Souffle Mots

Les feuilles mortes

4th novembre 2021

Les feuilles mortes

Salut à tous,

Voici un petit poème écrit en ce début de saison, dans le bus un matin en allant au travail.

Bye et bonne lecture !

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Les feuilles mortes


Elles tombent doucement,
Presque en noir et blanc,
Ces vies venues d’un autre temps,
De ces printemps oubliés,
De ces étés fanés
Qui s’en vont dormir à jamais.

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Une à une elles s’amoncellent,
Poussées par le vent, si frêles,
En petit tas contre les murs.
Ne pas déranger, ne pas être un fardeau.
Partir en fumée sans bruit, sans étincelles.
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Les vers viennent les ronger,
Leur corps petit à petit décomposé,
Les nervures brisées.
Enfant je n’aimais pas embrasser leurs visages ridés.
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On les piétine sans les regarder.
Ça craque sous nos pieds.
Et on se souviendra un jour, peut-être demain,
Qu’on aimait tant les prendre dans nos mains.
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Derrière, elles laissent des arbres à nu,
Emplis de solitude,
Des nids battus par la pluie,
Abandonnés.
Combien de feuilles dans une forêt ?
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Jusqu’au dernier instant avec dignité,
Elles ne tombent pas au sol, elles s’envolent.
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Des sillons rouges dans les rues,
Des tranchées au milieu des pavés,
Comme si nous n’avions pas vu l’automne arriver.
C’était ma saison préférée.
Puis on balaie les feuilles mortes.
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3rd août 2021

L’exode

Salut à tous !

Voici un petit poème écrit dans le train, entre Paris et Montpellier le 19 mars 2021 précisément.
En espérant vous retranscrire cette ambiance !
Bye et bonne lecture !
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L’exode

Je me souviens de la chaude tuyauterie des moteurs
Qui roulaient à pleine vitesse,
Quand on traversait la France dans un demi sommeil
Et que dehors tombait la neige.
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Lovés dans nos manteaux,
Coincés sous les bagages,
Nous laissions s’égrainer le paysage
Pendant que le temps cotonneux défilait sous nos pas.
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Depuis longtemps les vitres n’avaient pas été lavées
Marquées des souvenirs des tempêtes passées.
Après le pont, derrière les vallons,
Perdus dans cette fuite en avant.
Contre le temps.
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Enfoncés dans nos fauteuils, dans nos rêves
Les flocons laissent place aux doux rayons de soleil.
Sur les quais des noms surgissent, qu’on ne visitera jamais
Pas plus que ces âmes assisent à nos côtés.
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On s’installe, on s’étale.
Un casque, un livre, un oreiller,
Quelques odeurs de nourriture
Comme un arrière goût de nature.
Qui sait combien de temps le voyage peut durer ?
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Premier arrêt, le train ralentit.
Après un tunnel sous la montagne
Un fleuve sinue sous nos yeux éblouis.
Quelques vies s’égarent
Quand d’autres nous rejoignent.
Puis le train repart.
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Ballotés en silence par les rails,
Il flotte dans l’air une envie d’ailleurs,
Un besoin de vivre surplombant la peur.
Comme si l’arrivée signera le terme de la bataille.
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C’était l’exode.
Entre la honte et l’aliénation,
Grimés sous nos masque de chiffon,
Se cachant comme des déserteurs,
On voulait respirer
Quand d’autres étouffaient.
Il ne restait plus que quelques heures.
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