents, attendant pleins de curiosité que les Poètes remontent. Quelques semaines plus tard, tandis que tombaient sur la plaine les premiers flocons de l’hiver, le village s’anima à l’approche d’un enfant. A peine avait-il transmis son message qu’il repartait déjà sur la route qui l’avait vu arriver : les Poètes avaient refait surface. Rassemblés devant l’entrée de la grotte, les villageois les rejoignirent petit à petit tout en gardant bonne distance, laissant entre eux comme une auréole de neige immaculée. Le soleil avait disparu derrière l’horizon et seul son souvenir éclairait encore la terre. Les arbres alentours avaient revêtu le noir de l’anonymat et contrastaient sur le ciel d’un bleu sombre. La scène toutefois était parfaitement discernable et la lumière diffuse qui l’enrobait telle un voile se réverbérait sur la neige fraichement tombée. La lueur provenait d’une pierre polie au creux des mains des Poètes et bientôt, sous les regards pieux des villageois, cette dernière s’éleva dans les airs. A son passage les flocons semblèrent s’allumer comme des paillettes dans l’obscurité, chutant inexorablement tandis que le cœur lumineux poursuivait son ascension. Rapidement, les yeux ne purent plus témoigner de l’avancée de la pierre et nul ne peut dire à quel moment cette dernière s’acheva. Tous se souviennent cependant de cet instant, variable indéterminée ajustée par les rêves et espoirs de chacun, où, soudain, le ciel se para d’une étoile. C’était une femme que seul un collier de perle habille, un bourgeon perdu dans l’immensité du désert et l’étincelle qui brille au coin des sourires.

A partir de ce jour les villageois n’eurent plus qu’une idée en tête : apprendre le secret des Poètes. Aménageant l’entrée de la grotte, ils en retirèrent les écueils pour permettre à chacun de descendre à la suite des magiciens et façonnèrent dans les parois l’âtre des flambeaux devant les guider jusqu’à leurs maîtres. Des jours durant les Poètes transmirent leurs savoirs dans les ténèbres de la terre, enseignant aux Hommes l’art de façonner les étoiles. Tout débutait par la recherche de la pierre qui, jamais, ne pouvait être laissée au hasard. Les yeux devaient guetter à chaque instant, parmi la multitude de roches et de minerais, la pierre dont l’éclat résonnerait d’un écho particulier dans les cœurs ; tout comme les yeux guettent dans chaque être cette différence qui nous attirera irrésistiblement vers lui. Avec maintes précautions la pierre devait ensuite être extraite de son carcan pour être polie. Il y avait, dans les mouvements des Poètes, une étrange douceur et passion plus proche des caresses des amants que des coups de burin et à chaque frappe la pierre s’emplissait d’un peu de lumière. Certaines étaient rouges comme le soleil couchant, tiède chaleur diffuse ; d’autres d’un bleu profond semblaient prêtes à se consumer. Leurs œuvres achevées, chacun remonta à la surface et, après un dernier regard pour celles qu’ils avaient chérie sans relâche des jours et des nuits, levèrent les bras très hauts pour offrir une étoile au ciel. Alors le miracle se répéta et le cœur des Hommes s’emplit de plénitude, de ce sentiment d’accomplissement que seul peut engendrer un don de soi.

Cette réussite marqua toutefois la fin de la mission des Poètes et, peu après que les étoiles eurent pris place dans le ciel, la lande endormie vit leur départ. Il parait que cette nuit-là, la cape des magiciens brillait étrangement et si certains n’y virent que l’éclat des flocons de neige sous la Lune, d’autres associèrent cette lueur à celle des étoiles nouvellement nées. Avec les générations furent transmis les secrets des Poètes et bientôt la nuit ne fut plus si obscure. L’innocence et l’émerveillement premier des Hommes face à la naissance des astres ne tardèrent cependant pas à se ternir tandis que des zones d’ombres apparaissaient dans les recoins de leurs cœurs. Ainsi naquirent les naines brunes, étoiles avortées à la pâleur fantomatique. Ces dernières mais également d’autres, à peine moins pâles et n’ayant pas bénéficié d’assez de passion, peinaient à gravir le firmament, vacillant à la moindre bourrasque de vent. A cette même époque, les motivations des Hommes évoluèrent. Au lieu d’offrir une part de soi au ciel, ils portaient désormais sur ce dernier un regard de conquérant. Certains en venaient même, un filet à la main, à voler les étoiles. Afin de pallier ce problème et de fixer dans le ciel les étoiles chancelantes ; de gigantesques machines furent bâties, prenant appui dans la terre pour élever dans les airs leurs énormes bras métalliques. Ainsi, la lande fut recouverte de tâches rouille grinçant parfois dans la nuit et les étoiles, suspendues à des pointes de fer, n’étaient plus que des objets sujettes au commerce des Hommes avec le ciel. Quelques-uns cependant, aspirant à retrouver la relation originelle avec les astres, partirent voyager à travers le monde à la recherche des Poètes depuis longtemps disparus. Ils devaient, parait-il, marcher jusqu’au lieu où la terre rencontre le ciel pour venir s’allonger dans le berceau des étoiles et se laisser alors porter jusqu’à la porte des magiciens. Franchissant les montagnes à pic et les gouffres de roches, traversant les forêts sans ciel et les déserts inconstants, ils en vinrent avec les siècles à oublier leur but tandis que deux groupes distincs se formaient. Car si le temps avait, dans leur esprit, enseveli l’objectif de leur long voyage ; leur cœur lui n’avait pu l’oublier et la recherche des Poètes guidait, d’un murmure à l’oreille de l’inconscient, chaque choix de leur vie. Le premier groupe partit sur l’océan pour naviguer au milieu des astres tandis que le second s’enfonça dans la terre pour chercher l’étoile mère dont ils pensaient que chaque pierre était issue, germe de lumière. C’est de ce groupe dont ils descendent, les Gueules noires, les mineurs à la recherche d’étoiles.

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25th juin 2016

2064

Salut !

Voici un texte que j’ai écrit récemment au milieu de mon projet plus grand d’un roman !

Bye et bonne lecture !

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2064

A toi qui sais tant de moi mais dont je connais si peux…

Te souviens-tu de ce jour où j’ai décidé de t’écrire ? Assise au bureau de mon petit appartement de Strasbourg, par la fenêtre, j’ai levé les yeux vers le ciel. C’était un petit carré de firmament il me faut avouer. D’un gris blanchâtre de fin d’averse. Sur les toits l’eau gouttait encore et les tuiles, gorgées de pluie, avaient perdu de leur éclat. Quatre petites fenêtres coupaient la monotonie de cet océan couleur brique et réfléchissaient la lumière des nuages. Sur la crête du bâtiment, horizon entre l’humanité et l’infini, un pigeon se moquait de la pluie. Le temps de coucher une phrase et il s’était envolé.

Lorsqu’on m’a conseillé de t’écrire, la première chose que j’ai faite a été d’essayer de t’imaginer. Comme on dessine dans sa tête les contours d’un personnage de roman. Ton visage et tes cheveux. Ton regard. Mais, de même que pour mes héros, j’en fus incapable. Vint ensuite tout le reste, ton histoire et ton présent. Tout ce que j’avais voulu lire dans tes traits sans pouvoir simplement les distinguer. Je n’ai jamais été douée pour le dessin. Je cherchais quelque chose à quoi me raccrocher, une certitude, ne serait-ce qu’une hypothèse un tant soit peu crédible. Mes mains se refermèrent sur du vent. Tu fuis, tu cours et t’envoles, refusant les cages. Et qu’importe si dans la forêt, le chercheur a chargé son arme.

