Souffle Mots

Luciole (4° partie).

9th janvier 2009

Luciole (4° partie).

Salut,

Oui, malheureusement les vacances sont terminées…et en plus, je suis partie de Marseille trop tôt :( J’aurai tellement aimé voir ma ville sous la neige…

Sinon les vacances ont été fructueuses et je suis parvenue à écrire trois poèmes en plus de la nouvelle dont je vous avais parlé, dont un participe à un concours, je vous le montrerai :)

Aujourd’hui je vous présente la quatrième partie de Luciole en espérant qu’elle vous plaira et vous intéressera autant que le début.

Bye et bonne lecture.

1- Première partie          6- Sixième partie

2- Deuxième partie         7- Septième partie

3- Troisième partie         8- Huitième partie

4- Quatrième partie        9- Neuvième partie

5- Cinquième partie

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Luciole

    Que s’est-il passé ? J’ai un trou noir. Je me souviens juste du petit et de la porte qui claque, puis plus rien. J’ai probablement dû pleurer avant de tomber d’épuisement. Je me frotte les yeux. Autour de moi il fait sombre. Combien de temps ai -je dormi ? Une couverture est posée sur moi. Je la retire silencieusement et me lève.

« Tu vas bien? » Lucie est assise sur son fauteuil, je ne le remarque que maintenant.

« Tu ne dors pas ?

 - Je voulais savoir comment tu allais. J’ai eu peur tu sais, tu n’avais pas fait de crise depuis longtemps… »

Je ne vois pas son visage mais je le devine. Elle a les traits tirés par la fatigue autant que par l’inquiétude, pourtant elle tente de me sourire. Elle est comme ça Lucie, jamais elle ne dévoilera ses sentiments. Mais je la connais trop bien pour me laisser abuser.

« Tu n’aurais pas dû… »

Cette phrase, elle l’a elle même prononcée deux ans après notre rencontre lorsqu’elle a découvert le pot aux roses. Je n’avais jamais voulu lui dire ignorant comment elle réagirait. « Pourquoi » m’a-t-elle demandé. Quand je lui ai expliqué que j’avais peur que cette révélation ne change son attitude et sa vision de moi, elle a juste répondu : « Tu n’aurais pas dû. »

Mais depuis je ne regrette pas de lui avoir dit : c’est bien de pouvoir partager les secrets, surtout quand ils sont lourds à porter.

Je me dirige vers ma chambre et ouvre la porte. Je suis prêt à le refermer lorsque je me retourne :

« Merci.

 - Bonne nuit. »

 

     Les jours suivants sont plus calmes. Je me détends et passe du bon temps à lire au soleil. Je montre Nuage à Lucie. Elle dit que c’est un jolie prénom, j’en suis fier.

Tous les weekends Mikaël vient nous rendre visite et cela arrive souvent qu’il dorme au phare.

Chaque samedi matin je guette son coup de klaxon (il se déplace tout le temps à vélo). Il ne parle pas encore mais cela ne l’empêche pas de faire du bruit. Il court sur les graviers, rit, patauge dans les flaques d’eau.

J’aime le prendre dans mes bras et le faire tourner en l’air, j’aime faire la course avec lui et me rouler dans l’herbe humide du matin en le chatouillant.

J’aime lui apprendre les rituels de la mer, les marées, le nom des oiseaux, j’aime le voir comprendre et j’aime quand il tend son petit doigt vers l’océan en souriant.

En fait je crois que j’aime ce gamin, parce qu’en semaine, lorsqu’il n’est pas là, son regard innocent me manque.

Bien sur je ne l’aime pas comme j’aime Lucie, c’est différent. On ne peut pas aimer de la même manière une femme et un enfant de six ans. Pour Lucie on peut appeler cela un désir et pour Mika plutôt de l’affection. Mais tout deux sont élevés à un tel degré que ça en devient de l’amour.

Tous les weekends je découvre sur le petit une plaie ou un bleu en plus, que ce soit sur les bras, les jambes ou parfois même le visage. Néanmoins je mets cela sur le compte du vélo. Il ne doit pas très bien savoir en faire ou alors il pédale trop vite et se déséquilibre facilement; c’est tout.


     Je cours après Mikaël. Il bondit de tous côtés pour éviter mes assauts infructueux et son rire emplit les alentours. Parfois j’accélère et me rapproche de lui mais dès que je tends la main pour l’attraper il détale encore plus vite et l’écart s’agrandit de nouveau. Je décide alors d’employer la ruse et pendant qu’il a le dos tourné pensant que je le suis, je me cache derrière un arbre et le guette. Il se retourne alors et me cherche du regard puis commence à faire marche arrière. Lorsqu’il n’est plus qu’à deux mètres de moi, je saute hors de ma cachette et lui saisit le bras.

