Souffle Mots

La traversée des coeurs

6th septembre 2010

La traversée des coeurs

Salut !

Voici un récit que j’ai écrit pour un concours sur le thème : « Égalité, justice et intégration en méditerranée et en Europe ». Ce texte m’a été inspiré par un évènement de mon voyage avec Students On Ice : pourrez-vous devinez lequel ?

Qu’en pensez-vous ?

En ce qui concerne l’Arctique, à partir du 15 septembre je pourrais vous présenter la lettre qui m’a permise de gagner le concours, mon journal de bord, les poèmes que j’ai écrits là-bas…plus tôt que prévu !!

Bye et bonne lecture.

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La traversée des cœurs.

L’espoir s’était échoué sur la grève.
Il avait la forme d’un cylindre de verre se resserrant à l’une de ses extrémités et fermé par un bouchon de liège. A l’intérieur se tenait enroulée une mince feuille de papier griffonnée. C’était une chance qu’elle ne fût point mouillée tandis que, coincée entre les galets, les vagues continuaient de la bercer.

Un peu plus loin en amont deux pieds blancs se tenaient fermement campés sur les rochers, immobiles bien que frissonnant sous le souffle du Mistral. A l’horizon le

http://www.flickr.com/people/14822602@N00

Soleil commençait à sombrer dans la mer, navire englouti sans bruit.
Mais comme un dernier appel au secours ses rayons s’égarèrent sur la bouteille, allumant dans les yeux du spectateur une lumière : l’espoir.

30 septembre à 18h,

C’était cette fois-ci ou jamais. Alors j’ai levé l’ancre vers l’inconnu pour ne plus être toute ma vie enchaîné à cette terre de guerre.
Ai-je eu raison ? N’était-ce pas trop ambitieux de ma part de croire que l’on peut affronter ses origines, défendre ses opinions sans avoir à en payer les conséquences ?
Il y a encore un mois j’étais en France, assis les mains tendues au milieu d’une rue pour survivre.
J’avais espéré qu’ils m’accueilleraient comme les leurs, que je pourrai trouver un logement, un petit emploi…mais l’espoir c’est comme les fleurs : un jour elles se fanent et lorsque l’on voit tomber les derniers pétales on sait qu’une nouvelle saison est arrivée. Quand je suis parti les feuilles étaient encore en feu mais pour moi c’était déjà l’hiver car je pouvais sentir autour la froideur des cœurs, glacés.
Peu leur importait si dans mon pays régnait la guerre civile, si je fus emprisonné pour avoir osé dire ce que je pensais, si je risquais la mort à chaque critique que je lançais : ils m’y renvoyaient.
Mais nous n’avons l’argent que pour une seule traversée de la Méditerranée…alors j’ai volé un bateau, un petit voilier.
Je ne pouvais plus supporter leurs regards, leurs injures.
Je suis noir, je suis étranger mais je suis également un Homme et là-bas c’était une autre souffrance qu’ils m’imposaient…morale.
A quoi bon demander le statut de réfugié politique si c’est pour avoir à subir tout cela ?
Le seul pays auquel je me sens appartenir aujourd’hui est la Méditerranée car quand je pleure elle tend ses mains pour récupérer mes larmes…

C’était une femme mince, élancée. Elle portait une robe courte dessinant ses formes et une ceinture de coquillage marquait sa taille. Ses pieds nus avançaient délicatement épousant les contours des roches comme l’eau parfois les habille. Dans la semi-pénombre deux yeux brillaient de curiosité : un diamant ? Non…mieux : une étoile venue de la mer.
Alors ses mains empoignèrent l’espoir.

4 octobre à 21h,

Perdu, je suis perdu. Je n’y connais rien en navigation, de lourds nuages masquent le ciel et je viens de terminer ma dernière bouteille d’eau. Ce soir peu m’importe l’argent : j’ai soif. J’ai bu quelques gorgées d’eau de mer mais cela n’a servi qu’à assécher ma gorge et à raviver les plaies de mes lèvres irritées par le froid.
Il ne me reste plus qu’à attendre que le vent se lève et m’emporte où bon lui semblera, n’importe quel pays de la Méditerranée ; il y aura de l’eau, il y a toujours de l’eau…et c’est bien cela qui nous unit…
Alors pour passer le temps je tire de ma sacoche un bout de papier, l’aplatis sur mes genoux, sors un stylo et commence à écrire :
« Si tu lis cette lettre, c’est que tu es mon frère…. »

La nuit était tombée dehors et une silhouette avait lentement quitté la crique pour se rapprocher d’un lampadaire un peu plus haut, soleil artificiel.
Elle avait ôter avec milles précautions le bouchon mais il s’était toutefois effrité et le vent l’avait éparpillé sur la grève.
Un morceau de corde entourait la lettre, elle le fit glisser avant de dérouler la feuille et de l’aplatir sur ses genoux.
Alors, prenant une grande inspiration elle livra à la nuit ces mots : « Si tu lis cette lettre c’est que tu es mon frère, lève la tête et regarde devant notre mère : la Méditerranée.
Ce soir quand j’écris la mer est noire, d’un noir d’encre, sourde colère. Elle attend, elle se prépare avant d’exploser…
Cette nuit je lance un appel au secours. Une tempête s’annonce mais je n’ai pas peur. En cet instant personne ne peut me secourir face au courroux de la Nature : qu’elle m’engloutisse si elle le veut ; quand je suis né je lui appartenait déjà.

http://commons.wikimedia.org/wiki/User:CaptainHaddock

Je devrais avoir de la haine au fond de moi car si j’en suis là ce soir c’est peut-être à cause de vous qui m’avez rejeté ou de cette folie qui m’a poussé à aller outre mon destin…cependant je ne ressens rien de tel, juste de la pitié.
Vous croyez tous que vous êtes différents de nous, vous dressez des frontières invisibles alors les Hommes sont les mêmes sur chaque versant des montagnes, vous divisez la mer comme si elle vous appartenait alors que pour moi, cette nuit, les seules murailles qui m’empêcheront d’avancer seront les vagues…
Vous n’avez pas encore compris que l’on vient tous de la mer : grands ou petits, hommes ou femmes, blancs ou noirs.
SI tu lis cette lettre c’est que tu es mon frère !
Peu m’importe si je ne revois plus la terre, je ne vous en voudrai pas, je n’aurai pas de regret…
J’ignore si j’arriverai à traverser la Méditerranée mais j’espère que j’aurai traversé votre cœur.
Cette mer n’est qu’un lien entre vos pays et si je parviens ce soir à toucher votre âme en tant qu’égal alors j’aurai réalisé la plus belle traversée : la traversée des cœurs. »
La jeune femme enroula de nouveau la lettre et descendit s’asseoir sur un rocher face à la mer et son infini horizon. Cette nuit elle ne pourrait plus dormir.
Les vagues venaient lécher ses pieds. Étaient-ils blancs ? Étaient-ils noirs ? Dans l’obscurité elle n’était plus qu’une ombre noire.
Elle resta là longtemps, les yeux dans le vague et lorsque le soleil resurgit de la mer comme un noyé qui recouvre la vie, un voilier sans mât s’approchait.
Quand il fut arrivé près de la grève la silhouette s’avança. Il y avait un homme à l’intérieur, elle ne connaissait pas sa nationalité ni son nom mais à présent cela lui était bien égal. Elle se mit à pleurer sans trop savoir pourquoi.
Penchée au dessus de lui une larme lui tomba sur le visage. Les yeux embués, ce n’est qu’après quelques minutes, alors qu’elle le croyait mort, qu’elle vit qu’il avait mis ses mains en coupe pour récupérer ses pleurs.
Puis il portait l’eau à ses lèvres et buvait.
La jeune femme sourit alors : « Bienvenue mon frère. »

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28th octobre 2009

Prise de la Bas-Brille.

Salut !

Enfin les vacances de la Toussaint ! Un peu de répit (quoique avec les devoirs…).