Comment prétendre alors t’écrire si je ne connais rien de toi ? Pour une réponse ? Elle ne viendra jamais. Tu ne vois pas ? J’écris seulement à des gens qui ne me répondront jamais. Des figures décédées aux ombres derrière moi. Tu n’en es pas si différente au fond. Oscar, des muses, toi… Je répète que j’aimerais écrire à de grands auteurs, des petites gens qui ont changés ma vie, mais pas un mot n’a été posé. Est-ce que je ne t’écris pas parce que je sais que jamais une réponse ne viendra ? Peut-être que je sens que je ne pourrai m’ouvrir autant si tu existais.

Serait-ce alors pareil si j’écrivais à mes personnages ? Des héros sans nom pour la plupart, comme si je refusais de leur donner une identité. Dans une dizaine d’histoires il n’y a qu’un personnage que j’ai nommé, à moitié forcée. Quelque part je voulais qu’ils soient libres, non pas sans nom mais aux milliards d’identités. Comme ces étoiles que chaque peuple a nommé à son image et qui appartiennent à tous sans appartenir à personne. Un prénom, ce n’est pas une identité. On nait avec alors que l’on ne se connait pas encore, souvent même le prénom vient avant l’être. Certains, prenant conscience du poids de quelques syllabes, décident de les changer. De renaître. Jamais je n’écrirais cela s’il y a trois jours je n’avais pas rencontré quelqu’un qui, bien que surement du même âge que moi, refusait ses prénoms pour chercher celui qui lui correspondrait. Sur la feuille de présence il n’avait rien noté. Même si nous gardons notre nom, la façon de le prononcer, de l’envisager et de peser chaque syllabe évolue avec nous. Je pourrai écrire ici ton prénom mais quelque part je ne sais pas comment le dire. Il y a tant de façons. On peut le chuchoter, l’articuler, le proclamer ou le bafouiller. Certains les scandent, d’autres les psalmodient. Il me faudra des années pour choisir comment prononcer le tien.

As-tu des regrets sur ta vie ? Aimes-tu simplement l’être que tu es devenu ? Cet Homme qui se cherchait et semblait se perdre un peu plus dans chaque ligne posée sur le papier. A quoi ressemble ton monde ? A mes rêves de Vendetta ou aux cauchemars des jours de passivité ? Réponds moi ! Tu ne vois pas que je suis perdue parfois, que j’ai l’impression de courir dans un songe où l’univers recule sous mes pas et où le temps n’est suspendu que pour moi ? Tu ne pourrais pas m’écrire un peu pour une fois ? Moi qui ait passé des années à écrire en cherchant sans le savoir à te connaître un peu mieux. Écrire pour changer un monde auquel j’aimerais que tu appartiennes. Dis moi seulement comment faire… Il parait que seul on ne peut rien. Je n’ai que quelques mots à ma portée et tant d’actes à faire émerger, tant de consciences à éveiller – la mienne ne faisant pas exception à la règle. Quels mots choisir ? Dans un monde où des centaines de langues sont parlées, évoluent chaque jour et meurent parfois. Est-ce seulement des mots qu’il faut employer ?

Tu sais déjà tout. Tout ce que je vais te dire et tout ce que je pourrai te dire. Alors pourquoi cette lettre ? Peut-être qu’au fond, malgré tout ce que j’ai dit, ces lignes ne te sont pas adressées. Même si je me suis efforcée de penser à toi tout au long de cette lettre, à mes yeux quelque part, tu n’existes pas. Être en devenir. A travers cet être inconnu de 2064, c’est à chaque lecteur que je m’adresse. Ceux dont je ne connais rien mais à qui, cherchant des réponses, je me suis ouverte. Ceux qui ont compris qui j’étais avant que je ne le réalise moi même. Tout ceux qui participeront à forger l’avenir incertain de 2064, qu’ils soient vivants pour le voir ou mort depuis longtemps. Ces lecteurs qui, peut-être, après avoir connu qui je suis, influeront sur celle que je serais.

Te souviens-tu qu’un peu plus tard, sur le toit gondolé, ils étaient deux oiseaux ? Mais dans la ville il y en a des milliers. Peut-être autant qu’il y a d’Hommes.

Celui que tu imagines.

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20th février 2016

Les lumières de l’automne (2/2)

Salut !

Oula, cela fait longtemps que je n’ai pas posté ! J’en suis même venue à oublier le dernier texte posté ! Et notamment qu’il devait y avoir une deuxième partie. Je vous la présente donc aujourd’hui, en espérant que vous vous souviendrez du début (ou que vous aurez la force de le relire).

Les lumières de l’automne (1/2)

Bye et bonne lecture !

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Les lumières de l’automne (2/2)

Il est des révolutions contre lesquelles il semble qu’on ne puisse rien faire. Toutes leurs pensées étaient rivées sur la destruction de la ville et il se retrouvait seul sur son muret face à la folie d’un peuple. Sa main errait doucement sur la pierre et s’agrippait parfois à son extrémité comme on resserre sa main sur le bras d’un être cher pour exprimer tous les mots que les lèvres assiègent. Il regardait les Hommes pointer leurs fusils sur les immeubles et ses nuits s’emplissaient petit à petit des cris des habitants rongés par le remord, de tous ces habitants qui se réveillaient le matin le visage creusé de cernes, incapables de chasser de leurs rêves l’ombre de la ville. C’était une guerre sans trêve, l’expression physique d’une révolution interne.

Lorsque l’enfant avait compris que leur objectif n’était autre que l’anéantissement de la cité il avait cherché à la protéger par tous les moyens. Ses petits doigts tiraient sur les manches des habitants pour leur demander d’arrêter mais ils ne remarquaient même pas les larmes dans ses yeux. Toutes les guerres devraient prendre fin par la simple requête d’un enfant en pleurs.

Un jour, ramassant sur le sol les pierres encore en état il tenta de rebâtir le mur de la cour de l’école. Je me souviens de ces briques : elles étaient rouges, un rouge un peu fané recouvert de poussière. Une à une il avait empilé les briques, les époussetant préalablement du bout de sa manche. Puis, tandis que sur la pointe des pieds il tentait de déposer une dernière pierre, la rumeur de la foule s’était faite entendre dans son dos. Sans même avoir eu le temps de s’écarter il avait été projeté au sol, invisible dans les yeux des fous, et avait tout juste pu relever la tête avant de voir son mur s’effondrer comme un château de cartes, comme un coquelicot aux fragiles pétales. Ce jour là un dessin apparu aux côtés des pierres fanées, premier d’une longue série.

Si les habitants souhaitaient ensevelir leurs souvenirs sous la poussière, lui espérait pouvoir rendre éternelle celle qu’il aimait. Mais il semblait que ses dessins, jamais, ne ramèneraient la ville à la vie.

Je me suis souvent demandé ce que les habitants pouvaient voir dans les murs de la ville et quels pêchés ils avaient pu commettre pour être ainsi assailli de remords. J’ai tenté d’en inventer, de bâtir de toute pièce les pires crimes imaginables. Toutefois j’ai vite abandonné : on ne peut inventer ce qui existe déjà. Il me suffisait de fermer les yeux pour voir se dessiner les Hommes adossés au mur, attendant l’impact de la balle ; les femmes que l’on plaquait contre la pierre pour mieux les violer et ces enfants se roulant en boule contre les briques pour se protéger des coups. Je revois ce mur de la cour de récréation contre lequel je m’adossais, espérant que cette fois personne ne viendrait me blesser de ses mots ; les murs des couloirs que je rasais et dans lesquels j’aurais aimé me fondre pour disparaitre aux yeux des autres et tous ceux que j’avais frappé, violence que plus rien ne maîtrise. Personne n’a envie de revenir sur les lieux de ses crimes, alors comment faire lorsqu’on vit dedans ?