D’habitude il se débat et repart en courant ou il fait semblant de se rendre pour que je déserre ma prise, mais là il s’arrête et une grimace de douleur tort son visage.

« Mika… »

De ma main libre je soulève la manche de sa chemise.

Tout son bras est meurtri, couvert d’ecchymoses et strié en de nombreux endroits par de longues marques rectilignes qui ont dû saigner récemment. Du premier coup d’oeil je comprends que c’est la même blessure que celle que j’ai soigné le soir où je l’ai trouvé.

Soudain l’enfant s’agite et s’enfuit vers Etoile.

Il ne s’est pas fait cela en vélo, j’en suis sûr. Une idée me traverse alors l’esprit mais je n’ose pas l’envisager et la formuler encore moins.

Je regarde Mikaël, son visage est de marbre et il est adossé à la porte. Je refoule au fond de moi toutes pensées et le rejoins.


     Les jours défilent et je pense de moins en moins à cet évènement…ou alors c’est que j’essaie de l’oublier.

L’été arrive à sa fin, les jours raccourcissent et il pleut plus fréquemment, mais cela n’empêche pas Mikaël de venir et moi de l’attendre.

Souvent lorsque le temps est couvert Lucie me prend par le bras pour que je m’abrite à l’intérieur. Je crois qu’elle a peur que je n’attrape mal.

Je ne saurais dire pourquoi mais Mika nous a rapproché Lucie et moi.

J’aime ma Luciole mais je suis trop timide pour aller vers elle et Lucie, même si elle est très attentionnée, reste pour une raison inconnue, toujours distante.

Néanmoins grâce à Mikaël nous mangeons désormais couramment ensemble et il nous arrive même de parler du petit à table.

Elle sait que je tiens beaucoup à lui et je ne le lui cache pas. Quel mal y-a-t-il à aimer un enfant ?

 

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1st janvier 2009

Luciole (3°partie).

Salut !

Tout d’abord j’espère que vous avez tous passé un bon Noël ainsi qu’un bon réveillon. Pour ma part je l’ai fêté tranquillement avec la famille et une amie.

Je vous souhaite alors à tous une bonne année 2009 (ça me fait bizarre de l’écrire…), plein de bonheur et de réussite dans quelque domaine que ce soit.

Sinon à Marseille tout s’est bien passé et j’ai même réussi à trouver le temps pour écrire une nouvelle (et oui, où que je sois je suis obligée d’écrire…).

Néanmoins je vous présente aujourd’hui la troisième partie de Luciole, car vu qu’il y en a à peu près dix il faut bien avancer :)

J’espère qu’elle vous plaira et n’hésitez à me dire ce que vous en pensez, anciens ou nouveaux visiteurs !

Bye et bonne lecture.

1- Première partie          6- Sixième partie

2- Deuxième partie         7- Septième partie

3- Troisième partie         8- Huitième partie

4- Quatrième partie        9- Neuvième partie

5- Cinquième partie

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Luciole

    De nouveau je suis étendu sur le sol, seul. Lucie et le petit sont partis au village juste après manger. Pensif je tortille un brin d’herbe. Cela m’arrive souvent d’être laissé en tête à tête avec Etoile et cette solitude temporaire ne me gène pas. J’aime le calme.

Je me souviens quand je suis arrivé au phare à dix-neuf ans j’ai passé la première année sans la compagnie ni l’aide de personne. Alors lorsque Lucie est arrivée, au début je lui en ai voulu : c’était une intruse.

Mais elle m’a rapidement prouvé qu’elle était très compétente…ou alors c’est que je suis tombé sous son charme trop vite.

Je me lève. Je n’ai rien à faire aujourd’hui à part surveiller le feu de temps à autres et je décide de continuer mon projet.

Je l’ai commencé il y a dix ans et je le poursuis chaque été à mon temps perdu. Il se tient fièrement à cent mètres du phare, à l’écart de la mer, et il semble infirme ainsi posé sur son treuil. Tous les hivers je le rentre à l’abri mais en cette saison je ne le protège que par une bâche. Ce n’est qu’un modeste voilier de petit taille mais il est tout en bois et je le trouve magnifique, probablement parce que c’est moi qui l’ai conçu. Je ne lui ai toujours pas trouvé de nom pourtant il ne me reste plus qu’à le peindre.

Je vais dans le hangar derrière Etoile où sont entreposés les vélos grâce auxquels on se rend au village et les outils divers dont nous avons besoin pour réparer le phare.

Je prends un pot de peinture blanche et un large rouleau puis resort.

A deux heures de l’après midi j’ai fini.