Je vous présente aujourd’hui un récit écrit il y a environ deux mois.

J’espère qu’il vous plaira,

Bye et bonne lecture.

 

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Prise de la Bas-Brille.

 

    Le monde défile sous mes pieds qui ne m’obéissent plus. Derrière ; des bras, des encouragements me forcent à avancer. Devant; des clameurs, des insultes m’éclaboussent au visage.

Et moi, le centre de ce tumulte ; je ne sais même pas pourquoi.

Je n’appartiens plus à personne et je n’ai désormais de foyer nulle part. Cette ville dans mon dos n’est plus mienne, la campagne qui me fais face m’est inconnue.

Je suis entre deux mondes, entre ici et là-bas, entre la vie et la mort. L’avenir m’effraie.

Cela fait quelques jours que Brille, la capitale, est encerclée. Mais ce ne sont pas des étrangers qui nous assiègent, ce sont nos paysans, les modestes villageois des communes alentours.

La foule hystérique court à ma rencontre et m’agrippe sans ménagement par mes habits.

Je ne suis qu’un enfant et pourtant le maire m’a dit que tout reposait sur mes épaules. Dans un sens il n’avait pas vraiment tord… Désormais des dizaines de mains inconnues sont posées sur moi. Elles me frappent.

« Vous nous avez empoisonnés ! »

J’allais à l’école . Je n’ai rien fait.

« Gredins ! Vous vous enrichissez sur notre dos, sur notre santé ! »

Je n’ai jamais touché que l’argent de poche que mes parents me donnaient.

« Vous avez tué la Terre avec vos poisons ! »

J’ai beau nier personne ne m’entends. Le doigt crochu d’une femme se glisse contre mon cou.

« Tu savais gamin que pendant que tu t’empiffrais de bonne nourriture on bouffait des produits chimiques ? »

Elle ressemble à ma mère…

« Mais ce que t’ignores c’est que le sang d’un gosse de riche, comme toi, peux purifier la Terre et nous sauver. »

Son rire est glaçant. Je me bouche les oreilles. J’ai peur de comprendre ce qu’elle insinue.

Soudain deux yeux m’interceptent. C’est une enfant en haillon assise sur le bord de la route. Étrangement son regard ne comporte aucune trace de haine mais seulement de la compassion. Pourquoi ? Que vont-ils me faire ? Je ferme les yeux, je ne veux pas affronter la vérité, je ne veux pas grandir trop vite…

Mais tandis que je sens que l’on m’emporte j’entends un bruit qui n’est ni un cri, ni un juron, ni un rire.

Elle sanglote. Je sais que c’est elle au bord de la route. Alors, avant de perdre connaissance, une pensée réconfortante m’effleure le cœur : je ne serai pas le seul à pleurer.

 

     Un enfant. Pourquoi…

De nouveau les bruits se rapprochent précédant la foule enragée. Mais que croyaient-ils, qu’ils allaient pouvoir effacer un crime avec un autre crime ?

Les villageois se ruent vers les portes closes de la ville et attaquent avec leur armes. Pensaient-ils qu’il suffisait de le sacrifier pour étouffer une colère millénaire ?

La porte tombe en morceaux et laisse entrer une mer de fureur.

Ne savaient-ils pas que leur horrible machination ne pourrait éternellement passer inaperçue ?

Tandis que, sur le trottoir, l’enfant s’est levée,le peuple en folie pénètre dans la ville.

Tous les jours, assise en tailleur sur sa parcelle de béton elle a vu s’approcher les prémices d’une révolution.

Tous les jours des dizaines de camions sortaient de la ville contenant des produits chimiques sous bien des formes, que ce soit celle de la nourriture ou des engrais.

Le poison s’est répandue; contaminant lentement les Hommes et la Terre et les liant ensemble, les poussant vers un tragique destin. Tous les jours l’enfant a regardé la mort arriver.

Et tout ceci a été commandé par une unique personne que peu connaissent mais dont tout le monde sait l’existence : le directeur de la Bas-Brille, usine de production massive située sous terre afin de rejeter plus facilement à l’extérieur de la ville leur déchets et toxines à l’aide de longs tuyau et réseaux souterrains.

Il leur fallut beaucoup de temps pour comprendre mais un jour les villageois se sont rendu compte et leur colère déferle telle la marée sur la grève…

Sous le regard triste de la petite fille, pieds nus sur les décombres de la grande porte, la foule détruit chaque commerce, chaque habitation avant de s’engouffrer sous la terre pour ravager et prendre possession de la Bas-Brille.

Et comme elle l’a entendue quelques heures plus tôt la fillette perçoit à nouveau les cris de douleur des citadins pris au piège se mêlant à ceux des pauvres villageois se dressant face à des armes mortelles.

Petit à petit l’enfant fait demi-tour et s’avance vers le cœur de son village. Dans toutes les rues qu’elle traverse il ne reste plus qu’elle. Elle a du mal à marcher, elle semble épuisée et se tient contre les murs, s’arrêtant de temps à autre pour tousser car, comme tout le peuple, elle n’a pas été épargnée et elle sait qu’il n’existe aucun remède.

A chaque quinte de toux la main devant sa bouche se couvre d’étranges tâches de sang.

Après de nombreuses minutes éprouvantes et sans fin l’enfant parvient enfin sur la place centrale du village. Plusieurs fois son regard se porte de droite à gauche mais n’y a ici rien de ce à quoi elle s’attendait.

En réalité ce lieu est vide, exempt de toute trace de vie. Mais la petite fille semble avoir vu quelques chose car elle s’avance doucement vers le centre de la place. La nuit est tombée et seules les étoiles éclairent le village aidé de peu réverbères solitaires. Au milieu, sous un faible halo de lumière est née une fleur. Elle se fraie un chemin parmi les pierres et les dalles, douloureux souvenir d’un enfant jeté en pâture à un peuple déchainé.

Près de la jeune pousse l’enfant s’accroupit et la couvre de ses mains tout en murmurant : « Une fleur ne peut purifier à elle toute seule un monde mais elle peut redonner un peu d’espoir. Pardonne-moi petit garçon, il y a dans ce monde plus d’innocents que de coupables mais nous ignorons tous la frontière entre l’un et l’autre. Je me demande bien, inconnu, comment d’un unique regard j’ai pu devenir coupable de ta disparition et de celle de toute ta ville. Je ne connais pas ton nom mais permet moi de t’appeler Bas-Brille car tu as été pendant quelques instants son incarnation. »

La petit fille prend alors la fleur de Bas-Brille dans ses mains tachées de sang tandis qu’elle sectionne délicatement la tige et soudain la fleur se couvre d’épine.

« Tu as raison enfant innocent de te protéger de mon sang empoisonné, il ne faudrait pas que tu te fanes. »

Elle s’allonge alors sur le sol, épuisée, après avoir soigneusement placé la fleur dans ses cheveux.

« Merci Bas-Brille; personne ne m’avait jamais offert de fleur. »

Et tandis que la petite fille s’endort Brille se transforme lentement en forêts d’arbres et de ronces alors qu’un peu plus loin sur l’ancienne place du village, bientôt, deux roses rouges se feront face.

 

 

 

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24th septembre 2009

Sy’tème.

Salut !

Pour sûr les cours ont bien repris…les contrôles s’alignent et le temps d’écriture diminue. Ces deux dernières semaines j’ai été obligée de fractionner un poème en de nombreux morceaux (chose que j’affectionne peu). Il y a quelques jours j’ai lu Messieurs les enfants de Daniel Pennac (un vrai rush pour le terminer avant la vague de devoirs) et ces derniers jours j’ai commencé Candide de Voltaire pour le français…c’est complètement différent.

Enfin, aujourd’hui je vous présente un récit proche du conte écrit cet été. C’est une idée que j’ai reprise de l’hiver précédent mais que cette fois-ci je suis arrivée à traiter tel que je le souhaitais.

Bye et bonne lecture.

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Sy’tème.