Peut-être qu’au milieu de ces milliers de personnes rongés par le remord, certains souhaitaient simplement voir disparaître la cité pour ne plus fouler tous les jours ces lieux marqués par leurs larmes. Si la ville avait été de fer, je crois qu’elle serait désormais couleur de rouille.

Une légende raconte qu’un enfant serait un jour venu se perdre dans les rues de la ville. Il aurait toqué à la porte massive de l’enceinte que nul jamais ne franchit et elle lui aurait ouvert son cœur.

Parfois, assis sur le rebord d’un muret ou d’un trottoir, indifférent à l’agitation alentour et au jour décroissant, certains le surprenaient à remuer les lèvres sans pouvoir entendre les mots qu’il murmurait, souvenirs d’enfance dont seules les images subsistent. Quelques uns prétendent qu’il complotait au cœur même de la cité, d’autres qu’il lui récitait des poèmes d’amour pour la séduire. Je crois, moi, qu’il lui racontait simplement sa journée avant de lui dire bonne nuit.

Le regard qu’il portait sur la ville était différent de celui des autres habitants : au lieu de fixer les cicatrices il s’attardait sur l’éclat des yeux, repoussant l’horreur il venait s’accroupir près d’un sourire. Il la trouvait belle comme elle était, avec ses vieux cimetières en ruine et ses tours de béton armé. Peut-être parce qu’il s’endormait tous les soirs au creux de ses bras ou parce qu’il apercevait, au travers de la muraille, les champs de blé passés. Peut-être parce qu’il avait trop d’espoir pour s’arrêter aux erreurs de l’humanité.

Petite je disais toujours que je n’aimais pas la ville et que je voulais vivre à la campagne. Je n’aimais pas ces murs m’emprisonnant alors que je ne demandais qu’à courir, libre, dans les prairies. Je n’aimais pas ces rues emplies du bruit de la foule et de celui des voitures masquant le chant des oiseaux et le rire du vent dans les arbres. Je ne supportais pas tous ces gens autour de moi qui m’épuisaient, leurs regards qui nous font courber le dos et leurs remarques venant se nicher au creux de nos cœurs pour attendre l’instant où ils pourront germer.

Je détestais la ville mais j’y ai passé les 20 années de ma vie et en passerait encore beaucoup. J’y ai tant de souvenirs…

Petite je fuyais, disparaissant au sein de mes mondes que je peuplais de montagnes et de prairies, de forêts et d’animaux sauvages. Aurais-je détruit les villes si j’avais pu ? Aurais-je détruit ma ville ?

Je ne crois pas. On ne peut pas détruire nos souvenirs, on les fuit juste le temps de pouvoir retourner sur les lieux de leurs baptême et leur faire face.

Je n’aurais pas voulu faire disparaitre cet enfant.

C’était l’automne, triste saison qui pleurait. Les habitants avaient fini par abattre jusqu’aux arbres et dans le parc les troncs se mêlaient désormais aux feuilles mortes. Leur écorce humide commençait à se recouvrir de mousse et leurs branches alignées sur le sol semblaient vouloir ramasser les souvenirs envolés. Assis au sommet d’un des derniers arbres encore debout, un enfant dessinait. Il dessinait chaque feuille que les baisers du temps avaient rougis et leurs reflets sang dans les flaques d’eau, ces feuilles que les habitants avaient froissé, piétiné, déchiré. Il dessinait un rêve qui s’effritait déjà dans les mémoires comme on pose sur papier nos mondes nocturnes, comme on ferme les yeux pour se repasser les instants de nos vie que l’on se refuse d’oublier. Alors, juché en équilibre précaire sur sa branche, les yeux rivés sur un présent fané, l’enfant ne vit pas qu’un homme s’approchait, une hache à la main. Il ne vit pas l’acier se planter dans le bois à en faire vaciller l’arbre et aperçut seulement le monde qui soudain chavirait. Peut-être aurait-il pu se raccrocher à une branche s’il avait lâché son carnet de croquis mais cette idée ne l’avait même pas effleuré : il ne voulait pas perdre la ville une deuxième fois.

Ce jour là un homme vit 1m47 d’espoir tomber de l’arbre, sa hache à la main. Il vit une luciole battre des ailes avant de chuter, un petit bout de lumière s’enfoncer dans l’obscurité. Comme tous les habitants il avait participé à la destruction de la cité, jamais il n’avait hésité. Cependant, en cet instant précis, il sut que s’il ne lâchait pas son arme, s’il ne tendait pas les bras pour rattraper l’enfant alors sa vie n’aurait plus aucun sens. Ce petit garçon lui était complètement inconnu mais il dut sentir que son salut se trouvait peut-être en lui et qu’il n’avait pas le droit de laisser s’éteindre le dernier être qui, dans cette ville, n’était pas tâché de rouge.

Ce jour là, au beau milieu d’une cité à feu et à sang, deux mains en coupe se joignirent pour sauver une petite luciole de l’oubli. C’était l’automne sur la ville.

Vous êtes-vous déjà demandé comment quelque chose d’aussi petit pouvait percer des ténèbres aussi profondes que la nuit ? Pourquoi notre regard se raccroche désespérément à ce point de lumière vacillante et semble encore plus perdu lorsqu’il disparait ?

Ce que j’aime le plus dans les lucioles ce sont ces instants où elles s’éteignent et où on part à la recherche de l’endroit où elles réapparaitront, notre cœur expérimentant sans cesse la joie de la naissance de la lumière.

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27th septembre 2015

Les lumières de l’automne (1/2)

Salut !

Voici la première partie d’un texte écrit je ne sais plus quand ! Début d’année dernière mais plus précisément je ne peux vous dire.

Bye et bonne lecture !

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Les lumières de l’automne (1/2)

Au soleil couchant le cessez-le feu avait été déclaré. Les rues, plus rouges que l’horizon, avaient été désertées, chacun allant chercher un peu de sommeil derrière son mur gris, sa maison de barbelé. Les façades de pierre s’effritaient dans le vent comme si elles euent été de sable, comme un tombeau enfoui volerait en éclats sous les rayons du soleil. Chaque jour dans les rues de nouvelles artères voyaient le jour, implosion d’une ville au goût de poussière, et les couleurs semblaient s’être envolées du monde sur le dos des oiseaux ayant fuit peu de temps auparavant. Seul subsistait le blanc des visages et des pupilles immobiles, le noir des nuits sans étoiles et le rouge de l’horizon mis à mort par la Lune. Le gris au fond n’était que le doute des paupières mi-closes tentant d’observer le paysage tout en refusant la pâleur des corps.

La nuit, après que tout le monde se fut assoupi, le vent au travers des avenues donnait à la ville une respiration aux allures de râle qu’entrecoupait parfois le crissement d’une mine sur le papier. Assis en tailleur au milieu d’une ruelle, de dos on eut dit un grand manteau gris suspendu dans les airs tandis qu’à ses pieds gisait le sol meurtri, dénudé par le vent. De face toutefois il semblait moins effrayant, enfant tenant entre ses mains un petits calepin aux bas de page cornés par le temps et la violence. Ce soir là il s’appliquait à dessiner un coquelicot et voulait le faire si beau qu’il aurait pu séduire toutes les abeilles. Lorsque son crayon dérapait il humidifiait son index du bout des lèvres avant d’effacer la bavure. Son ouvrage achevé il décrocha la feuille, la déposa sur le sol puis fit demi-tour. Peu après, lorsque la poussière eut repris ses droits, elle découvrir aux côtés du croquis un coquelicot fané, emporté par les déflagrations des combats. J’aurais bien voulu embrasser ses pétales encore rouges.