Je vais me confectionner un sandwich dans la cuisine puis reviens près du bateau et m’allonge.

Ne croyez pas que je fainéante, je réfléchis : il faut bien que je lui trouve un nom.

Mon regard se perd dans le ciel bleu tandis que je me torture l’esprit. Soudain un nuage passe et j’ai une illumination : Nuage. Ce voilier sera comme un nuage dans l’océan du ciel. Je me lève alors et inscrit sur la coque, son prénom en bleu.


     « Alors ça s’est passé comment ? » Lucie vient d’arriver et je l’aide à rentrer son vélo.

« Il a juste un gros rhume. Pas de quoi s’inquiéter. Je l’ai déposé au poste de police et ses parents devraient venir le chercher en fin de matinée. »

Elle a les cheveux en désordre à cause du vent mais ils sont toujours aussi beaux. Ils me rappelent les tempêtes d’hiver, incontrolables et mystérieuses. Mais Lucie n’est pas tout à fait comme la tourmente : elle est très silencieuse. On discute peu, même à table, et ça me convient très bien vu que je ne saurai quoi dire.

Le premier soir de son arrivée elle m’a annoncé : « On efface le passé, nos origines, nos défaites et on reprend tout à zéro. A l’instant même j’appartiens au phare et l’erreur n’est plus permise, cela tant que je travaillerai ici. D’accord ? »

Quand elle parle c’est presque toujours du travail. Certains pourrait croire qu’elle n’a que cela en tête mais je pense plutôt que c’est une facade. En fait j’en suis sûr. Il suffit de regarder ses sourires complices, son regard malicieux ou sa lèvre inférieur blanchire d’inquiétude car elle se la mort trop fort.

Jamais Lucie ne m’a parlé de son enfance, et moi non plus, mais ça m’est égal car c’est Lucie au présent que j’aime et le passé ou le futur n’y changeront rien.

Nous entrons dans le phare et nous nous affalons dans les fauteuils.

« Tu as dit au docteur qu’il ne parle pas ?

 - Oui. Il a répondu que c’est probablement dû à un choc psychologique. »

Elle a de petits yeux et semble perdue dans un autre monde.

« Je n’y avais pas pensé, lui dis-je, mais d’un côté c’est évident : c’est traumatisant pour un enfant de passer une nuit seul dans la nature. »

Je pivote vers elle : « Ca va? »

Elle relève la tête et me sourit : « Je suis juste fatiguée. Toute cette animation au village, je n’y suis plus habituée. A croire que tu déteins sur moi. » Elle rit. Je souris.


     Soudain les graviers s’entrechoquent, des pneus crissent, des portes claquent. J’entends des éclats de voix, des ordres jetés à la volé, le bruit du matériel que l’on déplace, que l’on monte.

Sans plus attendre je sors du salon en courant, contourne le phare et m’arrête près du hangar.

Deux camionnettes sont garrées en bordure du chemin. Il y a bien une dizaine d’hommes et de femmes, des journalistes armés de micro, des reporters avec leur bloc de questions, des machinistes qui sortent des caméras, des perches et d’autres instruments que je ne connais pas.

Je sens une main se poser sur mon épaule. C’est Lucie.

« Désolé, je ne savais pas. »

Un homme s’approche tout en continuant de donner des ordres à droite et à gauche. Arrivé à ma hauteur il me fait un grand sourire:

« Bonjour, je suis journaliste et je travaille pour… »

Je n’arrive pas à entendre ce qu’il dit, ma respiration s’accélère et je transpire.

« …d’accord d’être interviewer pendant cinq minutes… »

J’entends Lucie répondre quelque chose. L’homme acquiesse puis fait demi-tour et crie : « Allez on se dépèche, on a une demi-heure pour boucler cet article ! »

Je tremble et ce n’est pas parce que Lucie est près de moi et qu’elle me tient le bras.

Une petite voiture s’arrête et une femme en descend. Elle est grande et robuste. « Dehors ou je t’enferme, je ne vais pas t’attendre ! » Elle a le visge dur et une voix grave.

Un enfant sort tête basse. Sa mère le prend par la main et se dirige vers nous.

« C’est lui. » Me murmure Lucie. Sur le coup je ne le reconnais pas mais quand il relève le menton il me sourit, et chaque sourire est unique.

« Alors petit. » Il se jette dans mes bras.

« Mikaël, reviens ici tout de suite. » La femme se tourne vers moi : « Je m’excuse monsieur, il n’obéit jamais et n’en fait qu’à sa tête. Mais je vous remercie de l’avoir sauvé. Il ne m’a pas écouté et il s’est perdu. » Elle lui agrippe le bras : « J’espère que ça te servira de leçon. » L’enfant acquiesse.

