Souffle Mots

Prise de la Bas-Brille.

28th octobre 2009

Prise de la Bas-Brille.

Salut !

Enfin les vacances de la Toussaint ! Un peu de répit (quoique avec les devoirs…).

Je vous présente aujourd’hui un récit écrit il y a environ deux mois.

J’espère qu’il vous plaira,

Bye et bonne lecture.

 

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Prise de la Bas-Brille.

 

    Le monde défile sous mes pieds qui ne m’obéissent plus. Derrière ; des bras, des encouragements me forcent à avancer. Devant; des clameurs, des insultes m’éclaboussent au visage.

Et moi, le centre de ce tumulte ; je ne sais même pas pourquoi.

Je n’appartiens plus à personne et je n’ai désormais de foyer nulle part. Cette ville dans mon dos n’est plus mienne, la campagne qui me fais face m’est inconnue.

Je suis entre deux mondes, entre ici et là-bas, entre la vie et la mort. L’avenir m’effraie.

Cela fait quelques jours que Brille, la capitale, est encerclée. Mais ce ne sont pas des étrangers qui nous assiègent, ce sont nos paysans, les modestes villageois des communes alentours.

La foule hystérique court à ma rencontre et m’agrippe sans ménagement par mes habits.

Je ne suis qu’un enfant et pourtant le maire m’a dit que tout reposait sur mes épaules. Dans un sens il n’avait pas vraiment tord… Désormais des dizaines de mains inconnues sont posées sur moi. Elles me frappent.

« Vous nous avez empoisonnés ! »

J’allais à l’école . Je n’ai rien fait.

« Gredins ! Vous vous enrichissez sur notre dos, sur notre santé ! »

Je n’ai jamais touché que l’argent de poche que mes parents me donnaient.

« Vous avez tué la Terre avec vos poisons ! »

J’ai beau nier personne ne m’entends. Le doigt crochu d’une femme se glisse contre mon cou.

« Tu savais gamin que pendant que tu t’empiffrais de bonne nourriture on bouffait des produits chimiques ? »

Elle ressemble à ma mère…

« Mais ce que t’ignores c’est que le sang d’un gosse de riche, comme toi, peux purifier la Terre et nous sauver. »

Son rire est glaçant. Je me bouche les oreilles. J’ai peur de comprendre ce qu’elle insinue.

Soudain deux yeux m’interceptent. C’est une enfant en haillon assise sur le bord de la route. Étrangement son regard ne comporte aucune trace de haine mais seulement de la compassion. Pourquoi ? Que vont-ils me faire ? Je ferme les yeux, je ne veux pas affronter la vérité, je ne veux pas grandir trop vite…

Mais tandis que je sens que l’on m’emporte j’entends un bruit qui n’est ni un cri, ni un juron, ni un rire.

Elle sanglote. Je sais que c’est elle au bord de la route. Alors, avant de perdre connaissance, une pensée réconfortante m’effleure le cœur : je ne serai pas le seul à pleurer.

 

     Un enfant. Pourquoi…

De nouveau les bruits se rapprochent précédant la foule enragée. Mais que croyaient-ils, qu’ils allaient pouvoir effacer un crime avec un autre crime ?

Les villageois se ruent vers les portes closes de la ville et attaquent avec leur armes. Pensaient-ils qu’il suffisait de le sacrifier pour étouffer une colère millénaire ?

La porte tombe en morceaux et laisse entrer une mer de fureur.

Ne savaient-ils pas que leur horrible machination ne pourrait éternellement passer inaperçue ?

Tandis que, sur le trottoir, l’enfant s’est levée,le peuple en folie pénètre dans la ville.

Tous les jours, assise en tailleur sur sa parcelle de béton elle a vu s’approcher les prémices d’une révolution.

Tous les jours des dizaines de camions sortaient de la ville contenant des produits chimiques sous bien des formes, que ce soit celle de la nourriture ou des engrais.

Le poison s’est répandue; contaminant lentement les Hommes et la Terre et les liant ensemble, les poussant vers un tragique destin. Tous les jours l’enfant a regardé la mort arriver.

Et tout ceci a été commandé par une unique personne que peu connaissent mais dont tout le monde sait l’existence : le directeur de la Bas-Brille, usine de production massive située sous terre afin de rejeter plus facilement à l’extérieur de la ville leur déchets et toxines à l’aide de longs tuyau et réseaux souterrains.

Il leur fallut beaucoup de temps pour comprendre mais un jour les villageois se sont rendu compte et leur colère déferle telle la marée sur la grève…

Sous le regard triste de la petite fille, pieds nus sur les décombres de la grande porte, la foule détruit chaque commerce, chaque habitation avant de s’engouffrer sous la terre pour ravager et prendre possession de la Bas-Brille.

Et comme elle l’a entendue quelques heures plus tôt la fillette perçoit à nouveau les cris de douleur des citadins pris au piège se mêlant à ceux des pauvres villageois se dressant face à des armes mortelles.

Petit à petit l’enfant fait demi-tour et s’avance vers le cœur de son village. Dans toutes les rues qu’elle traverse il ne reste plus qu’elle. Elle a du mal à marcher, elle semble épuisée et se tient contre les murs, s’arrêtant de temps à autre pour tousser car, comme tout le peuple, elle n’a pas été épargnée et elle sait qu’il n’existe aucun remède.

A chaque quinte de toux la main devant sa bouche se couvre d’étranges tâches de sang.

Après de nombreuses minutes éprouvantes et sans fin l’enfant parvient enfin sur la place centrale du village. Plusieurs fois son regard se porte de droite à gauche mais n’y a ici rien de ce à quoi elle s’attendait.

En réalité ce lieu est vide, exempt de toute trace de vie. Mais la petite fille semble avoir vu quelques chose car elle s’avance doucement vers le centre de la place. La nuit est tombée et seules les étoiles éclairent le village aidé de peu réverbères solitaires. Au milieu, sous un faible halo de lumière est née une fleur. Elle se fraie un chemin parmi les pierres et les dalles, douloureux souvenir d’un enfant jeté en pâture à un peuple déchainé.

Près de la jeune pousse l’enfant s’accroupit et la couvre de ses mains tout en murmurant : « Une fleur ne peut purifier à elle toute seule un monde mais elle peut redonner un peu d’espoir. Pardonne-moi petit garçon, il y a dans ce monde plus d’innocents que de coupables mais nous ignorons tous la frontière entre l’un et l’autre. Je me demande bien, inconnu, comment d’un unique regard j’ai pu devenir coupable de ta disparition et de celle de toute ta ville. Je ne connais pas ton nom mais permet moi de t’appeler Bas-Brille car tu as été pendant quelques instants son incarnation. »

La petit fille prend alors la fleur de Bas-Brille dans ses mains tachées de sang tandis qu’elle sectionne délicatement la tige et soudain la fleur se couvre d’épine.

« Tu as raison enfant innocent de te protéger de mon sang empoisonné, il ne faudrait pas que tu te fanes. »

Elle s’allonge alors sur le sol, épuisée, après avoir soigneusement placé la fleur dans ses cheveux.

« Merci Bas-Brille; personne ne m’avait jamais offert de fleur. »

Et tandis que la petite fille s’endort Brille se transforme lentement en forêts d’arbres et de ronces alors qu’un peu plus loin sur l’ancienne place du village, bientôt, deux roses rouges se feront face.

 

 

 

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24th septembre 2009

Sy’tème.

Salut !

Pour sûr les cours ont bien repris…les contrôles s’alignent et le temps d’écriture diminue. Ces deux dernières semaines j’ai été obligée de fractionner un poème en de nombreux morceaux (chose que j’affectionne peu). Il y a quelques jours j’ai lu Messieurs les enfants de Daniel Pennac (un vrai rush pour le terminer avant la vague de devoirs) et ces derniers jours j’ai commencé Candide de Voltaire pour le français…c’est complètement différent.

Enfin, aujourd’hui je vous présente un récit proche du conte écrit cet été. C’est une idée que j’ai reprise de l’hiver précédent mais que cette fois-ci je suis arrivée à traiter tel que je le souhaitais.

Bye et bonne lecture.

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Sy’tème.

 

    Il y a des milliards d’années un Soleil naquit et il a des milliards d’années une petite planète tellurique vit le jour que l’on nomma Terre.

Leurs vies étaient vouées à se mêler, se rencontrer mais si c’était la volonté du destin ou le simple hasard, nul ne le sut et nul ne le saura jamais. Quoiqu’il en soit cette alliance n’arriva pas toute seule et fut orchestrée par deux êtres étranges : l’un s’appelait Nadiron, fils du Soleil et l’autre, fille de la Terre, portait le doux prénom d’Aïga.

Ces enfants du Ciel ressemblaient en de nombreux points aux Hommes que nous sommes aujourd’hui bien qu’étant plus grands et ayant de magnifiques yeux couleur d’or. Néanmoins ils n’étaient pas non plus tout à fait semblables aux humains car ils avaient au fond d’eux des sentiments que nul Homme ne pourrait comprendre. Ces êtres ne ressentaient pas la douleur et jamais ils n’avaient versé une seule larme mais ils ne connaissaient pas plus le bonheur et pas une fois leurs yeux n’avaient scintillé de joie.

 

     Un jour à une date très éloignée, Nadiron posa ses pieds nus sur le sol pierreux de la Terre mais à la pensée de la mission que le Soleil lui avait confié son cœur resta vierge de tout voile de tristesse.