Au fond inventer une histoire c’est un peu comme essayer de se rappeler d’un lointain souvenir, un de ces souvenirs d’enfance aux proportions déformées et où les jardins de jeux ont la taille des forêts. Le cadre est flou et les protagonistes sans visage. Petits êtres dans la tumulte ils lèvent les yeux vers le ciel sans comprendre. Pourquoi pleurent-ils ? A l’arrière d’une voiture, à moitié assoupies, de frêles oreilles se tendent pour saisir des mots, des idées et rajouter ainsi quelques touches de couleurs à leurs mondes. Dans l’étourdissement du sommeil tout n’est alors plus que flashs de lumière et de son : ils dessinent des portes sans maison et des arbres qui se fanent, bercent des rêves au creux de leurs bras avant de relier les étoiles pour leur jouer un de ces airs que les parents fredonnent aux enfants. Se souviennent-ils seulement pourquoi le coquelicot ne respire plus ?

Voici l’histoire d’une ville, une ville sans époque ni pays, ruine crachant de la poussière comme d’autres du sang. C’est l’agonie d’une cité ayant atteint son apogée, la démence d’un monde dont le squelette vacille, trop lourd de ses péchés. Son peuple a depuis longtemps disparu, prenant les armes pour la détruire. Ils n’entendent même plus sa complainte, mélange de détresse et de colère, effrayante résignation d’un être qui sait que jamais il ne pourra lever la main sur ses enfants. Pourtant, plus le temps passe plus il devient évident que la population ne survivra pas à la chute de sa cité : leurs corps se font plus maigres à mesure que les ruelles disparaissent et leurs peaux semblent devenir aussi blanche que la Lune. Certaines femmes en viennent même à se coudre sur les lèvres des pétales de coquelicot pour leur redonner le rouge d’antan. Un seul habitant refuse la mort de la cité et tente de la protéger : un petit enfant au long manteau gris. Il parait qu’il est tombé amoureux d’elle il y a longtemps.

Lorsque je regarde la ville désormais je peine à me souvenir de son visage d’antan, reconnaissant tant bien que mal ses traits sous les cicatrices. Toutefois si les images sont floues les sentiments, eux, sont restés intacts et je ne peux m’empêcher de poser sur elle un regard empli de respect et d’admiration. C’est face à la douleur que l’on reconnait les plus grands Hommes. Je me souviens de ses immenses boulevards où fourmillait la vie, du ballet de la foule et de la lumière interprétant ses plus beaux reflet sur les parois des tours, miroir d’un coucher de soleil. Je revois les étoiles de la ville s’allumer une à une sur les frontons des boutiques tandis que descendait le lourd rideau de la nuit, poursuivit chaque fois par les longs manteaux gris, ombres chinoises errant dans les rues assoupies. Si seulement j’avais su dessiner, peut-être aurais-je pu ranimer la ville pour lui rendre la splendeur de nos souvenirs.

Il était né il y a bientôt dix ans loin de la ville et nul ne pouvait dire si c’était dans le village voisin, la forêt en bordure ou une lointaine contrée car tous ignoraient le visage du monde hors de l’enceinte de la cité. Assis sur le rebord d’un muret jouxtant un ancien cimetière, ses jambes se balançaient dans le vide tandis que son regard errait dans les rues rougies par le soleil. Depuis combien de temps dessinait-il la ville ? Il ne s’en rappelait plus. Ni de cela ni du nombre de feuilles griffonnées qu’il avait déposé sur le sol, les murs ou les bâtiments. Il n’avait, je crois, même pas compté. Lançant sa jambe au dessus du muret il fit pivoter son buste pour faire face au cimetière. Compte-t-on lors d’une guerre le nombre de personnes auxquelles on ôte la vie ? Ne préfère-t-on pas l’oublier ? Les tombes alignées tombaient en ruine alors même que cette partie de la ville n’avait pas encore été saccagée. Peut-on seulement l’oublier ? Se chevauchant les unes, les autres on eut dit que les tombes se soutenaient tandis que sur une plaque de marbre gisait le corps fatigué d’une rose rouge. Ses pétales ridées se reposaient sur une feuille de papier à leurs côtés, un peu jaunie, comme si elle voulait annoncer la venue prochaine de l’automne. Dépose-t-on des roses en hommage aux êtres qui nous étaient chers ou pour offrir à ces fleurs une digne sépulture ?

Une révolution n’arrive jamais au hasard et on ne peut dire non plus le jour où elle naquit. Elle est le fruit d’une longue maturation des sentiments initiée par le bourgeonnement d’une fleur sur laquelle un grain de pollen vint un jour se poser. Toutefois je sais que toutes les révolutions fleurissent dans les cœurs. Le soulèvement de la population débuta derrière le voile d’une vie en apparence tranquille et bien peu auraient pu dire que le fruit, gorgé de remords, tomberait un jour de l’arbre. On eut dit un de ces hivers qui s’installent sans qu’on ne les entende arriver, déposant les prémices du froid flocon par flocon. C’était le 8 décembre, l’air se troublait sous la respiration des passants et sur les trottoirs enneigés le temps, imperceptiblement, venait recouvrir les traces de pas. Les gens se croisaient sans se saluer ni même se reconnaître, enfonçant leur menton dans le col redressé de leurs longs manteaux tachés de blanc. Je me suis souvent demandé pourquoi cela avait eu lieu un 8 décembre car rien ne prédestinait ce jour à marquer le début d’une nouvelle ère. Aujourd’hui cependant, avec le recul, je me dis que pour quelqu’un dans cette ville le fruit était soudain devenu trop lourd. Je ne sais plus si c’était un homme ou une femme, un enfant ou vieillard. C’était quelqu’un, c’est tout. Quelqu’un qui depuis longtemps déjà avait dû détourner le regard des murs des bâtiments et des pavés pour finir par rentrer chez lui en courant, les yeux à demi-fermés. Quelqu’un qui revoyait dans chaque brique, chaque arbre, tuile ou lampadaire les remords d’un peuple et les souvenirs que l’on tente d’oublier. Quelqu’un qui ne pouvait plus regarder le reflet de ses actes dans le miroir de la ville. Le 8 décembre, en rentrant chez elle, cette personne s’était alors arrêtée face au muret jouxtant le portail d’un vieux parc. Sortant un couteau suisse de sa poche, la lame avait taillader le mur sans relâche jusqu’au soleil couchant. Jusqu’à ce qu’elle ne puisse plus y voir la moindre parcelle de son visage. Quelques jours plus tard ce parc n’existait déjà plus.

Après avoir inventé cette histoire j’ai pensé à lui. C’était, je crois, la première fois qu’une histoire me ramenait à un homme. Toutefois ce n’est pas l’homme qui m’est venu à l’esprit mais l’être : son côté pessimiste, résigné ; ses mondes sans espoir voués à l’oubli et ses personnages déjà morts. Aurait-il inventé un tel univers ? Au début je le pensais. A chaque fois que j’allumais dans mon esprit les lampions de la ville je songeais à lui et me demandais ce qu’il en penserait lorsque je la lui montrerai. L’aimerait-il ? Je réalisais cependant plus tard que ce n’était pas son monde. Les gens ne le savent pas mais on les glisse un peu tous dans nos histoires. Parce qu’ils sont loin et qu’ils nous manquent, parce qu’on tient à eux un peu plus qu’on ne veut se l’avouer, parce qu’on voudrait leur parler mais qu’on ignore comment et leur transmettre un message qu’ils refusent d’entendre. Jamais il n’aurait inventé, je crois, ce personnage. Différence d’un mètre quarante-sept. Aurait-il dessiné le rouge des lèvres aimées ? Tous mes mots sont bleus.