 

    Il y a des milliards d’années un Soleil naquit et il a des milliards d’années une petite planète tellurique vit le jour que l’on nomma Terre.

Leurs vies étaient vouées à se mêler, se rencontrer mais si c’était la volonté du destin ou le simple hasard, nul ne le sut et nul ne le saura jamais. Quoiqu’il en soit cette alliance n’arriva pas toute seule et fut orchestrée par deux êtres étranges : l’un s’appelait Nadiron, fils du Soleil et l’autre, fille de la Terre, portait le doux prénom d’Aïga.

Ces enfants du Ciel ressemblaient en de nombreux points aux Hommes que nous sommes aujourd’hui bien qu’étant plus grands et ayant de magnifiques yeux couleur d’or. Néanmoins ils n’étaient pas non plus tout à fait semblables aux humains car ils avaient au fond d’eux des sentiments que nul Homme ne pourrait comprendre. Ces êtres ne ressentaient pas la douleur et jamais ils n’avaient versé une seule larme mais ils ne connaissaient pas plus le bonheur et pas une fois leurs yeux n’avaient scintillé de joie.

 

     Un jour à une date très éloignée, Nadiron posa ses pieds nus sur le sol pierreux de la Terre mais à la pensée de la mission que le Soleil lui avait confié son cœur resta vierge de tout voile de tristesse.

La planète sur laquelle Nadiron venait d’arriver était extrêmement convoité par l’astre, son père. Il souhaitait en réalité l’asservir et la transformer en simple rocher sans vie. Il avait d’or et déjà par le biais de son fils réduit en esclave les autres planètes du Système et nul n’avait résisté au pouvoir de Nadiron; ni le géant, enfant de Jupiter, ni la beauté séductrice de la fille de Vénus.

Alors en ce jour, l’ordre qu’avait reçu Nadiron pour sa dernière mission était des plus clairs : Tuer Aïga, fille de la Terre.

Pour ce faire Nadiron n’avait pas d’armes, du moins pas celles que nous connaissons. Il disposait juste de ses mains et de son corps tout entier car, pour reprendre la vie, il lui suffisait de toucher et tout être serait réduit en cendre.

 

     Cependant les choses se déroulent rarement comme on l’espère la vie, ne tenant souvent qu’à une réaction chimique au fond de notre cœur, une étincelle ou à un coup de foudre…

Lorsque le regard de Nadiron plongea sans peur dans le lac d’or des yeux d’Aïga, soudain le monde bascula. Tandis que la jeune fille était éblouit par la force et l’éclat de l’étranger ce dernier découvrit la beauté de l’innocence et de la simplicité, il découvrit la vie et l’espoir tel qu’il ne l’avait jamais vu: Aïga et Nadiron découvrirent en chacun le bonheur et l’amour.

Alors, après que Nadiron ce fut approché d’Aïga il s’arrêta à quelques pas d’elle et déclara de sa puissante voix :

« Ne me touche surtout pas. »

Mais la jeune fille continua d’avancer jusqu’à n’être qu’à quelques centimètres de lui.

« Pourquoi ?

 - Embrasse moi simplement de ton regard. »

En cet instant le Soleil passait au zénith et au même moment une voix s’éleva dans le coeur de Nadiron surpassant le chant de l’amour :

« Hâte-toi mon fils d’accomplir ta tâche ou mon courroux sera grand. Je te laissa encore quelques heures mais pas plus. Fais-vite ! »

Lorsque la voix fut retombée Nadiron fit volte-face, se détournant bien malgré lui de la splendeur des yeux d’Aïga pour aller s’asseoir sur un rocher.

Quand la jeune fille s’approcha de nouveau il tenait entre ses mains une étrange arme : un arc de pierre où était encochée une flèche de feu.

Le fils du Soleil se leva alors et se tourna vers le disque flamboyant, toujours haut dans le ciel malgré les heures qui s’étaient écoulées : « Écoute moi Père ! Je connais ta colère si je désobéis à tes ordres, elle est grande. Mais tu ignores encore tout de la taille de mon amour et il est plus grand.

Va te cacher mais observe bien le feu de la passion. Regarde; ressens comme il est douloureux d’aimer sans pouvoir toucher ! »

Nadiron, de sa force extraordinaire banda l’arc de pierre et décocha la flèche de feu. Cette dernière, sous le regard admiratif d’Aïga vint se planter dans l’astre qui plongea alors rapidement sous l’horizon , tâchant le ciel de son sang.

 

     La nuit était tombée et Nadiron espérait bien que jamais le jour ne se relèverait. Il était assis au côté d’Aïga et ses yeux noyés dans les siens scintillaient comme deux pépites d’or.

Ils scintillaient de joie pour la première fois mais également pour la dernière fois.

A peine quelques heures plus tard reparut à travers les pics acérés des montagnes la noire étoile :

« Enfants ! Vous avez voulu me défier et vos armes se sont pointées vers moi. Mais sachez qu’une étoile ne meurt que de son plein gré. Subissez ma colère ! »

C’est alors que, surgissant de nulle part, apparurent dans le ciel ensanglanté une centaine de météores, toutes dirigées vers la Terre. La mort s’approchait à la lumière du Soleil, elle s’approchait à pas de géant et bientôt elle pénétrerait dans l’atmosphère même de la planète.

C’est alors que Nadiron comprit que, nue, la beauté est éphémère mais qu’il suffit de la revêtir d’un manteau d’amour et d’un bouclier de dévotion pour qu’elle devienne plus forte.

D’affection Aïga était comblée mais il lui manquait encore une armure. Nadiron, après un dernier regard à sa bien aimée se mit donc à courir très vite, à une vitesse que nul n’imagine, avant de sauter hors de la Terre.

Il se métamorphosa alors en immense rocher avant de se mettre en rotation autour de la planète.

Durant ce temps les météores et les comètes s’étaient rapprochées et, tandis qu’elles s’apprêtaient à bondir sur leur victime, Nadiron les appela et sa voix tonitruante résonna dans tout le Système solaire.

C’est ainsi que le fils du Soleil se sacrifia par amour et que son corps se trouva marqué de centaine de cuisants baisers.

 

     Désormais il n’y avait dans le ciel plus l’ombre d’un danger mais alors que Nadiron brûlait d’envie de retourner auprès de l’élue de son cœur, cela lui fut impossible.

Malgré la force considérable que possédait le fils du Soleil, il avait dû pour se transformer voler la magie de l’Univers et il était désormais condamner à tourner autour de la Terre sous cette unique apparence.

Mais si Nadiron tentait de se réconforter en pensant à la protection permanente qu’il pourrait apporter à la planète; Aïga, elle, pleurait. Elle avait commencé à pleurer dès que Nadiron l’avait quitté, dès qu’elle avait compris que plus jamais elle ne pourrait embrasser ses yeux…

Aïga n’avait jamais connu la tristesse parce qu’elle ignorait ce qu’était le bonheur mais Nadiron avait allumé son cœur et l’avait réchauffé d’une douce chaleur. C’est pourquoi à son départ la douceur s’était dissipée pour laisser place aux cendres brûlantes d’un amour toujours vivant.

Néanmoins la fille de la Terre ne pleura pas simplement quelques minutes ou quelques heures; ses larmes furent versées durant des jours et des nuits tant et si bien que son chagrin la métamorphosa finalement en océan recouvrant presque toute sa planète.

Lorsque Nadiron apprit la nouvelle il voulut immédiatement serrer la jeune fille dans ses bras pour dissiper sa peine et il attira alors à lui les mers et les océans avant de les repousser de nouveau, effrayé qu’il puisse la toucher et lui ôter la vie.

 

     Par la suite une myriade d’êtres vivants naquit des larmes d’Aïga et ils purent jouir à la fois de la tiédeur du Soleil et de la protection de Nadiron bien que ce dernier disparût dès que son père se levait.