La planète sur laquelle Nadiron venait d’arriver était extrêmement convoité par l’astre, son père. Il souhaitait en réalité l’asservir et la transformer en simple rocher sans vie. Il avait d’or et déjà par le biais de son fils réduit en esclave les autres planètes du Système et nul n’avait résisté au pouvoir de Nadiron; ni le géant, enfant de Jupiter, ni la beauté séductrice de la fille de Vénus.

Alors en ce jour, l’ordre qu’avait reçu Nadiron pour sa dernière mission était des plus clairs : Tuer Aïga, fille de la Terre.

Pour ce faire Nadiron n’avait pas d’armes, du moins pas celles que nous connaissons. Il disposait juste de ses mains et de son corps tout entier car, pour reprendre la vie, il lui suffisait de toucher et tout être serait réduit en cendre.

 

     Cependant les choses se déroulent rarement comme on l’espère la vie, ne tenant souvent qu’à une réaction chimique au fond de notre cœur, une étincelle ou à un coup de foudre…

Lorsque le regard de Nadiron plongea sans peur dans le lac d’or des yeux d’Aïga, soudain le monde bascula. Tandis que la jeune fille était éblouit par la force et l’éclat de l’étranger ce dernier découvrit la beauté de l’innocence et de la simplicité, il découvrit la vie et l’espoir tel qu’il ne l’avait jamais vu: Aïga et Nadiron découvrirent en chacun le bonheur et l’amour.

Alors, après que Nadiron ce fut approché d’Aïga il s’arrêta à quelques pas d’elle et déclara de sa puissante voix :

« Ne me touche surtout pas. »

Mais la jeune fille continua d’avancer jusqu’à n’être qu’à quelques centimètres de lui.

« Pourquoi ?

 - Embrasse moi simplement de ton regard. »

En cet instant le Soleil passait au zénith et au même moment une voix s’éleva dans le coeur de Nadiron surpassant le chant de l’amour :

« Hâte-toi mon fils d’accomplir ta tâche ou mon courroux sera grand. Je te laissa encore quelques heures mais pas plus. Fais-vite ! »

Lorsque la voix fut retombée Nadiron fit volte-face, se détournant bien malgré lui de la splendeur des yeux d’Aïga pour aller s’asseoir sur un rocher.

Quand la jeune fille s’approcha de nouveau il tenait entre ses mains une étrange arme : un arc de pierre où était encochée une flèche de feu.

Le fils du Soleil se leva alors et se tourna vers le disque flamboyant, toujours haut dans le ciel malgré les heures qui s’étaient écoulées : « Écoute moi Père ! Je connais ta colère si je désobéis à tes ordres, elle est grande. Mais tu ignores encore tout de la taille de mon amour et il est plus grand.

Va te cacher mais observe bien le feu de la passion. Regarde; ressens comme il est douloureux d’aimer sans pouvoir toucher ! »

Nadiron, de sa force extraordinaire banda l’arc de pierre et décocha la flèche de feu. Cette dernière, sous le regard admiratif d’Aïga vint se planter dans l’astre qui plongea alors rapidement sous l’horizon , tâchant le ciel de son sang.

 

     La nuit était tombée et Nadiron espérait bien que jamais le jour ne se relèverait. Il était assis au côté d’Aïga et ses yeux noyés dans les siens scintillaient comme deux pépites d’or.

Ils scintillaient de joie pour la première fois mais également pour la dernière fois.

A peine quelques heures plus tard reparut à travers les pics acérés des montagnes la noire étoile :

« Enfants ! Vous avez voulu me défier et vos armes se sont pointées vers moi. Mais sachez qu’une étoile ne meurt que de son plein gré. Subissez ma colère ! »

C’est alors que, surgissant de nulle part, apparurent dans le ciel ensanglanté une centaine de météores, toutes dirigées vers la Terre. La mort s’approchait à la lumière du Soleil, elle s’approchait à pas de géant et bientôt elle pénétrerait dans l’atmosphère même de la planète.

C’est alors que Nadiron comprit que, nue, la beauté est éphémère mais qu’il suffit de la revêtir d’un manteau d’amour et d’un bouclier de dévotion pour qu’elle devienne plus forte.

D’affection Aïga était comblée mais il lui manquait encore une armure. Nadiron, après un dernier regard à sa bien aimée se mit donc à courir très vite, à une vitesse que nul n’imagine, avant de sauter hors de la Terre.

Il se métamorphosa alors en immense rocher avant de se mettre en rotation autour de la planète.

Durant ce temps les météores et les comètes s’étaient rapprochées et, tandis qu’elles s’apprêtaient à bondir sur leur victime, Nadiron les appela et sa voix tonitruante résonna dans tout le Système solaire.

C’est ainsi que le fils du Soleil se sacrifia par amour et que son corps se trouva marqué de centaine de cuisants baisers.

 

     Désormais il n’y avait dans le ciel plus l’ombre d’un danger mais alors que Nadiron brûlait d’envie de retourner auprès de l’élue de son cœur, cela lui fut impossible.

Malgré la force considérable que possédait le fils du Soleil, il avait dû pour se transformer voler la magie de l’Univers et il était désormais condamner à tourner autour de la Terre sous cette unique apparence.

Mais si Nadiron tentait de se réconforter en pensant à la protection permanente qu’il pourrait apporter à la planète; Aïga, elle, pleurait. Elle avait commencé à pleurer dès que Nadiron l’avait quitté, dès qu’elle avait compris que plus jamais elle ne pourrait embrasser ses yeux…

Aïga n’avait jamais connu la tristesse parce qu’elle ignorait ce qu’était le bonheur mais Nadiron avait allumé son cœur et l’avait réchauffé d’une douce chaleur. C’est pourquoi à son départ la douceur s’était dissipée pour laisser place aux cendres brûlantes d’un amour toujours vivant.

Néanmoins la fille de la Terre ne pleura pas simplement quelques minutes ou quelques heures; ses larmes furent versées durant des jours et des nuits tant et si bien que son chagrin la métamorphosa finalement en océan recouvrant presque toute sa planète.

Lorsque Nadiron apprit la nouvelle il voulut immédiatement serrer la jeune fille dans ses bras pour dissiper sa peine et il attira alors à lui les mers et les océans avant de les repousser de nouveau, effrayé qu’il puisse la toucher et lui ôter la vie.

 

     Par la suite une myriade d’êtres vivants naquit des larmes d’Aïga et ils purent jouir à la fois de la tiédeur du Soleil et de la protection de Nadiron bien que ce dernier disparût dès que son père se levait.

Il y a dans l’Univers une infinité de mystères mais le plus important n’est pas celui qui pèse sur son origine ou plane au dessus de son futur. Le plus beau et le plus grand mystère, c’est l’amour qu’il recèle.

 

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15th mars 2009

Luciole (9° et dernière partie).

Salut !

Ca y est, on y est arrivé…la dernière partie de Luciole !

J’espère que vous l’apprécierez et surtout s’il vous plaît dîtes moi ce que vous en pensez !

1- Première partie          6- Sixième partie

2- Deuxième partie         7- Septième partie

3- Troisième partie         8- Huitième partie

4- Quatrième partie        9- Neuvième partie

5- Cinquième partie

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Luciole

 

    Lucie et moi sommes dans la coupole. Mika joue dehors, pour une fois je lui ai demandé de nous laisser seuls. Je lui ai dit la vérité, que je voulais parler à Lucie en tête à tête; il a compris. Oh ne croyez pas que je veux lui déclarer ma flamme, je souhaite juste discuter avec elle; j’ai quelque chose d’important à lui dire.

Cela fait déjà un quart d’heure que j’essaie de la prendre à part mais sans succès.

« La prendre à part, pourquoi ? » Vous allez me dire, nous sommes tous les deux seuls. « Pour l’éloigner d’Etoile. » Je répondrai.

Depuis qu’on est rentré elle ne s’est occupée que du phare sans même penser à manger.

Bien sur je la comprends, je tiens autant que elle si ce n’est plus à Etoile.

Mais là ce n’est pas normal, elle n’a jamais fait cela auparavant. C’est comme si on se comporte mal avec quelqu’un et que par la suite on lui offre une quantité de cadeaux pour se faire pardonner. C’est faux, on le fait simplement pour ne plus avoir ce poids sur la conscience.

Au bout d’un moment je craque et l’agrippe par le bras.

« Luciole arrête. Ce n’est pas parce que tu t’es absentée une heure qu’il faut te tuer à la tâche en rentrant. » Ma voix est calme et rassurante. Elle pose ses jumelles.

« Je voudrais te parler, c’est important. »

Elle s’assoit contre le mur face à l’océan. Je l’imite.

Pendant un long moment elle ne dit rien et attend que je prenne la parole. Je patiente cherchant les mots justes pour lui expliquer la situation sans la blesser. Et puis j’aime être à ses côtés…

« Luciole, si j’ai été chercher Mika ce matin ce n’est pas pour le rendre à sa mère demain. »

Lucie fronce les sourcils. Je pense qu’elle a déjà compris mais qu’elle refuse de l’accepter.

« Je pourrais très bien porter plainte contre sa mère l’enfant ne serait alors plus à sa garde, mais ça ne servirait à rien car il serait envoyé chez son père. Tu crois qu’un homme comme lui aime son gosse ? Il ne trouve jamais le temps de le voir. Mika ne serait pas heureux avec lui. A Paris en plus tu imagines ! Mika n’aime pas les grandes villes… »

J’observe l’océan pour éviter le regard de Lucie mais je sais que ses beaux yeux bleus me fixent. C’est déjà si dur à dire, si je vois son visage je vais renoncer.