Lorsque la première pierre a commencé à rouler, le sol se dérobe sous les pieds des autres. C’était comme si, la première entaille faite dans le muret du parc, plus rien n’aurait pu arrêter la révolution de se mettre en marche. Ceux qui, depuis des décennies, avaient tourné le dos à la réalité et fermé les yeux sur le passé virent resurgir dans la faille l’ombre des souvenirs prisonniers et découvrirent sur leurs mains le sang séché des années d’indifférence. Alors, comme muent par un invisible besoin, les habitants cessèrent petit à petit leurs activités quotidiennes pour se munir de marteaux et de pioches. Ils voulaient détruire la ville de leurs propres mains, sentir trembler la pierre et piétiner la poussière. S’ils avaient pu effacer leurs souvenirs ils l’auraient fait mais, à l’inverse, chaque coup infligé à la ville réveillait en eux la douleur des remords. Ils ressemblaient à ces animaux pris au piège qui se débattent avec d’autant plus d’ardeur que l’étau se referme autour de leur cœur.

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31st mai 2015

De ma fenêtre

Salut !

Je pars à la fin de la semaine prochaine en Irlande pour trois mois, autant poster un texte alors avant de partir car je ne sais pas si j’aurai trop la tête à cela là bas. Ce texte est le dernier que j’ai écrit, les autres étant tous trop longs pour être posté en une seule fois.  J’ai essayé ici d’écrire quelque chose de différent de d’habitude. J’espère que cela vous plaira. Si vous avez des questions n’hésitez pas !

Bonne lecture !

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De ma fenêtre


Tout commença par une image, un plan fixe en plongée dans la nuit. Les Hommes, vu de haut, perdaient de leur corpulence et la discussion semblait animée plus par les ombres que par les corps. Regroupés en cercle serré, la plupart avaient la tête baissée et le dos voûté, comme s’ils souhaitaient masquer l’asphalte sous leurs pieds. Une fine pluie tombait en rythme régulier et seul était perceptible le son des gouttes s’écrasant sur le sol. Le son des gouttes s’écrasant sur les leurs pour les percer d’un bruit mat. Sur les lèvres des Hommes des mots se formaient sous les regards fébriles avant d’être emportés par la pluie. Certaines ombres manifestaient plus d’assurance et leurs visages se crispaient parfois de colère tandis qu’ils détachaient distinctement deux syllabes. La première naissait par la séparation brutale des lèvres jointes, découvrant bien souvent des dents serrées dans un rictus de menace à peine dissimulée, tandis que la deuxième entrainait juste un étirement des coins de la bouche qui serait passé pour un sourire sans un regard de mépris inflexible. Invariablement des tremblements naissaient chez certains qui commençaient à s’affairer sous leurs parkas sans plus chercher à dissimuler leurs peurs. Très vite alors les mains se chevauchaient, s’effleuraient malencontreusement. Si un billet venait à tomber par terre son propriétaire, se jetait dessus avant de le frotter contre ses habits pour essayer d’en ôter l’humidité. La transaction effectuée, chacun repartait de son côté. Ils disparaissant dans l’ombre pour ne laisser qu’un sol trempé et piétiné au croisement de deux rues. La pluie cependant continuait à tomber, relief fugace dans la lumière du lampadaire.

La route, un peu vieillie, ressemblait aux visages de ces personnes dont on dit qu’elles ont tout vécu : limpides dans la nuit elles se révèlent au toucher couvertes d’aspérités. La progression du fourgon était chaotique et lente, comme si ce dernier souhaitait laisser le temps au lampadaire de faire un dernier adieu aux passagers assis à son bord. Dans la rue le silence s’était installé. Le monde semblait dormir…une de ces soirées où l’on sait que le matin notre regard se portera vers l’avant mais où on ne peut s’empêcher de jeter un coup d’œil à ce que l’on laisse derrière soi comme si on souhaitait graver le souvenir du chemin parcouru. Les secousses du fourgon, au lieu de briser le calme de la nuit, paraissait provenir de son rêve. D’abord lointain, il se rapprocha petit à petit, comme un animal se faufilant et sur lequel les regards se penchent. Bientôt, le bruit du métal s’entrechoquant se fit entendre. Cette sonorité ne lui était pas tout à fait inconnue et même s’il ne l’avait jamais entendu comme telle, elle réveilla de vagues souvenirs. Les vélos et les chiens que l’on attache, le sentiment que le même métal l’avait enchainé à cette terre, l’empêchant de s’enfuir et le forçant à rester spectateur d’un manège qu’il aurait préféré ignorer. Soudain un soubresaut anima le véhicule et une voix familière s’éleva, hésitante, égarée : un jeune homme qui sent que la vie lui échappe.
« As-tu déjà tué un Homme ? »
Doucement le fourgon tourna pour entrer dans le halo de lumière. Il ressemblait au visage flou des personnages de nos rêves dont on connait intimement l’identité mais qui différent en quelque chose de la réalité. Éclairé, le toit d’un blanc sale détonnait dans la nuit. Somnambule sur la Terre, la Lune, ce soir, n’était plus si ronde.
« Oh, c’est bien, reprit la voix. Enfin je veux dire…ta sentence ne devrait pas être trop importance. Quelques mois et tu seras relâché, non ? » Il bégayait, sans plus chercher à garder un semblant de contenance. Aucune fenêtre sur la plage arrière du véhicule, juste des surfaces blanches rendues fantomatiques par la faible clarté du réverbère.
« Et pourquoi tu… » La voix mourut. Déjà le fourgon s’éloignait, petit homme boiteux disparaissant dans le noir. Quelques mots planèrent toutefois un moment, question sans réponse d’une voix un peu plus grave, plus mature mais aussi plus désespérée lui rappelant des sanglots familiers.
« As-tu déjà aimé un homme ? »

Il naquit un jour sans Lune et jeta sur le monde un premier regard maladroit. Les ombres étaient trop grandes, un peu difformes et la lumière trop vive aveuglait bon nombre de créatures qui, à peine sorties, repartaient déjà dans les fourrés, le museau au ras du sol. Même les lucioles le regardèrent d’un mauvais œil, considérant le nouveau venu comme un concurrent immédiat pour les remplacer dans le cœur de la nuit. Ses grands yeux, curieux de tout, balayaient le paysage sans jamais prendre le temps de l’éclairer correctement , projecteurs imprévisibles surprenant l’intimité du monde. Les sons lui parvenaient étouffés, comme entourés de brume, petit être conçu pour voir et non pour entendre. De nombreux jours furent nécessaires pour lui inculquer qu’il devait se coucher à l’aurore et ne pouvait s’éveiller qu’avec les étoiles tandis qu’il fallut attendre des années pour qu’il parvienne à trouver l’origine d’un son avant que celui-ci ne meurt. Malgré le temps, le respect de l’intimité lui resta toutefois étranger, incapable d’agir comme si le monde ne s’était pas dévoilé sous ses yeux. Il aimait l’hiver et ses longues nuits mais plus encore l’été qui emplissait les rues d’animations. Situé à l’entrée d’un parking, au croisement de deux routes peu fréquentées, il ne connaissait pas grand chose du monde mais s’en contentait. Cependant, comme les enfants pensent que jamais ils ne grandiront, le lampadaire songeait que jamais son univers ne changerait. Le corbeau ne s’était pas encore posé sur son épaule.