« Où est son père ? demande Lucie près de moi.

 - A Paris. Il y a quatre ans il m’a quitté me laissant m’occuper du gosse seule. Il travaille beaucoup et n’a jamais le temps de voir son fils. » Sa voix est froide tout comme son regard.

Soudain l’équipe de tournage m’encercle, une caméra devant, un preneur de son à droite, une perche au dessus de moi et un journaliste à ma gauche. Lucie s’écarte…

« Nous allons interviewer Monsieur Erwan… »

Je ferme les yeux pour me calmer.

« Pouvez-vous nous raconter comment vous avez sauvé cet enfant ? »

J’ouvre les paupières. Ils sont tous autour de moi, ils me fixent.

« Monsieur ? »

Je craque.

Je fais volte-face et fuis vers Etoile tout en bousculant deux personnes sur mon passage.

Autour de moi le brouhaha est infernal, des mains essayent de me retenir, d’autres s’écartent apeurées.

J’ai la tête qui tourne. Au loin j’entends la voix de Lucie; elle doit surement leur expliquer.

J’entre dans le phare et claque la porte derrière moi.

Enfin le silence. Je souffle. Même si le calme n’est pas parfait, ça y ressemble. Je me laisse glisser contre le mur et m’assoie.

Il faut que j’essaie de me calmer mais ce n’est pas facile. Je regarde autour de moi et me raccroche à chaque élément familier. La petite lampe posée près de mon fauteuil, la maquette de bateau sur le buffet, la table basse soutenant nos deux verres d’eau…

La poignée de la porte bouge.

« Qui-est-ce ? » Pas de réponse. J’inspire un bon coup, me lève et vais ouvrir. J’ai confiance en Lucie elle n’ameutera pas les reporters devant le phare, elle me connaît.

Lentement le visage interrogateur du petit apparaît. Il me fixe. Je le fais entrer et referme la porte derrière lui.

De nouveau je m’adosse au mur et le serre contre moi.

« Alors comme ça tu te nommes Mikaël. » Il acquiesse.

« Moi c’est Erwan. » L’enfant pose sa tête sur mon épaule et je lui caresse les cheveux. Au bout d’un moment il se lève et pointe du doigt la porte.

« Non Mika, je ne sortirai pas. » Son regard me questionne.

« Je suis ochlophobe. J’ai peur de la foule, et c’est l’unique réponse. »

Il cligne des yeux puis repart comme il est venu. J’enfouis alors mon visage dans mes mains tremblantes. J’ai honte.

 

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11th décembre 2008

Luciole (2°partie).

Salut !

Ce week end je pars à Paris visiter l’Unesco, ce serait enfin de vrais jours de repos…mais j’ai peur des grèves qui pourraient tout compromettre.

J’ai décidé de vous poster "Luciole" toutes les semaines environ parce que je sinon j’en ai pour quatre mois !

Mais ne vous inquiétez pas, j’alternerai avec d’autres textes au cas où ça ne vous plaise pas.

Je vais maintenant laisser la parole à Erwan :)

Bye et bonne lecture.

1- Première partie          6- Sixième partie

2- Deuxième partie         7- Septième partie

3- Troisième partie         8- Huitième partie

4- Quatrième partie        9- Neuvième partie

5- Cinquième partie

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Luciole.

 

    La porte s’ouvre et je pénètre dans la pièce. Mes yeux s’habituent lentement à l’obscurité tandis que j’observe chaque recoin et chaque objet. Je n’ai jamais pénétré dans la chambre de Lucie et ça me fait bizarre de la voir dormir. Normalement quand j’ai besoin d’elle, je toque et elle sort. Mais là je ne sais ce qui m’a pris je suis entré.

Posté devant son lit je la fixe. Sa respiration est calme et elle est roulée dans sa couette. Ainsi allongée elle a l’air encore plus petite que d’habitude et j’ai envie de la prendre dans mes bras.

Je fais le vide dans ma tête, ce n’est pas pour ça que je suis venu.

« Luciole…c’est Erwan. »

Elle ouvre doucement les paupières et se tourne vers moi toujours à moitié endormie.

« S’il te plaît tu peux venir j’ai un problème. »

Au son de ce dernier mot elle se lève brutalement et s’assied au bord du lit.

« Erwan, c’est toi?

 -  Oui Lucie. Je suis désolé de… » Elle ne me laisse pas le temps de terminer ma phrase et poursuit sans attendre.