« Luciole, cet après-midi je pars avec Mika. »

Elle reste silencieuse un moment et je n’ose pas alors déranger le cours de ses pensées. Quand elle parle il n’y a aucun sentiment dans sa voix :

« Ne pourrais-tu pas demander la garde de Mikaël? »

Je secoue la tête.

« Les juges refuseront, jamais ils ne donneront la charge d’un enfant à un gardien de phare solitaire qui a juste assez d’argent pour vivre. »

Je m’attends à recevoir des réprobations et des oppositions mais ce que j’entends est d’une tout autre nature : un rire.

Lucie rit !

Je me tourne vers elle, surprit.

« Tu es fou Erwan, fou ! »

Je souris, c’est bien la première fois qu’elle me le dit. Pourtant elle a raison, l’amour rend fou…


    Il pleut. J’ai tout expliqué à Mikaël et notre départ ne semble pas le préoccuper car il joue dans les flaques d’eau.

Désormais allongé sur l’herbe j’admire Etoile en profitant de mes derniers instants sur la côte avant longtemps. Dans une demi-heure je partirai, je ne sais pas encore où j’irai; où le vent m’emportera je suppose.

Je me souviens de ce jour de début d’été où j’ai sauvé Mika. Il s’est passé tant de choses depuis…

A cette époque je me posais une question : « Et si je devais choisir entre Lucie et Etoile ? »

J’ai enfin trouvé la réponse : ni l’un ni l’autre. Il y a à peine trois ans je croyais qu’ Etoile était ma vie mais c’était une illusion. Ce phare était la seule chose que je possédais et je ne voulais pas m’en séparer.

Cependant j ‘ai découvert que chaque être que l’on rencontre dépose en nous une part de lui même. Si cet être disparaît une part de nous disparaît. Je ne veux pas perdre Mika…

Alors aujourd’hui c’est lui que j’ai choisi; je suis déterminé à revenir en arrière, à sauver cet enfant, cet ange qui me hante depuis mon dix-huitième anniversaire : Je veux être son père.


     Nuage tangue sous le roulis des vagues. J’attrape Mikaël par les aisselles et le hisse sur le bateau.

Lucie redoute une tempête mais je n’ai pas peur car je connais les récifs mieux que quiconque.

Depuis notre discussion Lucie n’a pas dit un mot et cela me fait de la peine. J’ai l’impression que c’est de ma faute même s’il est vrai qu’elle n’a jamais beaucoup parlé.

Dans l’après-midi elle m’a aidé à sortir Nuage du hangar dans lequel on l’avait enfermé à cause de la pluie. Ensemble on a monté le mât, ajusté la voile et j’ai réglé le moteur pendant qu’elle remplissait un sac de provision et de vêtements chauds; elle est très attentionnée Lucie.

Finalement j’ai pris avec moi des livres, des cahiers et des stylos; je compte apprendre à Mikaël à lire et à écrire.

Désormais le bateau est prêt et il ne me reste plus qu’à faire les dernières vérifications; pourtant je n’y arrive pas, ma vision est brouillée de larmes.

J’aime Lucie mais je refuse de l’emmener avec moi, ce ne serait pas digne d’elle que de lui offrir une vie de hors-la-loi et de briser sa carrière. De plus elle ne serait pas heureuse et je souhaite plus que tout son bonheur. De toute manière il faut voir les choses en face, elle ne m’en a même pas parlé…

Lucie est sur la grève et elle attend pour me dire au revoir. Cependant je ne me retournerai pas pour lui sourire ou lui faire ne serait-ce qu’un signe de la main; je pleure, je vous l’ai déjà dit.

Si elle me voyait ainsi elle saurait et je ne veux pas qu’elle sache.

J’allume le moteur.

Soudain Mika saute du bateau et court vers Lucie.

« Maman ! »

Et après quatorze ans, malgré tous mes efforts pour ne rien révéler, pour ne rien dire; je commets une erreur, la première : je me retourne.

Mika est dans les bras de Lucie et elle lui caresse les cheveux. Mais ce n’est pas lui qu’elle regarde, c’est moi.

Lucie pleure. De grosses larmes qui roulent le long de ses douces joues, contournent ses lèvres et tombent…

Luciole pleure…

Depuis toutes ces années, je n’avais vu que mes problèmes, ma phobie, mon amour. Jamais je n’avais pensé qu’un troisième élément puisse tout bouleverser. Jamais je n’avais envisagé que Lucie ait des problèmes, que Lucie ait peur…et que Lucie m’aime.

Je n’avais jamais compris que si Lucie ne parle que de travail c’est pour éviter de m’aimer.

« Luciole, tu pleures ?

 - C’est la pluie. » Elle a les yeux rouges et se mort la lèvre inférieure.

« Mais toi Erwan…

 - C’est la pluie. »

C’est dur de mentir alors qu’elle sait et que je sais. Mais c’est peut-être plus facile que de se dire la vérité, s’embrasser et se quitter. Peut-être…

Mika revient et je l’aide à remonter à bord.

« Prend soin du petit !

 - Occupe toi bien d’Etoile ! »

Je descends du bateau et commence à le pousser. Je viens de comprendre Lucie; ce matin quand tu as couru vers moi pour m’aider, tu espérais surmonter ta peur. Cependant ce n’était qu’un instant de folie car tu t’es arrêtée à quelques centimètres de moi, ton souffle dans mon cou. J’ignorais Lucie que tu attendais que je te tende la main comme tu m’as tendu la tienne pour me permettre d’avancer.

Mais ne t’inquiète pas car un jour je reviendrai et je te sauverai.

Dans quelques années, quand les autorités auront abandonnés les poursuites, tu verras resurgir sur l’océan du ciel un Nuage guidé par ta lumière et celle de ton Etoile.

Ce jour là tu auras depuis longtemps découverte ma lettre et je crois que j’aurai alors le courage de te le dire :


« Luciole,


Je t’aime. »

 

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26th février 2009

Luciole (8°partie).

Salut !

Une courte semaine que je suis en vacances ! Ca fait du bien… Ce week end je pars au ski 4 jours avec mon père, je vais pouvoir, comme chaque année, m’émerveiller devant la neige…

Je vous présente aujourd’hui la 8° partie de Luciole. Je viens de remarquer qu’il n’y en aura pas dix mais neuf, c’est donc l’avant-dernière !

La première photo que j’ai utilisée provient du site d’un photographe.

N’hésitez pas à me dire ce que vous en pensez.

Bye et bonne lecture.

1- Première partie          6- Sixième partie

2- Deuxième partie         7- Septième partie

3- Troisième partie         8- Huitième partie

4- Quatrième partie        9- Neuvième partie

5- Cinquième partie

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Luciole

 

    La porte claque. Je me retourne. Il doit être trois heures du matin mais un enfant est là, debout sur le seuil. Personne ne le remarque à part moi :

« Qu’est-ce que tu fais ici gamin ? »

Il ressemble à un ange avec ses cheveux blonds en broussaille et son regard suppliant; c’est l’innocence même.

Pourtant il a les yeux rouges d’avoir trop pleuré; les anges ne devraient pas pleurer.

« Papa…Je veux mon Papa… »

De petites larmes roulent le long de ses joues.

« Il n’est pas là ton Papa. »

Ses sanglots redoublent.

« Il m’a dit qu’il rentrerait pas tard, qu’il prendrait juste un verre. J’ai peur tout seul à la maison. Papa… »

Il est droit, ses petits poings serrés contre ses cuisses. « Reviens… »

Les personnes nous fixent moi et l’enfant, mais surtout l’enfant.

« Papa ! » Il hurle littéralement et ses larmes s’écrasent au sol. Son regard est levé vers le plafond comme si ce dernier pouvait entendre sa complainte. Une voix retentit au fond de la salle :

« Eh môme dégage ! On n’veut pas de toi ici, tu nous fais chier avec tes jérémiades ! »

Je reconnais la voix de Steve. Certains l’imitent. « Va-t-en ! » , « Fous le camp ! »

Les pleurs de l’enfant augmentent.

Soudain j’ai un haut le coeur. Je me lève en vitesse. Trop vite. La pièce se met à tourner et un instant je vois noir. Je me dirige vers les toilettes et le petit me suit je ne sais pas pourquoi.

Tout à coup une main m’arrête, c’est Steve.

« Tire toi du milieu que je fasse regretter au gamin d’être venu nous emmerder. »

Je le regarde, je ne comprends pas ce qu’il dit. Comment me suis-je retrouvé entre lui et l’enfant ?

J’ai envie de vomir et j’ai l’impression qu’un marteau tambourine dans ma tête sans relâche.

Ce n’est pas la première fois que Steve est brutal et agressif pourtant il n’a jamais menacé de frapper un enfant.

Le petit pleure toujours mais ce n’est pas lui que j’entends, c’est les autres.

« Fous le dehors ! »

« Le protège pas ou c’est toi qui prends ! »

« Mais faîtes le taire ! »

Toutes ces voix dans ma tête…

« Frappe le ! »

…inhumaines…

« Oh, le chialeur ! »

…qui s’insinuent…

Steve m’agrippe par le col.

« Dégage du milieu. T’as pas intérêt à ce que je te le dise une troisième fois. » Je tremble.