Il y a dans l’Univers une infinité de mystères mais le plus important n’est pas celui qui pèse sur son origine ou plane au dessus de son futur. Le plus beau et le plus grand mystère, c’est l’amour qu’il recèle.

 

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15th mars 2009

Luciole (9° et dernière partie).

Salut !

Ca y est, on y est arrivé…la dernière partie de Luciole !

J’espère que vous l’apprécierez et surtout s’il vous plaît dîtes moi ce que vous en pensez !

1- Première partie          6- Sixième partie

2- Deuxième partie         7- Septième partie

3- Troisième partie         8- Huitième partie

4- Quatrième partie        9- Neuvième partie

5- Cinquième partie

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Luciole

 

    Lucie et moi sommes dans la coupole. Mika joue dehors, pour une fois je lui ai demandé de nous laisser seuls. Je lui ai dit la vérité, que je voulais parler à Lucie en tête à tête; il a compris. Oh ne croyez pas que je veux lui déclarer ma flamme, je souhaite juste discuter avec elle; j’ai quelque chose d’important à lui dire.

Cela fait déjà un quart d’heure que j’essaie de la prendre à part mais sans succès.

« La prendre à part, pourquoi ? » Vous allez me dire, nous sommes tous les deux seuls. « Pour l’éloigner d’Etoile. » Je répondrai.

Depuis qu’on est rentré elle ne s’est occupée que du phare sans même penser à manger.

Bien sur je la comprends, je tiens autant que elle si ce n’est plus à Etoile.

Mais là ce n’est pas normal, elle n’a jamais fait cela auparavant. C’est comme si on se comporte mal avec quelqu’un et que par la suite on lui offre une quantité de cadeaux pour se faire pardonner. C’est faux, on le fait simplement pour ne plus avoir ce poids sur la conscience.

Au bout d’un moment je craque et l’agrippe par le bras.

« Luciole arrête. Ce n’est pas parce que tu t’es absentée une heure qu’il faut te tuer à la tâche en rentrant. » Ma voix est calme et rassurante. Elle pose ses jumelles.

« Je voudrais te parler, c’est important. »

Elle s’assoit contre le mur face à l’océan. Je l’imite.

Pendant un long moment elle ne dit rien et attend que je prenne la parole. Je patiente cherchant les mots justes pour lui expliquer la situation sans la blesser. Et puis j’aime être à ses côtés…

« Luciole, si j’ai été chercher Mika ce matin ce n’est pas pour le rendre à sa mère demain. »

Lucie fronce les sourcils. Je pense qu’elle a déjà compris mais qu’elle refuse de l’accepter.

« Je pourrais très bien porter plainte contre sa mère l’enfant ne serait alors plus à sa garde, mais ça ne servirait à rien car il serait envoyé chez son père. Tu crois qu’un homme comme lui aime son gosse ? Il ne trouve jamais le temps de le voir. Mika ne serait pas heureux avec lui. A Paris en plus tu imagines ! Mika n’aime pas les grandes villes… »

J’observe l’océan pour éviter le regard de Lucie mais je sais que ses beaux yeux bleus me fixent. C’est déjà si dur à dire, si je vois son visage je vais renoncer.

« Luciole, cet après-midi je pars avec Mika. »

Elle reste silencieuse un moment et je n’ose pas alors déranger le cours de ses pensées. Quand elle parle il n’y a aucun sentiment dans sa voix :

« Ne pourrais-tu pas demander la garde de Mikaël? »

Je secoue la tête.

« Les juges refuseront, jamais ils ne donneront la charge d’un enfant à un gardien de phare solitaire qui a juste assez d’argent pour vivre. »

Je m’attends à recevoir des réprobations et des oppositions mais ce que j’entends est d’une tout autre nature : un rire.

Lucie rit !

Je me tourne vers elle, surprit.

« Tu es fou Erwan, fou ! »

Je souris, c’est bien la première fois qu’elle me le dit. Pourtant elle a raison, l’amour rend fou…


    Il pleut. J’ai tout expliqué à Mikaël et notre départ ne semble pas le préoccuper car il joue dans les flaques d’eau.

Désormais allongé sur l’herbe j’admire Etoile en profitant de mes derniers instants sur la côte avant longtemps. Dans une demi-heure je partirai, je ne sais pas encore où j’irai; où le vent m’emportera je suppose.

Je me souviens de ce jour de début d’été où j’ai sauvé Mika. Il s’est passé tant de choses depuis…

A cette époque je me posais une question : « Et si je devais choisir entre Lucie et Etoile ? »

J’ai enfin trouvé la réponse : ni l’un ni l’autre. Il y a à peine trois ans je croyais qu’ Etoile était ma vie mais c’était une illusion. Ce phare était la seule chose que je possédais et je ne voulais pas m’en séparer.

Cependant j ‘ai découvert que chaque être que l’on rencontre dépose en nous une part de lui même. Si cet être disparaît une part de nous disparaît. Je ne veux pas perdre Mika…

Alors aujourd’hui c’est lui que j’ai choisi; je suis déterminé à revenir en arrière, à sauver cet enfant, cet ange qui me hante depuis mon dix-huitième anniversaire : Je veux être son père.


     Nuage tangue sous le roulis des vagues. J’attrape Mikaël par les aisselles et le hisse sur le bateau.

Lucie redoute une tempête mais je n’ai pas peur car je connais les récifs mieux que quiconque.

Depuis notre discussion Lucie n’a pas dit un mot et cela me fait de la peine. J’ai l’impression que c’est de ma faute même s’il est vrai qu’elle n’a jamais beaucoup parlé.

Dans l’après-midi elle m’a aidé à sortir Nuage du hangar dans lequel on l’avait enfermé à cause de la pluie. Ensemble on a monté le mât, ajusté la voile et j’ai réglé le moteur pendant qu’elle remplissait un sac de provision et de vêtements chauds; elle est très attentionnée Lucie.

Finalement j’ai pris avec moi des livres, des cahiers et des stylos; je compte apprendre à Mikaël à lire et à écrire.

Désormais le bateau est prêt et il ne me reste plus qu’à faire les dernières vérifications; pourtant je n’y arrive pas, ma vision est brouillée de larmes.

J’aime Lucie mais je refuse de l’emmener avec moi, ce ne serait pas digne d’elle que de lui offrir une vie de hors-la-loi et de briser sa carrière. De plus elle ne serait pas heureuse et je souhaite plus que tout son bonheur. De toute manière il faut voir les choses en face, elle ne m’en a même pas parlé…

Lucie est sur la grève et elle attend pour me dire au revoir. Cependant je ne me retournerai pas pour lui sourire ou lui faire ne serait-ce qu’un signe de la main; je pleure, je vous l’ai déjà dit.

Si elle me voyait ainsi elle saurait et je ne veux pas qu’elle sache.

J’allume le moteur.

Soudain Mika saute du bateau et court vers Lucie.

« Maman ! »

Et après quatorze ans, malgré tous mes efforts pour ne rien révéler, pour ne rien dire; je commets une erreur, la première : je me retourne.

Mika est dans les bras de Lucie et elle lui caresse les cheveux. Mais ce n’est pas lui qu’elle regarde, c’est moi.

Lucie pleure. De grosses larmes qui roulent le long de ses douces joues, contournent ses lèvres et tombent…

Luciole pleure…

Depuis toutes ces années, je n’avais vu que mes problèmes, ma phobie, mon amour. Jamais je n’avais pensé qu’un troisième élément puisse tout bouleverser. Jamais je n’avais envisagé que Lucie ait des problèmes, que Lucie ait peur…et que Lucie m’aime.

Je n’avais jamais compris que si Lucie ne parle que de travail c’est pour éviter de m’aimer.

« Luciole, tu pleures ?

 - C’est la pluie. » Elle a les yeux rouges et se mort la lèvre inférieure.

« Mais toi Erwan…

 - C’est la pluie. »

C’est dur de mentir alors qu’elle sait et que je sais. Mais c’est peut-être plus facile que de se dire la vérité, s’embrasser et se quitter. Peut-être…

Mika revient et je l’aide à remonter à bord.