« Qu’y-a-t-il ? Le feu s’est éteint ? »

Je n’aime pas la voir s’inquiéter ainsi mais je suis incapable de lui mentir : « Non. Pire. »

Soudain elle m’agrippe le bras:

« Tu vas bien au moins ? »

J’ai mal au ventre et je tombe de fatigue. Pourtant je lui souris et tout en l’emmenant hors de la pièce je lui explique : « Ce n’est pas de moi dont il est question. »


     Ma chambre est assez sombre : un lit, une commode pour ranger mes vêtements et une petite bibliothèque où sont disposés des livres relatant de la mer, des récits de voyage que j’affectionne particulièrement et quelques objets maritimes auxquels je fais toujours très attention.

Cette nuit il y a deux chaises en plus : celle sur laquelle je suis assis et celle sur laquelle Lucie est assise. L’enfant est dans mon lit et il dort désormais paisiblement.

Sa température a baissée mais j’ai laissé un gant mouillé sur son front après avoir désinfecté et pansé ses plaies.

« Pauvre petit… » murmure Lucie tout en caressant affectueusement les cheveux de l’enfant.

« Tu sais comment il s’appelle ? » Ne sachant pas je me tais. Depuis que je l’ai trouvé même éveillé il n’a pas dit un mot. Je me tourne vers Lucie :

« Est-ce que tu pourrais l’emmener chez le docteur pendant que je garde le phare ? Ce n’est probablement que de la fatigue mais ça m’inquiète. Il a tout de même trente-neuf de fièvre et plusieurs hématomes. Et puis ce n’est pas normal de le trouver ici au milieu de la nuit. Ca me rassurerait si… »

Elle me prend la main. Je me mets à trembler. C’est la fatigue qui me fait cet effet ? La peur ? Ou l’émotion ? Peut -être les trois à la fois.

« Va dormir. » Je la regarde étonné. « Ce n’est pas à trois heures du matin que je vais descendre au village, le cabinet sera fermé. De plus l’enfant dort et pour l’instant il va bien. Ne t’inquiète pas je m’occupe de lui. »

Et bien sur, je ne peux pas lui dire « non ».


     Le lendemain quand je réveille je suis assis dans le fauteuil du salon, éclairé seulement par la faible lumière du jour qui perce à travers la fenêtre.

Le temps de me remémorer ce qui s’est passé durant la nuit et je suis debout.

Tout à coup j’ai honte d’avoir laissé Lucie veiller toute seule sur le gamin, cela aurait dû être l’inverse.

Je sors de la pièce et pénètre silencieusement dans la chambre. La porte grince. Je serre les dents et me glisse dans l’entrebâillement.

Lucie dort, le menton appuyé sur ses genoux recroquevillés. J’ôte mon blouson et le lui pose sur les épaules. Je me tourne ensuite vers le lit. Vide.

Mon coeur fait un bond dans ma poitrine tandis que je fais volte-face, effrayé que l’enfant puisse s’être enfuis. Je ferme les yeux, soulagée : il est assis au bord de la fenêtre.

« Tu m’as fait une de ces frayeur. » lui dis-je. Il se tourne vers moi et me désigne la mer.

« Tu veux aller la voir ? » Il me sourit.

« Viens j’ai encore mieux. » Je le prends alors par la main et on sort sur la pointe des pieds.


     « Tu t’appelles comment ? » Il ne répond pas : il observe l’océan. Nous sommes au sommet du phare et il est assis sur mon épaule.

Je lui ai donné un aspirine et je l’ai douché, mais quand j’ai voulu lui trouver un vêtement à sa taille il était trop impatient de monter et je lui ai alors enfilé une vieille chemise à moi qui lui arrive aux genoux.

Je le dépose délicatement par terre.

« Désolé je dois travailler. Mais si tu veux m’observer tu peux. »

Il s’assied dans un angle et ses petits yeux innocents me fixent tandis que je commence ma vérification journalière.

Je contrôle d’abord le feu, puis j’analyse l’optique. On ne dirait pas mais cela prend du temps. C’est un travail minutieux qu’il ne faut pas considérer à la légère car si un élément du système défailli on a de gros problèmes.

Ensuite je surveille l’horizon et la visibilité en m’assurant que les autres phares et balises fonctionnent correctement.

Le petit ne me lâche pas du regard, probablement plongé dans l’âme d’Etoile comme je le suis si souvent. Il est calme et ne pose même pas de questions, c’est rare pour un enfant.

« Comment es-tu arrivé ici ? » Aucune réponse. Je me tourne face à lui.

« Tu sais parler ? » Il cligne des yeux. Je prends cela pour un « oui ».

« Alors pourquoi restes-tu muet ? » Il a le regard vide. J’ignore s’il a entendu ma question. Je m’approche de lui, inquiet, et le soulève pour le prendre contre moi. « Ne t’inquiète pas, ce n’est pas grave. On va t’emmener au village et tu iras mieux. »

Il croise les bras autour de mon cou.