Sa voix est calme, effrayante…autoritaire…

Je ne sais plus où je suis, ce que je dois faire.

Et cet enfant qui pleure derrière moi, qui me donne mal à la tête. Ces voix, ces menaces…je me sens si faible.

Je m’écarte.


    Ils sont bien trente à attendre devant le portail de l’école. La plupart sont en groupe, ils rient et s’échangent des cartes ou des billes.

Je suis dans un coin à l’angle de la rue principale et je les observe. Je n’aurais jamais cru le dire un jour mais j’attends le mien.

Parmi la foule des écoliers agglutinés sur le trottoir je cherche un enfant seul et en retrait, mais je ne le trouve pas. J’ai du mal à discerner leur visage et il en arrive de toute part.

Lucie est près de moi et guette Mikaël des yeux. Cependant même si nous sommes deux c’est comme chercher une aiguille dans une motte de foin.

Tout à coup tous les regards se tournent vers la cour de l’école et le concierge arrive clef à la main.

Il ouvre le portail et les élèves s’engouffrent à l’intérieur tel un troupeau de moutons. Moins d’une minute plus tard il ne reste plus un enfant sur le trottoir .

Je m’assieds sur une marche, triste.

« Il est peut-être en retard, attendons encore. »

Lucie a toujours été pleine d’espoir et il suffit de voir son sourire confiant pour être rassuré.

Pourtant là je n’y crois pas. Quelque écoliers pénètrent encore dans l’école mais aucun n’a le visage de Mika.

Cinq minutes plus tard quand le concierge revient fermer les portes, je ne bouge pas.

« Allez Erwan, on reviendra demain. T’en fait pas. »

Je regarde Lucie.

« C’est bien toi qui m’a dit ça : Si on ne fait rien, un jour sa mère le tuera. » Elle acquiesce.

« Et si « un jour » c’était demain ? S’il n’est plus là quand on revient ? » J’ai les larmes aux yeux et la gorge nouée. Lentement les souvenirs refluent.

« On pourra alors se dire qu’on aura fait le maximum. »

Je secoue la tête :

« Non, j’aurais pu faire plus. J’aurais pu venir au village dès son premier jour d’hôpital. J’aurais pu… »


     J’aurais pu éviter tout ça. J’aurais pu ne pas m’écarter, avoir du courage pour une fois.

Mais je n’ai rien dit, j’ai laissé Steve le tabasser. Il l’a frappé jusqu’au sang et à chaque coup je me disais cette même phrase : « C’est ma faute. C’est ma faute. C’est ma faute ! »

Pourtant je ne l’en ai pas empêché. J’ai regardé. Et quand Steve en a eu fini et qu’il l’a balancé dehors dans la nuit froide, je n’ai pas bougé.

Je n’ai pas appelé d’ambulance, je n’ai même pas été le voir.

Ils avaient tous leur regard sur moi, ces regards qui te disent « Si t’appelles les flics, t’es mort. »

J’ai été faible, je les ai écoutés. Pourquoi ?

La seule chose que j’ai faite c’est vomir au milieu du bar et ça n’a pas sauvé l’enfant.

Le lendemain quand un passant l’a retrouvé au bord de la route, c’était trop tard.


     « Papa ! » Je me retourne. C’est stupide je sais je n’ai aucun fils. Vous avez déjà vécu ça je pense : quelqu’un crie votre nom dans la rue, ce n’est pas le votre mais vous vous retournez. Là c’est pareil.

Des chaussures martèlent le sol tel mon coeur martèle ma poitrine. Mais Mika ne parle pas, c’est impossible que ce soit lui.

Soudain je suis propulsé par terre et des bras d’enfant viennent s’enrouler autour de mon cou.

Je n’ai plus de doute. Je ris.

« Mika… »

Je le serre contre moi.

« Je suis désolé de ne pas être venu plus tôt, mais tu comprends je pense. » Il cligne des yeux.

Il a beau savoir parlé ce n’est pas pour autant qu’il va se lancer dans une grande discussion. Je le prends dans mes bras et me lève.

Alors que je commence à remonter la rue Lucie me rejoint en courant.

« Que fais-tu ? » Je lui souris mystérieusement.

« Faire ce que j’aurais dû faire depuis longtemps. »

 

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18th février 2009

Luciole (7°partie)

Salut !

Plus que deux jours avant les vacances ! Si seulement on pouvait être maître du temps…

Enfin, aujourd’hui je vous présente la suite de Luciole, j’espère qu’elle vous plaira.

Bye et bonne lecture.

1- Première partie          6- Sixième partie

2- Deuxième partie         7- Septième partie

3- Troisième partie         8- Huitième partie

4- Quatrième partie        9- Neuvième partie

5- Cinquième partie

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Luciole

    Un caillou vient frapper contre ma fenêtre. Je me réveille en sursaut et m’approche pour voir qui est là. C’est Steve, Jud et toute la bande. Ils ont garé la voiture sur le bord de la route et l’un d’eux est descendu pour se planter devant mon immeuble.

Il fait nuit et il est une heure du matin. Je plisse les yeux pour essayer de discerner son visage mais sans succès. Néanmoins à sa voix il à l’air en colère, c’est surement Steve.

« Bordel qu’est- ce que tu fais ! Ca fait depuis une demi-heure qu’on poireaute au parking. Magne toi, on va être en retard ! »

J’enfile rapidement un pantalon et une chemise avant de crier par la fenêtre : « Désolé je dormais ! »

Je ne vois pas sa réaction car je lace mes chaussures mais j’imagine qu’il doit me prendre pour un cas irrécupérable à rester au lit au lieu de sortir fêter mon anniversaire. Je l’entends du hall d’entrée :

« Erwan ! T’as dix-huit ans réveille toi ! »


     Je dévale l’escalier. Je ne sais pas pourquoi je cours, il n’est que sept heures et le soleil vient à peine de se lever. Mikaël ne sera pas à l’école avant huit heures et j’ai le temps. Pourtant je descends les marches quatre à quatre comme si j’avais le diable à mes trousses. Mais peut-être est-ce autre chose que je fuis. Ce cauchemar… Je passe en trombe dans la cuisine où Lucie est en train de prendre son petit déjeuner.

« Où vas-tu comme ça ?

 - Au village. »

Je claque la porte derrière moi.

Un fin crachin commence à me mouiller le visage. J’enfourche mon vélo et m’engage sans plus attendre sur le sentier.

Très vite j’ai froid et au bout de dix minutes mes habits trempés me collent au corps.

Peut-être que j’essaie d’échapper à mes dix-huit ans. Peut-être au contraire que je cours vers mon futur.

Mais une chose est sûre; tout deux portent le même nom : Mika.


     Je descends de voiture. Nous ne sommes encore que sur le trottoir mais les rires tonitruants des clients bourrés me parviennent sans mal.

Steve pousse la porte et on le suit dans le bar. Les conversations, la musique et les engueulades s’écrasent contre mon visage toujours à moitié endormi.

Jud passe son bras autour de mes épaules, à côté de lui j’ai l’air d’un frêle gamin.

« Cinq bières ! C’est moi qui paye. »

Dix minutes plus tard on en est déjà à notre troisième pichet.

J’ai mal au coeur, je supporte très mal l’alcool comparé aux autres. Peu de temps après je suis accroupi au dessus des cuvettes en train de vomir.

Comme anniversaire c’est pas super faut avouer, mais c’est ça ou rien. Les serveuses sont mignonnes et il y a une bonne ambiance cependant j’ai l’impression d’être un étranger, c’est pas mon milieu et c’est pas mon style de fille. Mais je ne vais pas le dire aux autres, ils se moqueraient de moi.

Je me lève, essuie ma bouche du coin de la manche et sort. Toute la bande est saoule. Certains se sont mis debout et dansent sur les tables, tanguant comme des bateaux à la dérive.

D’autres comme Jud et Steve se bagarre en cassant des verres. Dès qu’ils boivent ils deviennent agressifs, c’est pas de leur faute. C’est sur ça serait mieux s’ils étaient joyeux, mais bon il faut pas trop en demander non plus…

Je m’assoie à part près de la porte et je commande une autre bière.

Je ne pense pas que je sois ivre, j’ai juste mal à la tête et au ventre. Le problème c’est que j’ai conscience de ma faiblesse et de ma différence. Ils disent toujours ça les autres : « Ouai, mais toi c’est différent. »

Parfois je donnerai tout pour être comme eux, rire, me battre, grimper sur une chaise pour dire à voix haute ce que je ressens…

Mais je n’ai ni l’alcool joyeux ni l’alcool agressif; moi quand je bois, je deviens dépressif.

J’enfouis mon visage entre mes mains collantes. Plus personne ne fait attention à moi, je ne suis qu’un fantôme, miroir de mon échec et de ma solitude.


     Je m’arrête. Devant moi se tiennent les maisons de pierres toutes bien alignées, serrées les unes aux autres, ainsi que ce petit panneau qui signale que j’entre dans le village : « Bienvenue. ».

Je me mets à trembler. Il pleut toujours et seules quelques souris se risquent dehors.

J’ai peur. Vous devez sûrement ne pas comprendre mais si je fais un pas de plus je ne serai plus rien comparé à eux, une fourmie qu’il suffit d’écraser.

J’ai l’impression qu’ils vont tous sortir en même temps pour m’entourer, m’oppresser tels les journalistes avec leurs micros et leurs questions.