Débouchant d’une des ruelles, la silhouette s’avança, le pas lourd et la démarche chancelante. De loin sa chemise débraillée et entrouverte était discernable et sa carrure large d’épaule ne trompait pas. S’il avait tout l’air d’avoir passé une soirée un peu trop arrosée, ce sentiment s’envola aussitôt lorsqu’il se mit à courir soudainement, les poings serrées et le menton rentré. Sous ses habits tous ses muscles étaient bandés. Il n’arrêta sa course effrénée qu’à hauteur du lampadaire, pour y décocher un violent coup de poing. Ses épaules furent alors prises de soubresauts et il resta un moment ainsi, les bras ballants, tandis qu’un filet de sang gouttait de son poing meurtri. Il devait approcher de la quarantaine mais semblait aussi perdu qu’un adolescent. Se laissant finalement glissé le long de la barre en fer, il ramena ses jambes contre lui et ne chercha plus à dissimuler ses larmes. Dans ses mains le portrait d’un jeune homme inconnu se troubla petit à petit. Comme d’un commun accord, la lumière se fit décroissante, peut-être plus pour l’apaiser que pour le masquer aux yeux de la nuit. Le réverbère aurait aimé connaître ce qui se tramait dans le cœur de l’homme et quel élément avait pu éveiller en lui un tel dégoût de sa personne au point de n’aspirer qu’à se blesser. Le corbeau lui donna sa réponse.
« Il me rappelle ce camarade albinos qui s’était un jour roulé dans le pétrole jonchant le rivage pour masquer un peu sa différence. » D’un battement d’aile l’oiseau s’envola.
« Il me plaisait bien pourtant, avec son plumage blanc… »

Le roulis des feuilles mortes sur le sol, coque du bateau qui vient entailler l’océan. Les cris qui se rapprochent, enflent comme le grondement de la tempête. Sur le ponton des éclats d’eau jaillissent, relents fétides d’alcool. Leur progression est désorganisée, masse confuse d’écume qui s’étire et se contracte, se meut au grès des courants comme un banc de poisson se contorsionnant pour éviter les mailles du filet. Banc d’hommes qui fonce, aveugle, au devant des matraques. La tempête masque la visibilité et il n’est bientôt plus question de nord ou de sud de droite ou de gauche au milieu des fumigènes. Puis le ciel, lentement se dégage, ombres qui fuient. Ne restent sur le sol que les décombres des vies passées. Alors le lampadaire observe ces Hommes si différents d’eux mêmes après l’orage et cherche autour de lui les restes du monde qui était sien tout comme le mat guette les Hommes qui sont tombés à la mer tout en sachant qu’il est déjà trop tard.

Assis dos au lampadaire, il comptait. Un à un les billets venaient se nicher entre ses genoux serrés et ses lèvres formaient en rythme régulier les chiffres qui se succédaient. Mais chaque fois, à peine avait-il fini que l’incertitude le gagnait. Reprenant la liasse dans ses mains, le même manège recommençait alors. De façon un peu plus fébrile, un peu plus rapide. Plus le temps passait plus il jetait des regards autour de lui, comme s’il craignait qu’une personne ne le surprenne. Ce fut au milieu d’un de ses décomptes qu’un homme surgit au bout de l’allée. Il s’avança d’une démarche assurée vers le halo de lumière. Fourrant les billets au fond de la poche de son manteau le jeune homme se leva en se soutenant au lampadaire et attendit que le nouveau venu arrive à sa hauteur. Il n’était pas tard et si le soleil était déjà couché derrière l’horizon, son souvenir hantait encore le ciel d’un bleu tirant sur le noir. Les rues toutefois étaient désertes : les feuilles mortes s’amoncelaient sans que personne ne soit là pour les ramasser et, près des bancs, des bouts de verre jonchaient le sol. Lorsque les deux hommes se séparèrent, le premier regarda ses mains. Ses mains toujours emplies de papiers. Ses mains vides qui tremblaient. En manque de billets.

Cet hiver, le lampadaire s’en souvint. L’absence de vie et les longues journées passées à observer un monde qui n’était plus le sien, à se souvenir. Il revoyait les enfants courir dans la neige, emmitouflés dans leurs écharpes et leurs bonnets, tourner autour de lui pour s’attraper et se cacher derrière son mince corps. Il se souvient de ce froid mordant que le soleil ne parvenait pas à chasser et de son corps qui, petit à petit, se raidissait. Du métal que rien ne pouvait réchauffer. Il attendait le printemps comme on attend les premières lueurs du jour pour échapper à une nuit emplie de cauchemars.

Lorsque le poignard fusa de sous le manteau noir, le geste était maladroit et empreint de désespoir. Morsure de l’animal qu’on accule. Quelques billets jonchaient le sol tandis que d’autres, encore dans les mains de l’homme, se tachaient de rouge. Soudain le noir se fit, percé ça et là de quelques étoiles filantes perdues dans la ramure d’un oiseau. Perché sur le lampadaire un corbeau venait de déployer ses ailes. Plumage albinos.

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18th avril 2015

L’envol (2/2)

Salut !

Voici la deuxième partie du récit débuté au post précédent. J’espère que la fin vous plaira.

Bonne lecture !

L’envol (1/2)

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L’envol (2/2)

Une légende raconte qu’il y a très longtemps les villageois auraient chassés les oiseaux du ciel, effrayés par ces créatures volant là où leur regards n’osaient se poser. Sortant un jour, des torches à la main, ils les auraient lancés haut dans les airs au royaume des anges. Le ciel aurait alors pris feu, devenant aussi noir que des cendres tandis que, de leurs ailes, les oiseaux tentaient d’étouffer l’incendie. Il parait que, leurs plumes brûlées, ils se seraient enfuis à jamais, laissant le vent seul sur la plaine.

Un après-midi Hegoa arriva sur la colline les bras chargés de morceau de bois. Surpris car ne les attendant pas de si tôt le vent alla se placer au bord de la plaine afin de regarder la jeune femme monter. Il ignorait son nom mais cela ne l’empêchait pas de l’aimer bien qu’il souffrait de ne pouvoir le lui dire.

« Que comptes-tu faire avec tout ce bois ? » demanda-t-elle en écho à la pensée muette du vent.

 » Je voudrais construire une balançoire…c’est pour aller voir la Lune. »

Tandis que la jeune femme arrivait au sommet, le vent lui tendit la main, l’attirant contre lui.

« Mais il n’y a aucun arbre ici pouvant la soutenir » répliqua-t-elle.

Hegoa haussa les épaules, déjà au travail.

« Pas grave, je l’accrocherai aux étoiles »

Au village la lumière des lampadaires était si vive qu’elle masquait les astres et donnait à la Lune un pâle visage. On la distinguait à peine et les villageois auraient bien voulu qu’elle ne soit plus qu’une ombre. Qui aurait pu voir alors que, dans le creux de la Lune, se cachait le dernier oiseau de la plaine ?

Le vent se tut un instant, plongé dans ses souvenirs.

« Un soir l’œuvre d’Hegoa fut achevé et je sentis au regard qu’il laissait derrière lui que rien ne serait plus pareil. »

Des images comme des bulles de savon…

Hegoa tirant sa mère par la main, prêt à s’envoler ; les ombres naissants sur les murs et ce flambeau au milieu de la place.

« Pourquoi cache-t-on la Lune Maman ? Elle est si belle… »

Un enfant, sur la pointe des pieds.

« Je crois qu’après l’incendie un oiseau a fait son nid sur la Lune. »

Doucement le couvercle de la lanterne se soulève.

« J’ai quelque chose d’important à lui demander »

Un souffle, la danse de la flamme puis l’obscurité.

« Dis, tu me pousseras sur la balançoire ? »

Doucement la ville s’éteignit, plongée dans le sommeil.

Certains racontent qu’Hegoa souffla, seul, sur chaque lanterne. D’autres prétendent qu’il appela à lui les ombres aux yeux tristes pour l’aider dans sa tache mais qui sait si, sans le dire, le vent ne descendit pas de la plaine ?

Quelques heures plus tard le jeune femme monta sur la plaine pour y déposer Hegoa. Jamais les villageois ne l’auraient, ils ne lui couperaient pas ses ailes, elle y veillerait.