« Tu habites là-bas n’est-ce pas ? » Il acquiesse. « Tes parents vont être contents de te revoir ils ont dû se faire un sang d’encre. »

Tandis que je me dirige vers la porte la poignée de cette dernière se baisse et la tête de Lucie apparaît : « Le petit déjeuner est prêt ! »

Je lui souris. L’enfant aussi.

 

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5th décembre 2008

Luciole (1° partie).

Salut !

Aujourd’hui je vous présente le début d’une histoire que j’ai écrite durant les vacances (vous savez, celle qui m’a pris des semaines à corriger…). Elle se décomposera en dix parties je pense. Ce qui est bizarre c’est que, comme presque tous mes textes, je ne me souviens pas comment l’idée m’est venue; probablement grâce aux vacances chez ma tante en Bretagne. Mais c’est comme essayer de ce souvenir de ce que l’on voulait dire avant de l’oublier, je tente toujours de remonter à la source des idées mais n’y parviens jamais. C’est gênant parce que quand je veux inventer d’autres histoires je ne sais pas d’où partir…

Normalement je vous avais dit que je voulais auparavant vous donnez l’épilogue du conte Le gland qui voulait devenir grand mais je n’ai pas eu la force de l’écrire ces derniers temps, ma plume voyageant dans d’autres contrées. Néanmoins je pense le faire un moment, mon père me le réclamant bien souvent ;)

Avant de vous poster ce récit je l’ai montrer à ma prof de français et elle m’a dit qu’il faudrait mieux rajouter une prolepse (et je l’en remercie). C’est pourquoi après avoir suivis ses conseils je peux vous la présenter :)

Bye et bonne lecture.

1- Première partie          6- Sixième partie

2- Deuxième partie         7- Septième partie

3- Troisième partie         8- Huitième partie

4- Quatrième partie        9- Neuvième partie

5- Cinquième partie

 

 

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Luciole.

 

    Pas un bruit. Pas un mot. Juste mon bateau sur le bord de la plage.

Je n’attends pas qu’il s’arrête et saute dans l’eau. Le froid m’agrippe mais je résiste et commence à courir sur la grève.

Lentement le brouillard m’entoure et à chaque expiration de la buée se forme devant moi. Pourtant mon esprit est très clair.

Je pousse la porte.

Soudain telle une vague tous les souvenirs refluent et me submergent. Tandis que mon regard balaie la pièce ma mémoire fait marche arrière. Inconsciemment je remonte les jours, les mois et les années…cela fait si longtemps que je ne suis pas venu ici.

Petit à petit les brides du passé se reconstituent et m’entraînent avec elles.

J’ai néanmoins le temps de l’apercevoir. Elle est assise à la même place que d’habitude et j’ai l’impression que rien n’a changé.

Je lui souris.

« Luciole… »


    « Si tu étais un objet que serais-tu ? » Avait demandé la maîtresse. Sans hésitation j’avais répondu : « Une lampe. »


     Je m’appelle Erwan et je suis gardien de phare. J’ai commencé ce métier il y a quinze ans; j’avais alors dix-neuf ans. A cet âge là on ne pense normalement qu’à sortir avec les filles et à s’amuser, mais j’étais différent. Et à cet âge là, les autres ne comprennent pas que l’on puisse être différent…

Le phare qui m’a été affecté est situé sur une presqu’île de Bretagne et je l’ai alors nommé Etoile. Il est magnifique, tout en pierre avec une petite porte rouge. Il fait vingt mètres de hauts et se termine par une coupole de verre dans laquelle est située une lanterne dont la lumière éclaire les alentours à des kilomètres.

J’habite au rez-de-chaussé avec Lucie mais nous avons deux chambres à part. Un jour Lucie m’a posé une question : « Si je te disais que ce soir tu dois quitter le phare, m’écouterais-tu ? »

Je ne me souviens plus si je lui ai répondu, la réponse était tellement évidente : Jamais.

Jamais je ne quitterai mon Etoile. Les dures journées à essayer de réparer une fenêtre pour qu’elle se brise de nouveau le lendemain, les heures passées à entretenir l’optique, à surveiller l’horizon, le rituel d’allumer le feu, le bruit des vagues qui s’éclatent contre la pierre, l’inquiétude devant la tempête, les soirs d’été à lire face à la mer…c’est ma vie !

Mettez moi ne serait-ce qu’une semaine à Paris et je me jette dans la Seine. Certains disent que je suis fou, mais pas Lucie car même si elle n’est pas comme moi elle me comprend.