Si j’entre je crains de ne plus être maître de moi-même. Je ne parle pas de refaire une crise, c’est autre chose. Quand cela m’arrive je ne contrôle plus mon corps mais ça ne me gène pas vraiment tant que je maîtrise encore mes décisions.

Cependant au milieu de la foule qui peut dire ce qu’on est capable ou non de faire ? Ils nous manipulent comme un boulanger pétri le pain, ils peuvent nous élever au rang de divinités ou nous inculquer que nous sommes des moins que rien.

En réalité j’ai peur de leur influence. Lucie, ce qu’ils nous font ce n’est pas mon esprit qui l’invente…

Plus j’y pense plus j’ignore ce qui m’effraie le plus; le village et ses habitants, ou mes dix-huit ans ? Lorsque j’ai quitté Etoile je croyais savoir, mais le doute resurgit toujours au moment le plus crucial.

Parfois je me dis que je ne pourrai pas éternellement fuir la foule; mais c’est dur d’ignorer qu’un jour j’ai eu dix-huit ans et qu’un jour j’ai été faible.

Je sais que je devrais avancer mais c’est comme si tous mes muscles se rappelaient ce qu’ils m’ont fait : je recule.

Soudain une main m’arrête et m’empêche de faire demi-tour pour m’enfuir.

Je sens un souffle chaud dans mon cou.

« Luciole…

- C’est moi. »

Elle m’attrape par l’épaule. Si je me retournais mes lèvres effleureraient surement les siennes; mais je ne peux pas elle me tient fermement.

« Avance n’ai pas peur. »

C’est plus facile à dire qu’à faire. Une question m’apparaît.

« Pourquoi es-tu venu ? Tu n’aurais pas dû quitter le phare. »

Je ne la vois pas mais je suis persuadé qu’elle sourit, probablement l’intuition après quatorze ans passés à ses côtés.

« Tu as plus besoin de moi que lui. »

C’est à mon tour de sourire avant de me raidir brutalement :

« Si on nous surprend ici, tous les deux, c’est pour le coup qu’on perd notre boulot. »

Elle ne répond rien. Elle a peur, je le sens; sa main est crispée autour de mon bras.

« Avance; si l’un de nous ne peut surmonter sa peur, il doit au moins aider l’autre à le faire.

 - Pourtant tu es venue… »

Ses ongles s’enfoncent dans ma peau.

« Avance je suis là. »

Alors je fais un pas en avant.

 

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31st janvier 2009

Luciole (6°partie).

Salut !

Ce mardi on était en congé…quel bonheur ! En plus mes grands-parents étaient là !

Aujourd’hui je vous présente la sixième partie de Luciole, j’espère qu’elle vous plaira.

Bye et bonne lecture.

1- Première partie          6- Sixième partie

2- Deuxième partie         7- Septième partie

3- Troisième partie         8- Huitième partie

4- Quatrième partie        9- Neuvième partie

5- Cinquième partie

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Luciole

 

    Les graviers roulent et s’entrechoquent. J’abandonne ma tâche pour dévaler l’escalier quatre à quatre.

Je n’ai pas l’oreille assez fine pour savoir si c’est le vélo de Lucie ou de Mika mais j’espère au fond que c’est celui du petit.

Je ne prends pas le temps de passer un imperméable et déboule hors du phare.

Mon coeur bat vite. Je cours. Mika…dis moi que c’est toi…

Je dérape sur le sol, me rattrape au mur et tourne à l’angle du hangar.

C’est Lucie.

De ses douces lèvres j’ai tout oublié, je ne pense plus qu’au petit. C’est étrange comment le coeur fonctionne.

« Alors ? »

Ses yeux me fixent.

« Il est à l’hôpital. »

Je me retiens au guidon du vélo.

« Ce n’est pas très grave. Il a le nez ainsi deux côtes cassées. »

Je n’arrive pas à parler, ma bouche est sèche. Que dire ? Lucie m’emmène dans le salon et je m’assois.

« Sa mère assure qu’il est tombé de bicyclette mais les docteurs sont septiques. »

Elle se lève et va me chercher un verre d’eau.

« Non. » Elle se retourne.

« Il n’est pas tombé de vélo. C’est sa mère. » C’est à son tour d’être surprise.

« Tu veux dire que c’est elle qui lui a fait ça ? » J’ acquiesce.

Elle s’assied en face de moi.

« Je ne te l’ai pas dit mais tous les week ends il a de nouveaux bleus et des griffures. Le soir où je l’ai trouvé tu te souviens, il était blessé. En vérité je crois qu’il fuyait sa mère. »

J’ai la voix qui tremble et je lutte pour ne pas pleurer. C’est horrible de se sentir impuissant.

« Tu devrais aller leur dire ce que tu sais et passer voir Mika, je suis sûre qu’il serait ravi. »

Je secoue la tête.

« Jamais je n’irai au village. » Ma voix est ferme.

Tout à coup Lucie se lève d’un bond :

« Mais arrête ! Arrête d’avoir peur ! »

Elle crie. Lucie crie ! Mais Lucie ne s’est jamais énervée…

« Tu ne vas pas passer ta vie enfermé dans un phare ! Tu ne fais qu’alimenter ta phobie. Oui Erwan, ce n’est qu’une phobie ! C’est ton esprit qui l’invente. Avant tu allais au village, tu osais ! Désormais tu t’enfermes dans ta bulle. Erwan, la peur ne mène à rien ! » J’ai les yeux grands ouverts et je suis enfoncé dans le fauteuil. Lucie est debout et me fixe. L’océan entier pèse sur moi.

Soudain toute colère disparaît et la tempête s’apaise. Je retrouve alors le visage qui m’est si familier.

« Je suis désolée…je ne sais pas ce qui m’a pris. Je tiens à toi et ce n’est pas en vivant reclus que tu seras heureux. »

Il y a des dizaines de réponses qui s’offrent à moi tel « Qu’importe les autres, c’est toi que j’aime. » ou « Vivre seul ne me gène pas si tu es près de moi. ». Cela serait si simple ! Pourtant je réponds tout autre chose :

« Je sais… » Et dans moins d’une minute je vais regretter cette réponse, c’est toujours comme ça.

Imaginez deux continents, la solitude et l’amour, et séparez les par un gouffre, le courage.

Il suffit de sauter certains disent. Mais ils oublient le « et si ». Et si je chute ? Rien que l’idée de tomber m’effraie. Alors je préfère les illusions c’est plus facile.

« Tu as raison je ne suis qu’un peureux. » Voilà ce que l’on obtient lorsque l’on pense trop : on se met à parler à voix haute.

« Peut-être…mais tu n’es pas le seul. »

Je relève la tête et la fixe étonné.

« Cela ne se voit pas, mais depuis que je suis petite j’ai peur. »

Elle a le regard baissé et tourne dans sa main un collier.

« Tu n’es pas obligé de dire.

 - Si. J’ai dénoncer ta phobie, je l’ai pointé en te disant de t’améliorer alors que je n’ai pas encore surmonté la mienne. Je veux me faire pardonner.

 - Mais tu peux… »

Son regard vif me dissuada de poursuivre. Elle sourit.

« Je suis née dans une famille aisée et jusqu’à l’âge de neuf ans j’ai connu le confort et le bonheur. Mes parents étaient divorcés et depuis deux ans je vivais avec mon père. Il s’était remis avec une femme mais cela ne me gênait pas car je la voyait très peu.

Tous les soirs ils rentraient à la maison avec de la nourriture à profusion et des sacs entiers d’achats puis ressortaient sans plus attendre, probablement pour aller au casino ou au restaurant.

Mais un jour Papa est rentré seul, sans rien. « On déménage demain ma chérie. » m’a-t-il dit.

A l’époque je ne savais pas mais plus tard j’ai compris que cette femme l’avait manipulé puis l’avait escroqué. Elle l’avait convaincu d’entrer dans un commerce illégal dirigé par un membre de sa famille et il a tout perdu. Quand son patron a appris l’affaire il l’a viré.

Il s’est alors retrouvé au chômage avec une gamine sur les bras et on a dû quitter la ville pour emménager dans un H.L.M car il était endetté et avait été obligé de vendre notre maison.

J’ai perdu mes amis, et mes repères.

Rapidement mon père a retrouvé du travail mais ce n’était pas assez pour qu’on puisse vivre comme avant.

Il essayait d’économiser pour nous sortir de ce pétrin et je le voyais à table se priver pour satisfaire l’appétit de l’adolescente que j’étais.

Un jour, ma mère trouvant sa situation trop précaire m’a prise avec elle.

Je retrouvais le confort mais je perdais mon père.

Et tout cela à cause de cette femme… » Il y avait de la haine dans sa voix.

« Depuis j’ai peur d’être un jour au chômage et que l’enfer recommence.

Quand j’ai terminé mes études et que j’ai commencé à chercher un travail je me suis jurée de ne pas reproduire l’erreur faite par mon père : mélanger vie privée et vie professionnelle. »

Lucie ferme les yeux, elle semble fatiguée, vide.

« J’ignorais que tu avais peur. »

Des dizaines de réponses s’offrent surement à elle, pourtant c’est celle-ci qu’elle choisit :

« Je sais… »

 

    Depuis ma fameuse discussion avec Lucie deux mois se sont écoulés. Je ne suis pas allé au village mais Lucie me tient au courant de la situation.

Nous n’avons plus reparlé de ma phobie ni de son passé, et c’est mieux ainsi.