« Prend soin du petit !

 - Occupe toi bien d’Etoile ! »

Je descends du bateau et commence à le pousser. Je viens de comprendre Lucie; ce matin quand tu as couru vers moi pour m’aider, tu espérais surmonter ta peur. Cependant ce n’était qu’un instant de folie car tu t’es arrêtée à quelques centimètres de moi, ton souffle dans mon cou. J’ignorais Lucie que tu attendais que je te tende la main comme tu m’as tendu la tienne pour me permettre d’avancer.

Mais ne t’inquiète pas car un jour je reviendrai et je te sauverai.

Dans quelques années, quand les autorités auront abandonnés les poursuites, tu verras resurgir sur l’océan du ciel un Nuage guidé par ta lumière et celle de ton Etoile.

Ce jour là tu auras depuis longtemps découverte ma lettre et je crois que j’aurai alors le courage de te le dire :


« Luciole,


Je t’aime. »

 

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26th février 2009

Luciole (8°partie).

Salut !

Une courte semaine que je suis en vacances ! Ca fait du bien… Ce week end je pars au ski 4 jours avec mon père, je vais pouvoir, comme chaque année, m’émerveiller devant la neige…

Je vous présente aujourd’hui la 8° partie de Luciole. Je viens de remarquer qu’il n’y en aura pas dix mais neuf, c’est donc l’avant-dernière !

La première photo que j’ai utilisée provient du site d’un photographe.

N’hésitez pas à me dire ce que vous en pensez.

Bye et bonne lecture.

1- Première partie          6- Sixième partie

2- Deuxième partie         7- Septième partie

3- Troisième partie         8- Huitième partie

4- Quatrième partie        9- Neuvième partie

5- Cinquième partie

____________________________________________________________

Luciole

 

    La porte claque. Je me retourne. Il doit être trois heures du matin mais un enfant est là, debout sur le seuil. Personne ne le remarque à part moi :

« Qu’est-ce que tu fais ici gamin ? »

Il ressemble à un ange avec ses cheveux blonds en broussaille et son regard suppliant; c’est l’innocence même.

Pourtant il a les yeux rouges d’avoir trop pleuré; les anges ne devraient pas pleurer.

« Papa…Je veux mon Papa… »

De petites larmes roulent le long de ses joues.

« Il n’est pas là ton Papa. »

Ses sanglots redoublent.

« Il m’a dit qu’il rentrerait pas tard, qu’il prendrait juste un verre. J’ai peur tout seul à la maison. Papa… »

Il est droit, ses petits poings serrés contre ses cuisses. « Reviens… »

Les personnes nous fixent moi et l’enfant, mais surtout l’enfant.

« Papa ! » Il hurle littéralement et ses larmes s’écrasent au sol. Son regard est levé vers le plafond comme si ce dernier pouvait entendre sa complainte. Une voix retentit au fond de la salle :

« Eh môme dégage ! On n’veut pas de toi ici, tu nous fais chier avec tes jérémiades ! »

Je reconnais la voix de Steve. Certains l’imitent. « Va-t-en ! » , « Fous le camp ! »

Les pleurs de l’enfant augmentent.

Soudain j’ai un haut le coeur. Je me lève en vitesse. Trop vite. La pièce se met à tourner et un instant je vois noir. Je me dirige vers les toilettes et le petit me suit je ne sais pas pourquoi.

Tout à coup une main m’arrête, c’est Steve.

« Tire toi du milieu que je fasse regretter au gamin d’être venu nous emmerder. »

Je le regarde, je ne comprends pas ce qu’il dit. Comment me suis-je retrouvé entre lui et l’enfant ?

J’ai envie de vomir et j’ai l’impression qu’un marteau tambourine dans ma tête sans relâche.

Ce n’est pas la première fois que Steve est brutal et agressif pourtant il n’a jamais menacé de frapper un enfant.

Le petit pleure toujours mais ce n’est pas lui que j’entends, c’est les autres.

« Fous le dehors ! »

« Le protège pas ou c’est toi qui prends ! »

« Mais faîtes le taire ! »

Toutes ces voix dans ma tête…

« Frappe le ! »

…inhumaines…

« Oh, le chialeur ! »

…qui s’insinuent…

Steve m’agrippe par le col.

« Dégage du milieu. T’as pas intérêt à ce que je te le dise une troisième fois. » Je tremble.

Sa voix est calme, effrayante…autoritaire…

Je ne sais plus où je suis, ce que je dois faire.

Et cet enfant qui pleure derrière moi, qui me donne mal à la tête. Ces voix, ces menaces…je me sens si faible.

Je m’écarte.


    Ils sont bien trente à attendre devant le portail de l’école. La plupart sont en groupe, ils rient et s’échangent des cartes ou des billes.

Je suis dans un coin à l’angle de la rue principale et je les observe. Je n’aurais jamais cru le dire un jour mais j’attends le mien.

Parmi la foule des écoliers agglutinés sur le trottoir je cherche un enfant seul et en retrait, mais je ne le trouve pas. J’ai du mal à discerner leur visage et il en arrive de toute part.

Lucie est près de moi et guette Mikaël des yeux. Cependant même si nous sommes deux c’est comme chercher une aiguille dans une motte de foin.

Tout à coup tous les regards se tournent vers la cour de l’école et le concierge arrive clef à la main.

Il ouvre le portail et les élèves s’engouffrent à l’intérieur tel un troupeau de moutons. Moins d’une minute plus tard il ne reste plus un enfant sur le trottoir .

Je m’assieds sur une marche, triste.

« Il est peut-être en retard, attendons encore. »

Lucie a toujours été pleine d’espoir et il suffit de voir son sourire confiant pour être rassuré.

Pourtant là je n’y crois pas. Quelque écoliers pénètrent encore dans l’école mais aucun n’a le visage de Mika.

Cinq minutes plus tard quand le concierge revient fermer les portes, je ne bouge pas.

« Allez Erwan, on reviendra demain. T’en fait pas. »

Je regarde Lucie.

« C’est bien toi qui m’a dit ça : Si on ne fait rien, un jour sa mère le tuera. » Elle acquiesce.

« Et si « un jour » c’était demain ? S’il n’est plus là quand on revient ? » J’ai les larmes aux yeux et la gorge nouée. Lentement les souvenirs refluent.

« On pourra alors se dire qu’on aura fait le maximum. »

Je secoue la tête :

« Non, j’aurais pu faire plus. J’aurais pu venir au village dès son premier jour d’hôpital. J’aurais pu… »


     J’aurais pu éviter tout ça. J’aurais pu ne pas m’écarter, avoir du courage pour une fois.

Mais je n’ai rien dit, j’ai laissé Steve le tabasser. Il l’a frappé jusqu’au sang et à chaque coup je me disais cette même phrase : « C’est ma faute. C’est ma faute. C’est ma faute ! »

Pourtant je ne l’en ai pas empêché. J’ai regardé. Et quand Steve en a eu fini et qu’il l’a balancé dehors dans la nuit froide, je n’ai pas bougé.

Je n’ai pas appelé d’ambulance, je n’ai même pas été le voir.

Ils avaient tous leur regard sur moi, ces regards qui te disent « Si t’appelles les flics, t’es mort. »

J’ai été faible, je les ai écoutés. Pourquoi ?

La seule chose que j’ai faite c’est vomir au milieu du bar et ça n’a pas sauvé l’enfant.

Le lendemain quand un passant l’a retrouvé au bord de la route, c’était trop tard.


     « Papa ! » Je me retourne. C’est stupide je sais je n’ai aucun fils. Vous avez déjà vécu ça je pense : quelqu’un crie votre nom dans la rue, ce n’est pas le votre mais vous vous retournez. Là c’est pareil.

Des chaussures martèlent le sol tel mon coeur martèle ma poitrine. Mais Mika ne parle pas, c’est impossible que ce soit lui.