Lucie c’est ma coéquipière depuis quatorze ans. Je l’appelle souvent Luciole car elle illumine ma vie. Elle est toute petite, 1 mètre 55, mais elle a un doux visage, un sourire rayonnant, des yeux couleur océan et de longs cheveux noirs bouclés qui roulent sur ses épaules tels des vagues.

Parfois on dirait une enfant pourtant elle a trois ans de plus que moi et un fort caractère. Depuis que je la connais je ne l’ai jamais vu énervée. Quand quelque chose ne lui convient pas elle le dit et il y a tellement de fermeté et d’assurance dans sa voix que je l’ai toujours écouté…ou alors c’est que je n’arrive pas à lui dire « non ».

Vous comprenez je l’aime. Bien sur elle ne le sait pas et elle ne le saura jamais. C’est un secret entre moi, mon phare et l’océan.

Parfois je parle d’elle à la mer et elle ne s’en doute pas, elle voit juste un homme assis au bord de la grêve. Je lui parle de ses petites mains qui m’effleurent de temps à autres sans le vouloir et de son rire cristallin lorque je m’arrête net trop surpris. Cela fait quatorze ans que l’on vit ensemble, quatorze ans que je l’aime et malgré ces quatorze ans je ne me suis toujours pas habitué à son touché. Quand je travaille tard le soir et qu’elle m’attrape le bras pour m’inciter à aller me reposer dans ma chambre, elle se retrouve à moins de dix centimètres de moi et je ne peux pas m’empêcher de la fixer bêtement. Heureusement ça ne dure pas très longtemps, du moins pas assez pour qu’elle ne comprenne.

Parfois je me demande : « Et si je devais choisir entre elle et Etoile ? » Mais je n’ai jamais eu à choisir et c’est mieux comme ça.


     Tandis que je réfléchis à ma vie, le soleil décline à l’horizon et je suis adossé à la petite porte rouge du phare. Lucie dort, elle a eu une journée éprouvante, moi aussi. C’est l’été et les tempêtes se font rares. On n’en profite alors pour remettre le phare à neuf. Aujourd’hui j’ai repeins la porte et Luciole est allée faire des courses. On a toujours vécu chacun de notre côté, c’est peut être pour ça qu’elle n’a jamais rien remarqué. Je secoue vigoureusement ma tête: « Arrête de penser à elle ça ne sert à rien. » Je lève alors les yeux et mon regard se perd à l’horizon. L’herbe verte, les galets et l’ infiniment bleu… C’est beau la mer, en fonction du moment de la journée elle n’a pas la même couleur.

Mes paupières commencent à se fermer, je suis si fatigué. « J’aimerais bien regarder un coucher de soleil avec Lucie… » Mais dans mon esprit la nuit se fait et je m’endors.


     Soudain je me réveille en sursaut : des pas. C’est vrai, quand on dort à la belle étoile ce n’est pas les bruits qui manquent. Seulement je les connais tous : le lent reflux des vagues sur les graviers, le chant des grillons, le cri des oiseaux, le vent dans les feuilles des arbres, ou le grincement des volets. Il y en a une multitude et tous me sont familiers. A vrai dire ce n’est que ce son me soit inconnu, je l’entends tous les jours. Disons plutôt qu’il ne devrait pas être là à une heure du matin. Je me lève sans plus attendre et me dirige vers l’origine du bruit.

Je n’y crois pas. Je dois rêver. Je me frotte les yeux. Mais c’est bien vrai, l’enfant est toujours là étendu sur le sol. Il fait nuit et je n’y vois pas grand chose. Néanmoins je sais qu’il n’a pas plus de six ans: il est tellement petit. Je suppose également que c’est un garçon, il a les cheveux courts.

Mon coeur se met à battre très vite et très fort et je fais des efforts pour ne pas trembler. Est-ce cet enfant qui m’effraie ? Ou est-ce « Pourquoi cet enfant est là » qui m’effraie ?

J’avance lentement vers lui sans faire le moindre bruit. C’est stupide je devrais courir mais je n’y arrive pas : j’ai peur.

Alors que je me rapproche je le distingue mieux. Il a les vêtements mouillés en certains endroits et des griffures sur le bras droit. Elles sont récentes, quelques heures tout au plus. Il grelotte et ses dents s’entrechoquent mais il n’a visiblement pas la force de se rouler en boule. Ses pieds nus sont boursouflés et coupés en de nombreux endroits.

Tandis que je m’accroupis à ses côtés je remarque qu’il a les yeux rouges et que ses joues sont humides.

« Pourquoi pleures-tu ? » Cette question est inutile me dis-je : il a mal, il a faim, il a froid, il est fatigué, il est seul et il est triste. Mais j’ai besoin de lui parler. « Ne t’inquiètes pas gamin. » Je passe ma main sous sa tête brulante puis le prends dans mes bras.