Mika est sortit de l’hôpital depuis plusieurs semaines déjà et il se repose chez lui. Lucie n’a pas donné la véritable raison de l’accident n’ayant aucune preuve et parce qu’elle pense que la mère aurait ensuite refusé qu’elle voie son enfant.

D’après Lucie Mikaël ne parle toujours pas, mais elle sait qu’il m’appelle car quand elle est près de lui il tend son index vers la mer à travers la fenêtre de sa chambre.

Pour les médecins son mutisme reste incompréhensible, normal, ils ne le connaissent pas. Mais je connais Mika et je sais pourquoi il se tait : il a peur.

 

Moi, je me cache pour échapper à la foule, Lucie se renferme sur elle-même ne voulant pas reproduire l’erreur de son père et Mikaël refuse de parler à cause de sa mère.

 

Plus il parle plus sa mère s’énerve et plus elle le bat. Alors il se tait.

J’en ai discuté avec Lucie. Elle dit qu’il faut attendre, qu’un jour il finira pas surmonter sa peur. Pourtant j’ai trente quatre ans et je panique encore lorsque je me retrouve au milieu de la foule. Alors comment un enfant de six ans voyant tous les jours sa mère pourrait réussir ? Je l’ignore.

Demain Mika reprend les cours mais il n’ira pas à l’école.

Il n’y a pas longtemps Lucie m’a dit cette phrase : « Si on ne fait rien, un jour sa mère le tuera. »

Alors j’ai pris ma décision. Lucie n’en sait rien mais bientôt elle saura, car demain je kidnappe Mikaël.

 

    

    Je suis assis à mon bureau, une feuille blanche devant moi, un stylo à la main. Des centaines de fois j’ai voulu dire la vérité à Lucie mais je n’y suis jamais arrivé. Je me dis qu’à l’écrit peut-être y parviendrai-je.

Je commence donc ma lettre.

« Chère Lucie… »

Non. Je la roule en boule, la jette par terre et prends une autre feuille. C’est dur. Je réfléchis à toutes les formules possibles mais une seule semble pouvoir me convenir :

« Luciole… »

 

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24th janvier 2009

Luciole (5° partie).

Salut,

Hier soir j’ai terminé une nouvelle que j’avais commencé une semaine auparavant. Vous ne pouvez pas savoir combien je me suis régalée à l’écrire ! J’adore être prise dans une histoire même si cela me fait me coucher à minuit…Ce qui m’a un peu étonné hier c’était que j’écrivais plus facilement avec de la musique que sans tandis que généralement j’ai besoin d’un calme quasi-complet. De même je me demande pourquoi je me casse la tête à tenter de trouver des chutes à mes nouvelles avant de commencer à les écrire alors que le moment venu elles m’apparaissent toutes seules ! C’est la deuxième fois que ça me le fait…

Mais c’est vrai que je ne vous ai pas encore montré une seule de mes quatre nouvelles…faudra que j’y pense…

Sinon aujourd’hui je vous présente la cinquième partie de luciole (on arrive à la moitié !). J’espère qu’elle vous plaira et surtout n’hésitez pas à me dire ce que vous en pensez, toutes les critiques sont les bienvenues !

Bye et bonne lecture.

1- Première partie          6- Sixième partie

2- Deuxième partie         7- Septième partie

3- Troisième partie         8- Huitième partie

4- Quatrième partie        9- Neuvième partie

5- Cinquième partie

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Luciole

 

    Il est midi et nous sommes assis dans la cuisine. Le repas sort tout juste du four et il dégage une délicieuse odeur. Pourtant je ne mange pas.

La nourriture tourne et retourne dans mon assiette sans jamais arriver à ma bouche. Mon ventre gargouille et j’ai très faim. Néanmoins je ne peux rien avaler.

« Tu t’inquiètes ? »

Lucie me fixe depuis un moment et mon manque d’appétit la préoccupe. Je cligne des yeux. J’ai pris cette habitude de Mika.

« Si tu veux cet après-midi je peux aller me renseigner au village. C’est probablement juste un contre-temps, il n’y a pas de quoi s’en faire. »

Ce matin Mikaël n’est pas venu. Je l’ai attendu pendant des heures mais il n’est pas venu.

J’envisage le pire. Peut-être qu’il est tombé dans un fossé et s’est cassé une jambe, ou alors sa mère refuse qu’il continue à passer ses week ends ici.

Si je n’avais pas les bras appuyés sur la table je crois qu’ils se seraient mis à trembler.

Lucie doit le deviner car elle se lève soudain et enfile son anorak.

« Où vas-tu ?

 - Au village. »

Elle sort et se dirige vers le hangar. Je la suis.

« Mais tu n’as même pas fini ton assiette ! » Il pleut dehors et je dois hausser la voix pour qu’elle m’entende.

« Tu n’as qu’à la terminer toi même ! »

Tout à coup, même si je le désire depuis ce matin, j’ai honte de laisser partir Lucie seule au village. A force de lui faire part de mes inquiétudes elle doit se sentir obligée d’y aller.

« Attend ! »

Lucie se retourne surprise.

« C’est moi qui vais y aller. »

Elle a un doux sourire sur lequel s’arrêtent les gouttes d’eau avant de dévaler son petit menton.

« Ne dis pas de sottise. Tu es sur les nerfs et tu n’as rien mangé. Je te vois mal pédaler une demi-heure sous la pluie dans cet état. »

Elle détourne son regard de mon visage pour le porter sur l’horizon.

« De plus le brouillard se lève et tu es de loin celui qui sait le mieux t’occuper du phare. »

Je suis debout face à Lucie, mes habits dégoulinant, les cheveux collés contre mon front et je ne sais plus que faire.

Mais Lucie sait, elle sait toujours tout.

« T’en fais pas. »

Elle s’approche de moi et m’embrasse sur la joue.

J’ai la chair de poule mais ce n’est pas parce que j’ai froid, c’est à cause d’elle.

« Luciole… »

Elle est encore à quelques centimètres de moi.

« Je suis petite je sais, mais ce n’est pas une raison pour en rajouter. » s’exclame-t-elle en riant.

Elle fait demi-tour et enfourche son vélo.

« A tout à l’heure et occupe toi bien d’Etoile ! »

Elle disparaît lentement derrière la brume et s’efface de ma vue. Pourtant je ne bouge pas. J’ai l’impression que ses lèvres humides sont encore collées contre ma peau.

« Luciole… »


     J’observe le ciel. En plus du brouillard qui m’empêche de voir à plus de cinq mètres à l’horizon des nuages bas planent au dessus de l’océan déversant une fine pluie.

Il y a dix minutes j’ai sonné la corne brume pour prévenir les bateaux du danger.

La côte en cet endroit peut être meurtrière pour les marins inattentifs et malgré tous nos efforts nous avons déjà vu s’échouer sur la plage des caisses de bois ou des naufragés.

Je tourne et retourne l’instrument dans mes mains. Je sais que je devrais être plus vigilant et ne penser à rien d’autre que faire mon travail du mieux que je peux. Mais c’est impossible, mes pensées voguent de Mika à Lucie comme si elles étaient à la dérives.

Où peut-il bien être ? Lucie l’a-elle retrouvé ? Mais surtout pourquoi Luciole, d’ordinaire si distante et en apparence si froide et vide pour un inconnu, a-t-elle fait cela ? D’accord je ne suis pas un inconnu, mais de là à ce que ses lèvres m’effleurent ! Non elle ne m’ont pas seulement frôlées, elles se sont posées sur ma joue, s’y sont appuyées pour s’en détacher ensuite…j’en tremble encore.

Evidemment pour un amoureux éperdu le plus petit regard est une délivrance, un retour d’amour. On cherche dans les recoins de chaque sourire la preuve que nous ne sommes pas seul à aimer.

Mais comment reconnaître le « bon » signe, alors que l’immense sourire du reporter était faux, alors que dans la rue tout le monde nous dévisage.

Comment savoir si c’est « le » regard, « le » sourire ?

Et c’est précisément cette question qui en cet instant me ronge de l’intérieur et m’empêche de me concentrer. On devrait interdire à un amoureux de travailler, il pense à tout sauf à son boulot.

Je me lève et descends dans la cuisine pour me rincer le visage. J’ai bien besoin de me rafraichir les idées, je dois avoir l’air d’un somnambule.

Je retourne ensuite dans la coupole. Quand il faut attendre autant le faire intelligemment.

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9th janvier 2009

Luciole (4° partie).

Salut,

Oui, malheureusement les vacances sont terminées…et en plus, je suis partie de Marseille trop tôt :( J’aurai tellement aimé voir ma ville sous la neige…

Sinon les vacances ont été fructueuses et je suis parvenue à écrire trois poèmes en plus de la nouvelle dont je vous avais parlé, dont un participe à un concours, je vous le montrerai :)

Aujourd’hui je vous présente la quatrième partie de Luciole en espérant qu’elle vous plaira et vous intéressera autant que le début.

Bye et bonne lecture.

1- Première partie          6- Sixième partie

2- Deuxième partie         7- Septième partie

3- Troisième partie         8- Huitième partie

4- Quatrième partie        9- Neuvième partie

5- Cinquième partie

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Luciole

    Que s’est-il passé ? J’ai un trou noir. Je me souviens juste du petit et de la porte qui claque, puis plus rien. J’ai probablement dû pleurer avant de tomber d’épuisement. Je me frotte les yeux. Autour de moi il fait sombre. Combien de temps ai -je dormi ? Une couverture est posée sur moi. Je la retire silencieusement et me lève.