Soudain je suis propulsé par terre et des bras d’enfant viennent s’enrouler autour de mon cou.

Je n’ai plus de doute. Je ris.

« Mika… »

Je le serre contre moi.

« Je suis désolé de ne pas être venu plus tôt, mais tu comprends je pense. » Il cligne des yeux.

Il a beau savoir parlé ce n’est pas pour autant qu’il va se lancer dans une grande discussion. Je le prends dans mes bras et me lève.

Alors que je commence à remonter la rue Lucie me rejoint en courant.

« Que fais-tu ? » Je lui souris mystérieusement.

« Faire ce que j’aurais dû faire depuis longtemps. »

 

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18th février 2009

Luciole (7°partie)

Salut !

Plus que deux jours avant les vacances ! Si seulement on pouvait être maître du temps…

Enfin, aujourd’hui je vous présente la suite de Luciole, j’espère qu’elle vous plaira.

Bye et bonne lecture.

1- Première partie          6- Sixième partie

2- Deuxième partie         7- Septième partie

3- Troisième partie         8- Huitième partie

4- Quatrième partie        9- Neuvième partie

5- Cinquième partie

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Luciole

    Un caillou vient frapper contre ma fenêtre. Je me réveille en sursaut et m’approche pour voir qui est là. C’est Steve, Jud et toute la bande. Ils ont garé la voiture sur le bord de la route et l’un d’eux est descendu pour se planter devant mon immeuble.

Il fait nuit et il est une heure du matin. Je plisse les yeux pour essayer de discerner son visage mais sans succès. Néanmoins à sa voix il à l’air en colère, c’est surement Steve.

« Bordel qu’est- ce que tu fais ! Ca fait depuis une demi-heure qu’on poireaute au parking. Magne toi, on va être en retard ! »

J’enfile rapidement un pantalon et une chemise avant de crier par la fenêtre : « Désolé je dormais ! »

Je ne vois pas sa réaction car je lace mes chaussures mais j’imagine qu’il doit me prendre pour un cas irrécupérable à rester au lit au lieu de sortir fêter mon anniversaire. Je l’entends du hall d’entrée :

« Erwan ! T’as dix-huit ans réveille toi ! »


     Je dévale l’escalier. Je ne sais pas pourquoi je cours, il n’est que sept heures et le soleil vient à peine de se lever. Mikaël ne sera pas à l’école avant huit heures et j’ai le temps. Pourtant je descends les marches quatre à quatre comme si j’avais le diable à mes trousses. Mais peut-être est-ce autre chose que je fuis. Ce cauchemar… Je passe en trombe dans la cuisine où Lucie est en train de prendre son petit déjeuner.

« Où vas-tu comme ça ?

 - Au village. »

Je claque la porte derrière moi.

Un fin crachin commence à me mouiller le visage. J’enfourche mon vélo et m’engage sans plus attendre sur le sentier.

Très vite j’ai froid et au bout de dix minutes mes habits trempés me collent au corps.

Peut-être que j’essaie d’échapper à mes dix-huit ans. Peut-être au contraire que je cours vers mon futur.

Mais une chose est sûre; tout deux portent le même nom : Mika.


     Je descends de voiture. Nous ne sommes encore que sur le trottoir mais les rires tonitruants des clients bourrés me parviennent sans mal.

Steve pousse la porte et on le suit dans le bar. Les conversations, la musique et les engueulades s’écrasent contre mon visage toujours à moitié endormi.

Jud passe son bras autour de mes épaules, à côté de lui j’ai l’air d’un frêle gamin.

« Cinq bières ! C’est moi qui paye. »

Dix minutes plus tard on en est déjà à notre troisième pichet.

J’ai mal au coeur, je supporte très mal l’alcool comparé aux autres. Peu de temps après je suis accroupi au dessus des cuvettes en train de vomir.

Comme anniversaire c’est pas super faut avouer, mais c’est ça ou rien. Les serveuses sont mignonnes et il y a une bonne ambiance cependant j’ai l’impression d’être un étranger, c’est pas mon milieu et c’est pas mon style de fille. Mais je ne vais pas le dire aux autres, ils se moqueraient de moi.

Je me lève, essuie ma bouche du coin de la manche et sort. Toute la bande est saoule. Certains se sont mis debout et dansent sur les tables, tanguant comme des bateaux à la dérive.

D’autres comme Jud et Steve se bagarre en cassant des verres. Dès qu’ils boivent ils deviennent agressifs, c’est pas de leur faute. C’est sur ça serait mieux s’ils étaient joyeux, mais bon il faut pas trop en demander non plus…

Je m’assoie à part près de la porte et je commande une autre bière.

Je ne pense pas que je sois ivre, j’ai juste mal à la tête et au ventre. Le problème c’est que j’ai conscience de ma faiblesse et de ma différence. Ils disent toujours ça les autres : « Ouai, mais toi c’est différent. »

Parfois je donnerai tout pour être comme eux, rire, me battre, grimper sur une chaise pour dire à voix haute ce que je ressens…

Mais je n’ai ni l’alcool joyeux ni l’alcool agressif; moi quand je bois, je deviens dépressif.

J’enfouis mon visage entre mes mains collantes. Plus personne ne fait attention à moi, je ne suis qu’un fantôme, miroir de mon échec et de ma solitude.


     Je m’arrête. Devant moi se tiennent les maisons de pierres toutes bien alignées, serrées les unes aux autres, ainsi que ce petit panneau qui signale que j’entre dans le village : « Bienvenue. ».

Je me mets à trembler. Il pleut toujours et seules quelques souris se risquent dehors.

J’ai peur. Vous devez sûrement ne pas comprendre mais si je fais un pas de plus je ne serai plus rien comparé à eux, une fourmie qu’il suffit d’écraser.

J’ai l’impression qu’ils vont tous sortir en même temps pour m’entourer, m’oppresser tels les journalistes avec leurs micros et leurs questions.

Si j’entre je crains de ne plus être maître de moi-même. Je ne parle pas de refaire une crise, c’est autre chose. Quand cela m’arrive je ne contrôle plus mon corps mais ça ne me gène pas vraiment tant que je maîtrise encore mes décisions.

Cependant au milieu de la foule qui peut dire ce qu’on est capable ou non de faire ? Ils nous manipulent comme un boulanger pétri le pain, ils peuvent nous élever au rang de divinités ou nous inculquer que nous sommes des moins que rien.

En réalité j’ai peur de leur influence. Lucie, ce qu’ils nous font ce n’est pas mon esprit qui l’invente…

Plus j’y pense plus j’ignore ce qui m’effraie le plus; le village et ses habitants, ou mes dix-huit ans ? Lorsque j’ai quitté Etoile je croyais savoir, mais le doute resurgit toujours au moment le plus crucial.

Parfois je me dis que je ne pourrai pas éternellement fuir la foule; mais c’est dur d’ignorer qu’un jour j’ai eu dix-huit ans et qu’un jour j’ai été faible.

Je sais que je devrais avancer mais c’est comme si tous mes muscles se rappelaient ce qu’ils m’ont fait : je recule.

Soudain une main m’arrête et m’empêche de faire demi-tour pour m’enfuir.

Je sens un souffle chaud dans mon cou.

« Luciole…

- C’est moi. »

Elle m’attrape par l’épaule. Si je me retournais mes lèvres effleureraient surement les siennes; mais je ne peux pas elle me tient fermement.

« Avance n’ai pas peur. »

C’est plus facile à dire qu’à faire. Une question m’apparaît.

« Pourquoi es-tu venu ? Tu n’aurais pas dû quitter le phare. »

Je ne la vois pas mais je suis persuadé qu’elle sourit, probablement l’intuition après quatorze ans passés à ses côtés.

« Tu as plus besoin de moi que lui. »

C’est à mon tour de sourire avant de me raidir brutalement :

« Si on nous surprend ici, tous les deux, c’est pour le coup qu’on perd notre boulot. »

Elle ne répond rien. Elle a peur, je le sens; sa main est crispée autour de mon bras.