Ses yeux s’égarèrent dans le vide.

« S’il te plaît, protège le. »

Et, tandis qu’elle redescendait affronter le village, l’air humide de la nuit au creux de ses lèvres avait le goût des promesses éternelles.

Plan fixe sur un carré de nuit. Le crissement du bois se mêle au rire d’un enfant.

« Plus fort ! »

Deux petites jambes traversent le champ, tendues vers le ciel avant de se replier sur elles-mêmes.

« Encore ! »

Le vent, posté derrière l’enfant, attrape de façon rythmique les bords de la balançoire afin de la propulser dans les airs.

Lentement les contours de la Lune se dessinent dans le coin droit du cadre tandis que les mains de l’enfant se tendent vers elle.

« Approche, je ne vais pas te faire de mal. »

Ce soir là la Lune en était à son premier quart et semblait aussi fragile qu’une femme venant d’enfanter.

« Comment t’appelles-tu ? »

Bruissement d’aile alors que, doucement, deux paires de serre se referment sur l’arrête de la Lune.

« Moi c’est Hegoa. »

Dans le lointain des torches rallument les étoiles de la terre.

« Dis, tu m’apprends à voler ? »

Et, lorsque les deux oiseaux s’élancèrent dans les airs, l’enfant lâcha la corde suspendue aux étoiles et sauta dans le vide. Alors, dans le vent il vola et les rêves, doucement, repeuplèrent le ciel.

***

Une petite main tira sur ma manche, faisant déraper ma plume.

« Pourquoi est-ce que la jeune femme ne retourne pas voir le vent ? »

Je regardai son visage et ses grands yeux emplis de questions. Il me ressemblait un peu mais il avait les cheveux blonds d’Hegoa. Il était toujours là près de la plume, comme un encrier.

« Parce que toutes les femmes s’en vont un jour bien que l’on ignore souvent leurs raisons. Celle que j’aimais est partie. »

Il inclina légèrement la tête sur le côté, semblant ne pas comprendre.

« C’est à cause des villageois ?

- Peut-être. »

Alors que je lui souriais, satisfait de ma réponse il fit demi-tour et, en le regardant s’éloigner je cru distinguer dans son dos l’étrange reflet de deux ailes.

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21st février 2015

L’envol (1/2)

Salut !

Voici un texte écrit il y a de cela un an je crois (et oui, admirez le retard de post que j’ai !). Comme d’habitude cette histoire m’est venue d’une image, celle qui clôturera l’histoire au prochain épisode !

Bonne lecture !

L’envol (2/2)

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L’envol (1/2)

Sur la plaine l’herbe ondulait, bercée par le vent. Le suivant dans son sillage comme un enfant aux jambes trop courtes courrai derrière ses parents, la fraîcheur de la nuit approchait. Ce n’était pas de ces brises annonciatrices de sang ou de pluie faisant converger les regards vers les lèvres de la tempête et plisser les yeux pour ne pas pleurer. C’était une brise à l’ample foulée -éprise de voyage et d’histoire- sur le dos de laquelle chevauchent les souvenirs du ciel et de la terre. Un peu plus loin, dans le creux d’une colline, à cette heure où le soleil projette ses derniers rayons, les ombres jouaient dans les rues et sur les murs d’un village. On aurait presque pu entendre leur rire. C’était alors que le bal commençait. Un à un les villageois sortaient de chez eux et traversaient les ruelles, un paisible sourire sur le visage. Chacun connaissait son cavalier et ses pas de danse. Pour certains c’était des réverbères pour d’autres des lanternes. Lorsqu’ils arrivaient à leur hauteur ils soulevaient leur chapeau ou faisaient virevolter l’ourlet de leur jupon tout en inclinant la tête. Ces politesses échangées, se hissant sur la pointe des pieds, d’une seule allumette frottée contre un mur, la lumière jaillissait. Ce n’était qu’une fois ce rituel accomplit que les villageois rentraient chez eux, tenant par la main les ombres aux yeux tristes.

Je tendis l’oreille : le vent chantait ; une longue complainte d’amour pour une femme aimée et disparue. Il me confia que s’il jouait avec l’herbe c’était pour ne pas oublier toutes ces nuits passées, son souffle dans son cou, à faire onduler les mèches folles de ses cheveux.
« Raconte-moi » murmurai-je.
Et il me raconta.

Il était une fois un village où la poésie n’avait pas sa place et où les enfants interdits de rêver n’étaient plus que des ombres aux yeux tristes tandis que ceux osant braver les règles étaient bannis sur la plaine.
Il était une fois une brise amoureuse…


« Attends mon chéri, reviens ! On n’a pas le droit de monter sur la plaine ! »
Une voix, comme un flocon d’émotion qui viendrait fondre là où se rejoignent les lèvres. Il la rencontra un soir, au crépuscule. Fatigué de sa longue journée il s’était allongé, la tête posée au creux de ses mains. Cependant à peine l’eut-il entendu qu’il était déjà accroupi, tous les sens aux aguets. La première personne qu’il vit apparaître à l’horizon fut un enfant aux cheveux si blonds qu’ils en paraissaient presque blancs. Il courrait, les yeux levés vers le ciel comme s’il voulait attraper les papillons.
« Hegoa, tu m’entends ? Reviens ! »
Sa rapidité et son agilité sur l’herbe ondoyante lui donnaient l’air d’un jeune oiseau avant son premier envol. On s’attendait presque à voir des ailes se déplier dans son dos.
« Hegoa ! »
Silence. Dans son cou étaient posées les tièdes lèvres du vent.

Au centre du village se tenait une place entourée de réverbères quelque peu voûtés, saluant majestueusement le flambeau central qui jamais ne s’éteignait. Il éclairait des dalles couvertes d’une écriture si vieille qu’elle en était difficilement reconnaissable et qui rappelait à quiconque voulait bien les lire, les trois principes à n’enfreindre sous aucun prétexte :
« Il est interdit de jouer avec les ombres à la nuit tombée ou de monter sur la plaine. »
Et, un peu plus loin, à moitié effacé :
« Ne jamais éteindre les lampadaires une fois le soleil couché. »


Nul ne sût qu’ils étaient montés sur la colline. En réalité personne ne levait les yeux aussi haut et même s’ils avaient voulu regarder les étoiles ils ne l’auraient pu : la clarté des lanternes étaient comme un nuage cachant le Soleil. Assise sur les marches devant sa maison, la jeune femme regardait son enfant jouer. Dès son plus jeune âge la différence d’Hegoa lui était apparue : il portait sur le monde un regard…aérien. Ses yeux allaient de droite à gauche et de gauche à droite, curieux de tout ; courant sur les pavés plus vite que ses frêles jambes le lui permettaient et ne se posant quelque part que pour mieux s’élancer.Très tôt la jeune mère avait compris qu’elle devrait le protéger du village ; seulement comment veiller, à terre, sur un oiseau dont chaque battement d’aile réveille un rêve ?

Les soirs qui suivirent Hegoa voulu retourner sur la colline et sa mère ne put l’en empêcher, sentant au fond d’elle un étrange besoin de chaleur. Chaque fois le vent se réjouissait lorsque l’enfant arrivait, courant sur la plaine, les bras écartés perpendiculairement à son corps. Ses yeux toujours levés vers le ciel, semblaient fixer la Lune et si sa mère, parfois, ne l’avait rappelé, peut-être se serait-il envolé jusqu’à elle. Malgré l’interdiction bien connue de monter sur la colline, la jeune femme se sentait apaisée, comme si quelqu’un à ses côtés l’enlaçait et la rassurait. Ces soirs là deux regards veillaient sur Hegoa avant, parfois, de se rencontrer. La plaine alors, n’était plus qu’immobilité.