« Tu vas bien? » Lucie est assise sur son fauteuil, je ne le remarque que maintenant.

« Tu ne dors pas ?

 - Je voulais savoir comment tu allais. J’ai eu peur tu sais, tu n’avais pas fait de crise depuis longtemps… »

Je ne vois pas son visage mais je le devine. Elle a les traits tirés par la fatigue autant que par l’inquiétude, pourtant elle tente de me sourire. Elle est comme ça Lucie, jamais elle ne dévoilera ses sentiments. Mais je la connais trop bien pour me laisser abuser.

« Tu n’aurais pas dû… »

Cette phrase, elle l’a elle même prononcée deux ans après notre rencontre lorsqu’elle a découvert le pot aux roses. Je n’avais jamais voulu lui dire ignorant comment elle réagirait. « Pourquoi » m’a-t-elle demandé. Quand je lui ai expliqué que j’avais peur que cette révélation ne change son attitude et sa vision de moi, elle a juste répondu : « Tu n’aurais pas dû. »

Mais depuis je ne regrette pas de lui avoir dit : c’est bien de pouvoir partager les secrets, surtout quand ils sont lourds à porter.

Je me dirige vers ma chambre et ouvre la porte. Je suis prêt à le refermer lorsque je me retourne :

« Merci.

 - Bonne nuit. »

 

     Les jours suivants sont plus calmes. Je me détends et passe du bon temps à lire au soleil. Je montre Nuage à Lucie. Elle dit que c’est un jolie prénom, j’en suis fier.

Tous les weekends Mikaël vient nous rendre visite et cela arrive souvent qu’il dorme au phare.

Chaque samedi matin je guette son coup de klaxon (il se déplace tout le temps à vélo). Il ne parle pas encore mais cela ne l’empêche pas de faire du bruit. Il court sur les graviers, rit, patauge dans les flaques d’eau.

J’aime le prendre dans mes bras et le faire tourner en l’air, j’aime faire la course avec lui et me rouler dans l’herbe humide du matin en le chatouillant.

J’aime lui apprendre les rituels de la mer, les marées, le nom des oiseaux, j’aime le voir comprendre et j’aime quand il tend son petit doigt vers l’océan en souriant.

En fait je crois que j’aime ce gamin, parce qu’en semaine, lorsqu’il n’est pas là, son regard innocent me manque.

Bien sur je ne l’aime pas comme j’aime Lucie, c’est différent. On ne peut pas aimer de la même manière une femme et un enfant de six ans. Pour Lucie on peut appeler cela un désir et pour Mika plutôt de l’affection. Mais tout deux sont élevés à un tel degré que ça en devient de l’amour.

Tous les weekends je découvre sur le petit une plaie ou un bleu en plus, que ce soit sur les bras, les jambes ou parfois même le visage. Néanmoins je mets cela sur le compte du vélo. Il ne doit pas très bien savoir en faire ou alors il pédale trop vite et se déséquilibre facilement; c’est tout.


     Je cours après Mikaël. Il bondit de tous côtés pour éviter mes assauts infructueux et son rire emplit les alentours. Parfois j’accélère et me rapproche de lui mais dès que je tends la main pour l’attraper il détale encore plus vite et l’écart s’agrandit de nouveau. Je décide alors d’employer la ruse et pendant qu’il a le dos tourné pensant que je le suis, je me cache derrière un arbre et le guette. Il se retourne alors et me cherche du regard puis commence à faire marche arrière. Lorsqu’il n’est plus qu’à deux mètres de moi, je saute hors de ma cachette et lui saisit le bras.

D’habitude il se débat et repart en courant ou il fait semblant de se rendre pour que je déserre ma prise, mais là il s’arrête et une grimace de douleur tort son visage.

« Mika… »

De ma main libre je soulève la manche de sa chemise.

Tout son bras est meurtri, couvert d’ecchymoses et strié en de nombreux endroits par de longues marques rectilignes qui ont dû saigner récemment. Du premier coup d’oeil je comprends que c’est la même blessure que celle que j’ai soigné le soir où je l’ai trouvé.

Soudain l’enfant s’agite et s’enfuit vers Etoile.

Il ne s’est pas fait cela en vélo, j’en suis sûr. Une idée me traverse alors l’esprit mais je n’ose pas l’envisager et la formuler encore moins.

Je regarde Mikaël, son visage est de marbre et il est adossé à la porte. Je refoule au fond de moi toutes pensées et le rejoins.


     Les jours défilent et je pense de moins en moins à cet évènement…ou alors c’est que j’essaie de l’oublier.

L’été arrive à sa fin, les jours raccourcissent et il pleut plus fréquemment, mais cela n’empêche pas Mikaël de venir et moi de l’attendre.

Souvent lorsque le temps est couvert Lucie me prend par le bras pour que je m’abrite à l’intérieur. Je crois qu’elle a peur que je n’attrape mal.

Je ne saurais dire pourquoi mais Mika nous a rapproché Lucie et moi.

J’aime ma Luciole mais je suis trop timide pour aller vers elle et Lucie, même si elle est très attentionnée, reste pour une raison inconnue, toujours distante.

Néanmoins grâce à Mikaël nous mangeons désormais couramment ensemble et il nous arrive même de parler du petit à table.

Elle sait que je tiens beaucoup à lui et je ne le lui cache pas. Quel mal y-a-t-il à aimer un enfant ?

 

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1st janvier 2009

Luciole (3°partie).

Salut !

Tout d’abord j’espère que vous avez tous passé un bon Noël ainsi qu’un bon réveillon. Pour ma part je l’ai fêté tranquillement avec la famille et une amie.

Je vous souhaite alors à tous une bonne année 2009 (ça me fait bizarre de l’écrire…), plein de bonheur et de réussite dans quelque domaine que ce soit.

Sinon à Marseille tout s’est bien passé et j’ai même réussi à trouver le temps pour écrire une nouvelle (et oui, où que je sois je suis obligée d’écrire…).

Néanmoins je vous présente aujourd’hui la troisième partie de Luciole, car vu qu’il y en a à peu près dix il faut bien avancer :)

J’espère qu’elle vous plaira et n’hésitez à me dire ce que vous en pensez, anciens ou nouveaux visiteurs !

Bye et bonne lecture.

1- Première partie          6- Sixième partie

2- Deuxième partie         7- Septième partie

3- Troisième partie         8- Huitième partie

4- Quatrième partie        9- Neuvième partie

5- Cinquième partie

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Luciole

    De nouveau je suis étendu sur le sol, seul. Lucie et le petit sont partis au village juste après manger. Pensif je tortille un brin d’herbe. Cela m’arrive souvent d’être laissé en tête à tête avec Etoile et cette solitude temporaire ne me gène pas. J’aime le calme.

Je me souviens quand je suis arrivé au phare à dix-neuf ans j’ai passé la première année sans la compagnie ni l’aide de personne. Alors lorsque Lucie est arrivée, au début je lui en ai voulu : c’était une intruse.

Mais elle m’a rapidement prouvé qu’elle était très compétente…ou alors c’est que je suis tombé sous son charme trop vite.

Je me lève. Je n’ai rien à faire aujourd’hui à part surveiller le feu de temps à autres et je décide de continuer mon projet.

Je l’ai commencé il y a dix ans et je le poursuis chaque été à mon temps perdu. Il se tient fièrement à cent mètres du phare, à l’écart de la mer, et il semble infirme ainsi posé sur son treuil. Tous les hivers je le rentre à l’abri mais en cette saison je ne le protège que par une bâche. Ce n’est qu’un modeste voilier de petit taille mais il est tout en bois et je le trouve magnifique, probablement parce que c’est moi qui l’ai conçu. Je ne lui ai toujours pas trouvé de nom pourtant il ne me reste plus qu’à le peindre.

Je vais dans le hangar derrière Etoile où sont entreposés les vélos grâce auxquels on se rend au village et les outils divers dont nous avons besoin pour réparer le phare.

Je prends un pot de peinture blanche et un large rouleau puis resort.

A deux heures de l’après midi j’ai fini.

Je vais me confectionner un sandwich dans la cuisine puis reviens près du bateau et m’allonge.

Ne croyez pas que je fainéante, je réfléchis : il faut bien que je lui trouve un nom.

Mon regard se perd dans le ciel bleu tandis que je me torture l’esprit. Soudain un nuage passe et j’ai une illumination : Nuage. Ce voilier sera comme un nuage dans l’océan du ciel. Je me lève alors et inscrit sur la coque, son prénom en bleu.


     « Alors ça s’est passé comment ? » Lucie vient d’arriver et je l’aide à rentrer son vélo.

« Il a juste un gros rhume. Pas de quoi s’inquiéter. Je l’ai déposé au poste de police et ses parents devraient venir le chercher en fin de matinée. »

Elle a les cheveux en désordre à cause du vent mais ils sont toujours aussi beaux. Ils me rappelent les tempêtes d’hiver, incontrolables et mystérieuses. Mais Lucie n’est pas tout à fait comme la tourmente : elle est très silencieuse. On discute peu, même à table, et ça me convient très bien vu que je ne saurai quoi dire.

Le premier soir de son arrivée elle m’a annoncé : « On efface le passé, nos origines, nos défaites et on reprend tout à zéro. A l’instant même j’appartiens au phare et l’erreur n’est plus permise, cela tant que je travaillerai ici. D’accord ? »

Quand elle parle c’est presque toujours du travail. Certains pourrait croire qu’elle n’a que cela en tête mais je pense plutôt que c’est une facade. En fait j’en suis sûr. Il suffit de regarder ses sourires complices, son regard malicieux ou sa lèvre inférieur blanchire d’inquiétude car elle se la mort trop fort.