Et vous savez, il s’est accroché à moi.

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24th août 2007

Lien Invincible

Salut!

Voilà, avant de repartir une semaine en vacances (quoi que j’y suis déjà), je vous poste un texte que j’ai écrit cette année il y a quelques mois. Il se rapporte à WOW mais j’espère que vous comprendrez. Petit rappel: Raz de Néant, Un Goro, Teldrasil et Gangrebois sont des régions D’Azeroth dont j’ai décrit si nécessaire dans le texte. Ma région d’origine est Teldrasil, une magnifique île forestière peuplées par les elfes de la nuit. Ragnaros est le Seigneur du Feu qui réside au Cœur du Magma, mais cela n’a pas trop d’importance, c’est juste un gros méchant que ma guilde et moi avons vaincu. Si vous ne vous souvenez pas trop de l’histoire de Talisman, il est judicieux de retourner lire "Histoire de Talisman" dans ce blog quelques pages avant. Si vous avez des questions n’hésitez pas.

Bonne lecture.

Liens invincibles

Je suis assise sur un rocher parmis tant d’autre peuplant cette zone aride et déprimante nommée Raz de Néant. Chaton dort à mes côtès se sachant en sureté auprès de moi et je n’ose pas le réveiller; lui aussi à mérité du repos après notre course effrénée vers la connaissance ultime. Alors pour passer le temps je replonge dans mes souvenirs. Teldrasil me manque tout comme l’innocence m’entourant à cette époque. Aujourd’hui mes armes sont baignées de sang et même si elles ont combattu une juste cause j’en ai honte. Certains à qui j’ai ôté la vie ne méritaient pas de mourir. Peut-être ressemblaient-ils à un ennemi que j’avais l’ordre d’assassiner… Désormais mes yeux me guident tandis que cela devrait être mon coeur. La paix pour régner a besoin que des gens innocents se sacrifient. C’est injuste, ceux là n’ont rien choisi, ils suivent simplement leur destin. Moi, j’ai défié le mien et j’ai gagné car nous étions deux contre lui…

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20th juillet 2007

Griffe d’Argent

Salut!

Voici ma dernière nouvelle, assez longue je l’avoue. Elle a un rapport avec WOW mais pas trop important pour que tous puisse comprendre. Il faut juste que vous sachiez que les maîtres des griffons sont des personnes qui s’occupent de faire voyager les aventuriers à dos de griffon d’une région à l’autre. Et dans WOW, les joueurs ont eu avec l’extension (Burning Crusade) la possibilité d’acheter au niveau ultime, un griffon qui obéi à nos ordres (en gros on peut se balader de partout avec lui).

Bon, fini le papotage "inutil", dîtes moi ce que vous en pensez… n’hésitez pas :)

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Griffe d’Argent

 

La soirée débutait à peine mais le bar était déjà rempli et plein de vie. Bizarrement, nul ne parlait sauf un vieil homme rabougri que tous écoutaient. Tous les aventuriers le connaissaient, et pour sur, c’était le maitre des griffons d’Ironforge. Il était assis près de l’âtre, une bière à la main, et parlait de sa voix grave et tonitruante comme l’aurait fait n’importe quel conteur. Les enfants étaient allongés par terre, formant un cercle autour de l’ancêtre, et ils ne manquaient pas un mot du vieillard. Mais ils n’étaient pas les seuls car il y avait également des hommes dans la fleur de l’âge qui tels des grands frères se tenaient debout autour des enfants; et des personnes âgées qui petit à petit avaient tiré leur chaise pour se rapprocher du groupe. « La plupart d’entre vous ont déjà volé à dos de griffons et certains en possédent même un, mais sachez qu’il n’en a pas toujours été le cas et qu’à une époque, ces bêtes étaient sauvages. » Le vieillard but une grande gorgée en prévision d’un long récit puis poursuivit: « Il y a une histoire dont je voulais vous faire part car non seulement elle est vrai mais surtout elle fait partie de votre passé et vous vous devez de la connaitre. Tout commence dans une région reculée d’Azeroth, encerclée de toute part par les montagnes et l’océan et qui est souvent négligée des guerriers. Un paysage, magnifique par sa simplicité et sa douceur recouvre encore les Hinterlands. Là bas, se tient une forteresse accrochée à la paroi des falaises. Il y a bien des générations, lorque ni vous ni moi n’étions nés, régnait en ce domaine un roi dont le nom a fini par se perdre. Cependant son fils, lui, a marqué les esprits et a défié le temps. Son nom était Griffe d’Argent.

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