« Avance; si l’un de nous ne peut surmonter sa peur, il doit au moins aider l’autre à le faire.

 - Pourtant tu es venue… »

Ses ongles s’enfoncent dans ma peau.

« Avance je suis là. »

Alors je fais un pas en avant.

 

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31st janvier 2009

Luciole (6°partie).

Salut !

Ce mardi on était en congé…quel bonheur ! En plus mes grands-parents étaient là !

Aujourd’hui je vous présente la sixième partie de Luciole, j’espère qu’elle vous plaira.

Bye et bonne lecture.

1- Première partie          6- Sixième partie

2- Deuxième partie         7- Septième partie

3- Troisième partie         8- Huitième partie

4- Quatrième partie        9- Neuvième partie

5- Cinquième partie

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Luciole

 

    Les graviers roulent et s’entrechoquent. J’abandonne ma tâche pour dévaler l’escalier quatre à quatre.

Je n’ai pas l’oreille assez fine pour savoir si c’est le vélo de Lucie ou de Mika mais j’espère au fond que c’est celui du petit.

Je ne prends pas le temps de passer un imperméable et déboule hors du phare.

Mon coeur bat vite. Je cours. Mika…dis moi que c’est toi…

Je dérape sur le sol, me rattrape au mur et tourne à l’angle du hangar.

C’est Lucie.

De ses douces lèvres j’ai tout oublié, je ne pense plus qu’au petit. C’est étrange comment le coeur fonctionne.

« Alors ? »

Ses yeux me fixent.

« Il est à l’hôpital. »

Je me retiens au guidon du vélo.

« Ce n’est pas très grave. Il a le nez ainsi deux côtes cassées. »

Je n’arrive pas à parler, ma bouche est sèche. Que dire ? Lucie m’emmène dans le salon et je m’assois.

« Sa mère assure qu’il est tombé de bicyclette mais les docteurs sont septiques. »

Elle se lève et va me chercher un verre d’eau.

« Non. » Elle se retourne.

« Il n’est pas tombé de vélo. C’est sa mère. » C’est à son tour d’être surprise.

« Tu veux dire que c’est elle qui lui a fait ça ? » J’ acquiesce.

Elle s’assied en face de moi.

« Je ne te l’ai pas dit mais tous les week ends il a de nouveaux bleus et des griffures. Le soir où je l’ai trouvé tu te souviens, il était blessé. En vérité je crois qu’il fuyait sa mère. »

J’ai la voix qui tremble et je lutte pour ne pas pleurer. C’est horrible de se sentir impuissant.

« Tu devrais aller leur dire ce que tu sais et passer voir Mika, je suis sûre qu’il serait ravi. »

Je secoue la tête.

« Jamais je n’irai au village. » Ma voix est ferme.

Tout à coup Lucie se lève d’un bond :

« Mais arrête ! Arrête d’avoir peur ! »

Elle crie. Lucie crie ! Mais Lucie ne s’est jamais énervée…

« Tu ne vas pas passer ta vie enfermé dans un phare ! Tu ne fais qu’alimenter ta phobie. Oui Erwan, ce n’est qu’une phobie ! C’est ton esprit qui l’invente. Avant tu allais au village, tu osais ! Désormais tu t’enfermes dans ta bulle. Erwan, la peur ne mène à rien ! » J’ai les yeux grands ouverts et je suis enfoncé dans le fauteuil. Lucie est debout et me fixe. L’océan entier pèse sur moi.

Soudain toute colère disparaît et la tempête s’apaise. Je retrouve alors le visage qui m’est si familier.

« Je suis désolée…je ne sais pas ce qui m’a pris. Je tiens à toi et ce n’est pas en vivant reclus que tu seras heureux. »

Il y a des dizaines de réponses qui s’offrent à moi tel « Qu’importe les autres, c’est toi que j’aime. » ou « Vivre seul ne me gène pas si tu es près de moi. ». Cela serait si simple ! Pourtant je réponds tout autre chose :

« Je sais… » Et dans moins d’une minute je vais regretter cette réponse, c’est toujours comme ça.

Imaginez deux continents, la solitude et l’amour, et séparez les par un gouffre, le courage.

Il suffit de sauter certains disent. Mais ils oublient le « et si ». Et si je chute ? Rien que l’idée de tomber m’effraie. Alors je préfère les illusions c’est plus facile.

« Tu as raison je ne suis qu’un peureux. » Voilà ce que l’on obtient lorsque l’on pense trop : on se met à parler à voix haute.

« Peut-être…mais tu n’es pas le seul. »

Je relève la tête et la fixe étonné.

« Cela ne se voit pas, mais depuis que je suis petite j’ai peur. »

Elle a le regard baissé et tourne dans sa main un collier.

« Tu n’es pas obligé de dire.

 - Si. J’ai dénoncer ta phobie, je l’ai pointé en te disant de t’améliorer alors que je n’ai pas encore surmonté la mienne. Je veux me faire pardonner.

 - Mais tu peux… »

Son regard vif me dissuada de poursuivre. Elle sourit.

« Je suis née dans une famille aisée et jusqu’à l’âge de neuf ans j’ai connu le confort et le bonheur. Mes parents étaient divorcés et depuis deux ans je vivais avec mon père. Il s’était remis avec une femme mais cela ne me gênait pas car je la voyait très peu.

Tous les soirs ils rentraient à la maison avec de la nourriture à profusion et des sacs entiers d’achats puis ressortaient sans plus attendre, probablement pour aller au casino ou au restaurant.

Mais un jour Papa est rentré seul, sans rien. « On déménage demain ma chérie. » m’a-t-il dit.

A l’époque je ne savais pas mais plus tard j’ai compris que cette femme l’avait manipulé puis l’avait escroqué. Elle l’avait convaincu d’entrer dans un commerce illégal dirigé par un membre de sa famille et il a tout perdu. Quand son patron a appris l’affaire il l’a viré.

Il s’est alors retrouvé au chômage avec une gamine sur les bras et on a dû quitter la ville pour emménager dans un H.L.M car il était endetté et avait été obligé de vendre notre maison.

J’ai perdu mes amis, et mes repères.

Rapidement mon père a retrouvé du travail mais ce n’était pas assez pour qu’on puisse vivre comme avant.

Il essayait d’économiser pour nous sortir de ce pétrin et je le voyais à table se priver pour satisfaire l’appétit de l’adolescente que j’étais.

Un jour, ma mère trouvant sa situation trop précaire m’a prise avec elle.

Je retrouvais le confort mais je perdais mon père.

Et tout cela à cause de cette femme… » Il y avait de la haine dans sa voix.

« Depuis j’ai peur d’être un jour au chômage et que l’enfer recommence.

Quand j’ai terminé mes études et que j’ai commencé à chercher un travail je me suis jurée de ne pas reproduire l’erreur faite par mon père : mélanger vie privée et vie professionnelle. »

Lucie ferme les yeux, elle semble fatiguée, vide.

« J’ignorais que tu avais peur. »

Des dizaines de réponses s’offrent surement à elle, pourtant c’est celle-ci qu’elle choisit :

« Je sais… »

 

    Depuis ma fameuse discussion avec Lucie deux mois se sont écoulés. Je ne suis pas allé au village mais Lucie me tient au courant de la situation.

Nous n’avons plus reparlé de ma phobie ni de son passé, et c’est mieux ainsi.

Mika est sortit de l’hôpital depuis plusieurs semaines déjà et il se repose chez lui. Lucie n’a pas donné la véritable raison de l’accident n’ayant aucune preuve et parce qu’elle pense que la mère aurait ensuite refusé qu’elle voie son enfant.

D’après Lucie Mikaël ne parle toujours pas, mais elle sait qu’il m’appelle car quand elle est près de lui il tend son index vers la mer à travers la fenêtre de sa chambre.