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22nd décembre 2014

Dans le reflet d’une image

Salut !

Jacky m’a fait remarquer récemment que ça faisait longtemps que je n’avais pas posté sur mon site, et pour cause !

Je vous présente alors aujourd’hui un texte écrit l’année dernière, en fin d’année scolaire vers les vacances de Pâque je suppose mais je n’en suis pas très sure. Il est assez abstrait par moment, j’espère ne pas vous perdre ^^ sinon n’hésitez pas à me demander des explications !

J’en profite pour vous souhaiter un Joyeux Noël et une Bonne année.

Bye et bonne lecture.

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Dans le reflet d’une image

Lorsque les personnages naquirent ils étaient comme des nuages dont les contours encore flous, ne demandent qu’à être façonnés par le vent. Alors doucement le murmure des lèvres modelait leur visage pour dessiner l’histoire d’une femme-papillon et d’un Prince au château de sable, d’un ange veillant sur eux et d’une plume amoureuse. Les fleuves et les ruisseaux, sur le grève toujours se rejoignent et un gravier dans leur sein peut assécher l’océan. Ce soir là la pierre avait la taille de mon poing.

***

Sur son nuage un ange pleurait, enroulé dans ses ailes pour ne plus voir la lumière du jour. Il pleurait comme sonne le tonnerre dans la nuit. Je ne sais plus d’où venait ses larmes : il était de ses lacs qui se gorgent de la pluie des moussons avant de sortir un jour de leur lit. Caché sous ses plumes de nacre son corps tremblait, petit oisillon se débattant dans la gangue de sa coquille. Tout avait commencé par l’onde d’un galet à la surface de l’eau, un détail ; par une plume tombée du ciel entre les mains d’un enfant. Seules quelques années séparent le frémissement de l’eau de la vague. Se levant soudain, les ailes à moitié repliées et le dos voûté, il saisit à chaque main une plume, l’arracha puis la jeta dans le vide. Tout contrastait : la violence de son geste et la lente chute des plumes dérivant au grès des courants ; l’envergure de ses ailes et les larmes si petites, qui roulaient le long de ses joues ; son corps d’adulte et son regard d’enfant perdu, figé des années auparavant. Il se souvenait d’une femme et du rire d’un enfant, image d’un souvenir éclaté en des dizaines de tableaux, en des milliers de mots.

J’aurais voulu savoir lire ceux qui glissaient de sa joue.

Il était une fois un Prince, assis en tailleur au centre du son château. Regardant fièrement son royaume en cette fin d’après-midi, la brise caressant sa peau lui soufflait la venue prochaine de l’automne tandis que le ciel en prenait la teinte. Sous le soleil couchant les remparts rougeoyaient et, sur le sol, l’ombre du fanion commençait à se troubler. Comme si les yeux, déjà, s’embuaient de larmes. Perdu dans sa contemplation le Prince percevait en arrière fond l’agitation des bâtisseurs posant les dernières pierres à leur ouvrage ainsi que l’éclat de l’eau des douves semblant maculée de sang, prémisse de la bataille à venir. Il regarda à l’horizon. Son château était si petit face à l’envahisseur, si fragile. Un grain de sable…

Affichage de IMG_4235.JPG en cours...

Un corps à moitié nu. La poitrine se soulève doucement puis de façon de plus ne plus saccadé. Hoquet. Ses cheveux ramenés sur sa peau telle la vague sur la grève, elle pleure. Douleur . Elle pleure à s’en faire mal ; comme les anges qui pour renier la vérité, en viennent à couper leur ailes. Dans ses yeux le papillon s’est envolé. Alors, loin de la chrysalide le monde devient un autre : violent.

Le drap sur ses cuisses et l’air frais qui s’y engouffre.

La goutte d’eau sur l’aile du papillon et le filet se profilant devant lui.

La main qui l’attrape par la taille puis le silence.

Petite on m’avait dit qu’il suffisait de toucher l’aile d’un papillon pour que plus jamais il ne vole.

On l’avait pris par la main et traîné hors de son royaume, otage de la réalité. Tout était fini. Les bâtisseurs étaient rentrés chez eux et il ne restait sur la grève plus que lui et cette main le tirant en arrière. Elle tenait fermement son poignet et sa peau, usé par le temps, n’avait plus la douceur des siennes ou des autres enfants : elle était de ces mains sur lesquelles les couronnes n’ont pas d’emprise. La nuit allait bientôt tomber et s’il devait rentrer avec sa mère, le jeune Prince ne pouvait cependant s’empêcher de songer au devenir des rêves réfugiés entre les murs du château. Dans son esprit la bataille, déjà se jouait mais il ne pouvait qu’observer. Elle avançait lentement, bataillon par bataillon, immense armée de l’océan. Elle avançait et l’enfant reculait, ses pieds foulant le sable comme s’il eut voulu lancer la cavalerie au grand galop. Très vite le château fut à portée de tir et, après chaque assaut de l’infanterie, l’écume décochait une volée de flèches à la pointe salée. L’imaginaire hurlait et il avait beau plaquer ses mains sur ses oreilles, il continuait de l’entendre. Puis, l’eau emplissant lentement les douves, ce fut le siège. Cependant le ciel était d’encre et le Prince déjà loin. Jamais il ne vit les remparts s’effriter avant de tomber en ruine, l’eau pénétrer à l’intérieur telle une marée de soldats, combler les fossés et recouvrir les ruelles avant de tout emporter, de tout effacer. Au début le reflux de l’océan laissait apercevoir les décombres de la cité engloutie, telles les danseuses jouant avec l’ourlet de leur jupon pour attiser le désir des hommes. Néanmoins en quelques minutes ce fut comme si le château n’avait jamais existé. Alors, quelques heures plus tard, allongé sur son lit les yeux grands ouverts, le bruit des vagues l’empêchant de dormir, il imagina.

Et dans ses rêves le palais ressuscita.

Un regard entre la peur et le défi ; la honte et l’envie. Une main immobile qui voudrait se tendre pour saisir l’invisible telles les serres d’un rapace guettent la proie. Se pencher et t’embrasser, menace.

Un stylo. L’apprivoiser, doucement, comme l’oiseau caresse l’eau du bout de ses ailes. Du bout de nos doigts.

Une plume tombée des nuages, passerelle entre le ciel et la terre. Elle pleure : la main est partie, blessée par de l’encre et sans elle la plume ne sait ordonner aux images de danser.

J’aimerais pouvoir la consoler mais je ne trouve pas les mots.

L’ange avait échoué, incapable de les protéger. Le papillon avait perdu ses ailes et le Prince son château. Lentement, alors que tout espoir l’abandonne, des pans de son nuage tombent en lambeaux.

« Maman ! Il y a quelque chose dans l’eau ! C’est quoi ? »

Les yeux fermés comme s’il voulait garder en lui encore un peu d’innocence, le monde alentour ne lui parvient plus que par brides.

« Je ne sais pas, tu veux qu’on aille voir ? »

Des bruits de pas étouffés par la grève, le clapotis de l’eau comme le rire cristallin d’un enfant…

« Une plume ! On dirait celle d’un ange Maman. »

…comme le cri d’un ange qui n’a plus de nuage. Une histoire sans personnages.

« Tu crois que ça pourrait être le drapeau de mon prochain château ? »

Deux paupières qui se lèvent comme pour laisser entrevoir l’aube. Soudain quelque chose le retient : une main à moitié nue. Ses doigts sont vêtus d’encre.

« Vole ! »

Sur la grève un enfant court une plume à la main et le bras dressé vers le ciel comme s’il eut voulu faire de la plume un oiseau tandis que dans les yeux d’une jeune femme un papillon se met à danser.

Vivants.

Ou peut-être que tout ceci n’est qu’une image…

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