Pour les médecins son mutisme reste incompréhensible, normal, ils ne le connaissent pas. Mais je connais Mika et je sais pourquoi il se tait : il a peur.

 

Moi, je me cache pour échapper à la foule, Lucie se renferme sur elle-même ne voulant pas reproduire l’erreur de son père et Mikaël refuse de parler à cause de sa mère.

 

Plus il parle plus sa mère s’énerve et plus elle le bat. Alors il se tait.

J’en ai discuté avec Lucie. Elle dit qu’il faut attendre, qu’un jour il finira pas surmonter sa peur. Pourtant j’ai trente quatre ans et je panique encore lorsque je me retrouve au milieu de la foule. Alors comment un enfant de six ans voyant tous les jours sa mère pourrait réussir ? Je l’ignore.

Demain Mika reprend les cours mais il n’ira pas à l’école.

Il n’y a pas longtemps Lucie m’a dit cette phrase : « Si on ne fait rien, un jour sa mère le tuera. »

Alors j’ai pris ma décision. Lucie n’en sait rien mais bientôt elle saura, car demain je kidnappe Mikaël.

 

    

    Je suis assis à mon bureau, une feuille blanche devant moi, un stylo à la main. Des centaines de fois j’ai voulu dire la vérité à Lucie mais je n’y suis jamais arrivé. Je me dis qu’à l’écrit peut-être y parviendrai-je.

Je commence donc ma lettre.

« Chère Lucie… »

Non. Je la roule en boule, la jette par terre et prends une autre feuille. C’est dur. Je réfléchis à toutes les formules possibles mais une seule semble pouvoir me convenir :

« Luciole… »

 

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24th janvier 2009

Luciole (5° partie).

Salut,

Hier soir j’ai terminé une nouvelle que j’avais commencé une semaine auparavant. Vous ne pouvez pas savoir combien je me suis régalée à l’écrire ! J’adore être prise dans une histoire même si cela me fait me coucher à minuit…Ce qui m’a un peu étonné hier c’était que j’écrivais plus facilement avec de la musique que sans tandis que généralement j’ai besoin d’un calme quasi-complet. De même je me demande pourquoi je me casse la tête à tenter de trouver des chutes à mes nouvelles avant de commencer à les écrire alors que le moment venu elles m’apparaissent toutes seules ! C’est la deuxième fois que ça me le fait…

Mais c’est vrai que je ne vous ai pas encore montré une seule de mes quatre nouvelles…faudra que j’y pense…

Sinon aujourd’hui je vous présente la cinquième partie de luciole (on arrive à la moitié !). J’espère qu’elle vous plaira et surtout n’hésitez pas à me dire ce que vous en pensez, toutes les critiques sont les bienvenues !

Bye et bonne lecture.

1- Première partie          6- Sixième partie

2- Deuxième partie         7- Septième partie

3- Troisième partie         8- Huitième partie

4- Quatrième partie        9- Neuvième partie

5- Cinquième partie

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Luciole

 

    Il est midi et nous sommes assis dans la cuisine. Le repas sort tout juste du four et il dégage une délicieuse odeur. Pourtant je ne mange pas.

La nourriture tourne et retourne dans mon assiette sans jamais arriver à ma bouche. Mon ventre gargouille et j’ai très faim. Néanmoins je ne peux rien avaler.

« Tu t’inquiètes ? »

Lucie me fixe depuis un moment et mon manque d’appétit la préoccupe. Je cligne des yeux. J’ai pris cette habitude de Mika.

« Si tu veux cet après-midi je peux aller me renseigner au village. C’est probablement juste un contre-temps, il n’y a pas de quoi s’en faire. »

Ce matin Mikaël n’est pas venu. Je l’ai attendu pendant des heures mais il n’est pas venu.

J’envisage le pire. Peut-être qu’il est tombé dans un fossé et s’est cassé une jambe, ou alors sa mère refuse qu’il continue à passer ses week ends ici.

Si je n’avais pas les bras appuyés sur la table je crois qu’ils se seraient mis à trembler.

Lucie doit le deviner car elle se lève soudain et enfile son anorak.

« Où vas-tu ?

 - Au village. »

Elle sort et se dirige vers le hangar. Je la suis.

« Mais tu n’as même pas fini ton assiette ! » Il pleut dehors et je dois hausser la voix pour qu’elle m’entende.

« Tu n’as qu’à la terminer toi même ! »

Tout à coup, même si je le désire depuis ce matin, j’ai honte de laisser partir Lucie seule au village. A force de lui faire part de mes inquiétudes elle doit se sentir obligée d’y aller.

« Attend ! »

Lucie se retourne surprise.

« C’est moi qui vais y aller. »

Elle a un doux sourire sur lequel s’arrêtent les gouttes d’eau avant de dévaler son petit menton.

« Ne dis pas de sottise. Tu es sur les nerfs et tu n’as rien mangé. Je te vois mal pédaler une demi-heure sous la pluie dans cet état. »

Elle détourne son regard de mon visage pour le porter sur l’horizon.

« De plus le brouillard se lève et tu es de loin celui qui sait le mieux t’occuper du phare. »

Je suis debout face à Lucie, mes habits dégoulinant, les cheveux collés contre mon front et je ne sais plus que faire.

Mais Lucie sait, elle sait toujours tout.

« T’en fais pas. »

Elle s’approche de moi et m’embrasse sur la joue.

J’ai la chair de poule mais ce n’est pas parce que j’ai froid, c’est à cause d’elle.

« Luciole… »

Elle est encore à quelques centimètres de moi.

« Je suis petite je sais, mais ce n’est pas une raison pour en rajouter. » s’exclame-t-elle en riant.

Elle fait demi-tour et enfourche son vélo.

« A tout à l’heure et occupe toi bien d’Etoile ! »

Elle disparaît lentement derrière la brume et s’efface de ma vue. Pourtant je ne bouge pas. J’ai l’impression que ses lèvres humides sont encore collées contre ma peau.

« Luciole… »


     J’observe le ciel. En plus du brouillard qui m’empêche de voir à plus de cinq mètres à l’horizon des nuages bas planent au dessus de l’océan déversant une fine pluie.

Il y a dix minutes j’ai sonné la corne brume pour prévenir les bateaux du danger.

La côte en cet endroit peut être meurtrière pour les marins inattentifs et malgré tous nos efforts nous avons déjà vu s’échouer sur la plage des caisses de bois ou des naufragés.

Je tourne et retourne l’instrument dans mes mains. Je sais que je devrais être plus vigilant et ne penser à rien d’autre que faire mon travail du mieux que je peux. Mais c’est impossible, mes pensées voguent de Mika à Lucie comme si elles étaient à la dérives.

Où peut-il bien être ? Lucie l’a-elle retrouvé ? Mais surtout pourquoi Luciole, d’ordinaire si distante et en apparence si froide et vide pour un inconnu, a-t-elle fait cela ? D’accord je ne suis pas un inconnu, mais de là à ce que ses lèvres m’effleurent ! Non elle ne m’ont pas seulement frôlées, elles se sont posées sur ma joue, s’y sont appuyées pour s’en détacher ensuite…j’en tremble encore.

Evidemment pour un amoureux éperdu le plus petit regard est une délivrance, un retour d’amour. On cherche dans les recoins de chaque sourire la preuve que nous ne sommes pas seul à aimer.

Mais comment reconnaître le « bon » signe, alors que l’immense sourire du reporter était faux, alors que dans la rue tout le monde nous dévisage.

Comment savoir si c’est « le » regard, « le » sourire ?

Et c’est précisément cette question qui en cet instant me ronge de l’intérieur et m’empêche de me concentrer. On devrait interdire à un amoureux de travailler, il pense à tout sauf à son boulot.

Je me lève et descends dans la cuisine pour me rincer le visage. J’ai bien besoin de me rafraichir les idées, je dois avoir l’air d’un somnambule.

Je retourne ensuite dans la coupole. Quand il faut attendre autant le faire intelligemment.

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