Jamais Lucie ne m’a parlé de son enfance, et moi non plus, mais ça m’est égal car c’est Lucie au présent que j’aime et le passé ou le futur n’y changeront rien.

Nous entrons dans le phare et nous nous affalons dans les fauteuils.

« Tu as dit au docteur qu’il ne parle pas ?

 - Oui. Il a répondu que c’est probablement dû à un choc psychologique. »

Elle a de petits yeux et semble perdue dans un autre monde.

« Je n’y avais pas pensé, lui dis-je, mais d’un côté c’est évident : c’est traumatisant pour un enfant de passer une nuit seul dans la nature. »

Je pivote vers elle : « Ca va? »

Elle relève la tête et me sourit : « Je suis juste fatiguée. Toute cette animation au village, je n’y suis plus habituée. A croire que tu déteins sur moi. » Elle rit. Je souris.


     Soudain les graviers s’entrechoquent, des pneus crissent, des portes claquent. J’entends des éclats de voix, des ordres jetés à la volé, le bruit du matériel que l’on déplace, que l’on monte.

Sans plus attendre je sors du salon en courant, contourne le phare et m’arrête près du hangar.

Deux camionnettes sont garrées en bordure du chemin. Il y a bien une dizaine d’hommes et de femmes, des journalistes armés de micro, des reporters avec leur bloc de questions, des machinistes qui sortent des caméras, des perches et d’autres instruments que je ne connais pas.

Je sens une main se poser sur mon épaule. C’est Lucie.

« Désolé, je ne savais pas. »

Un homme s’approche tout en continuant de donner des ordres à droite et à gauche. Arrivé à ma hauteur il me fait un grand sourire:

« Bonjour, je suis journaliste et je travaille pour… »

Je n’arrive pas à entendre ce qu’il dit, ma respiration s’accélère et je transpire.

« …d’accord d’être interviewer pendant cinq minutes… »

J’entends Lucie répondre quelque chose. L’homme acquiesse puis fait demi-tour et crie : « Allez on se dépèche, on a une demi-heure pour boucler cet article ! »

Je tremble et ce n’est pas parce que Lucie est près de moi et qu’elle me tient le bras.

Une petite voiture s’arrête et une femme en descend. Elle est grande et robuste. « Dehors ou je t’enferme, je ne vais pas t’attendre ! » Elle a le visge dur et une voix grave.

Un enfant sort tête basse. Sa mère le prend par la main et se dirige vers nous.

« C’est lui. » Me murmure Lucie. Sur le coup je ne le reconnais pas mais quand il relève le menton il me sourit, et chaque sourire est unique.

« Alors petit. » Il se jette dans mes bras.

« Mikaël, reviens ici tout de suite. » La femme se tourne vers moi : « Je m’excuse monsieur, il n’obéit jamais et n’en fait qu’à sa tête. Mais je vous remercie de l’avoir sauvé. Il ne m’a pas écouté et il s’est perdu. » Elle lui agrippe le bras : « J’espère que ça te servira de leçon. » L’enfant acquiesse.

« Où est son père ? demande Lucie près de moi.

 - A Paris. Il y a quatre ans il m’a quitté me laissant m’occuper du gosse seule. Il travaille beaucoup et n’a jamais le temps de voir son fils. » Sa voix est froide tout comme son regard.

Soudain l’équipe de tournage m’encercle, une caméra devant, un preneur de son à droite, une perche au dessus de moi et un journaliste à ma gauche. Lucie s’écarte…

« Nous allons interviewer Monsieur Erwan… »

Je ferme les yeux pour me calmer.

« Pouvez-vous nous raconter comment vous avez sauvé cet enfant ? »

J’ouvre les paupières. Ils sont tous autour de moi, ils me fixent.

« Monsieur ? »

Je craque.

Je fais volte-face et fuis vers Etoile tout en bousculant deux personnes sur mon passage.

Autour de moi le brouhaha est infernal, des mains essayent de me retenir, d’autres s’écartent apeurées.

J’ai la tête qui tourne. Au loin j’entends la voix de Lucie; elle doit surement leur expliquer.

J’entre dans le phare et claque la porte derrière moi.

Enfin le silence. Je souffle. Même si le calme n’est pas parfait, ça y ressemble. Je me laisse glisser contre le mur et m’assoie.

Il faut que j’essaie de me calmer mais ce n’est pas facile. Je regarde autour de moi et me raccroche à chaque élément familier. La petite lampe posée près de mon fauteuil, la maquette de bateau sur le buffet, la table basse soutenant nos deux verres d’eau…

La poignée de la porte bouge.

« Qui-est-ce ? » Pas de réponse. J’inspire un bon coup, me lève et vais ouvrir. J’ai confiance en Lucie elle n’ameutera pas les reporters devant le phare, elle me connaît.

Lentement le visage interrogateur du petit apparaît. Il me fixe. Je le fais entrer et referme la porte derrière lui.

De nouveau je m’adosse au mur et le serre contre moi.

« Alors comme ça tu te nommes Mikaël. » Il acquiesse.

« Moi c’est Erwan. » L’enfant pose sa tête sur mon épaule et je lui caresse les cheveux. Au bout d’un moment il se lève et pointe du doigt la porte.

« Non Mika, je ne sortirai pas. » Son regard me questionne.

« Je suis ochlophobe. J’ai peur de la foule, et c’est l’unique réponse. »

Il cligne des yeux puis repart comme il est venu. J’enfouis alors mon visage dans mes mains tremblantes. J’ai honte.

 

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11th décembre 2008

Luciole (2°partie).

Salut !

Ce week end je pars à Paris visiter l’Unesco, ce serait enfin de vrais jours de repos…mais j’ai peur des grèves qui pourraient tout compromettre.

J’ai décidé de vous poster "Luciole" toutes les semaines environ parce que je sinon j’en ai pour quatre mois !

Mais ne vous inquiétez pas, j’alternerai avec d’autres textes au cas où ça ne vous plaise pas.

Je vais maintenant laisser la parole à Erwan :)

Bye et bonne lecture.

1- Première partie          6- Sixième partie

2- Deuxième partie         7- Septième partie

3- Troisième partie         8- Huitième partie

4- Quatrième partie        9- Neuvième partie

5- Cinquième partie

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Luciole.

 

    La porte s’ouvre et je pénètre dans la pièce. Mes yeux s’habituent lentement à l’obscurité tandis que j’observe chaque recoin et chaque objet. Je n’ai jamais pénétré dans la chambre de Lucie et ça me fait bizarre de la voir dormir. Normalement quand j’ai besoin d’elle, je toque et elle sort. Mais là je ne sais ce qui m’a pris je suis entré.

Posté devant son lit je la fixe. Sa respiration est calme et elle est roulée dans sa couette. Ainsi allongée elle a l’air encore plus petite que d’habitude et j’ai envie de la prendre dans mes bras.

Je fais le vide dans ma tête, ce n’est pas pour ça que je suis venu.

« Luciole…c’est Erwan. »

Elle ouvre doucement les paupières et se tourne vers moi toujours à moitié endormie.

« S’il te plaît tu peux venir j’ai un problème. »

Au son de ce dernier mot elle se lève brutalement et s’assied au bord du lit.

« Erwan, c’est toi?

 -  Oui Lucie. Je suis désolé de… » Elle ne me laisse pas le temps de terminer ma phrase et poursuit sans attendre.

« Qu’y-a-t-il ? Le feu s’est éteint ? »

Je n’aime pas la voir s’inquiéter ainsi mais je suis incapable de lui mentir : « Non. Pire. »

Soudain elle m’agrippe le bras:

« Tu vas bien au moins ? »

J’ai mal au ventre et je tombe de fatigue. Pourtant je lui souris et tout en l’emmenant hors de la pièce je lui explique : « Ce n’est pas de moi dont il est question. »


     Ma chambre est assez sombre : un lit, une commode pour ranger mes vêtements et une petite bibliothèque où sont disposés des livres relatant de la mer, des récits de voyage que j’affectionne particulièrement et quelques objets maritimes auxquels je fais toujours très attention.

Cette nuit il y a deux chaises en plus : celle sur laquelle je suis assis et celle sur laquelle Lucie est assise. L’enfant est dans mon lit et il dort désormais paisiblement.

Sa température a baissée mais j’ai laissé un gant mouillé sur son front après avoir désinfecté et pansé ses plaies.

« Pauvre petit… » murmure Lucie tout en caressant affectueusement les cheveux de l’enfant.

« Tu sais comment il s’appelle ? » Ne sachant pas je me tais. Depuis que je l’ai trouvé même éveillé il n’a pas dit un mot. Je me tourne vers Lucie :

« Est-ce que tu pourrais l’emmener chez le docteur pendant que je garde le phare ? Ce n’est probablement que de la fatigue mais ça m’inquiète. Il a tout de même trente-neuf de fièvre et plusieurs hématomes. Et puis ce n’est pas normal de le trouver ici au milieu de la nuit. Ca me rassurerait si… »

Elle me prend la main. Je me mets à trembler. C’est la fatigue qui me fait cet effet ? La peur ? Ou l’émotion ? Peut -être les trois à la fois.

« Va dormir. » Je la regarde étonné. « Ce n’est pas à trois heures du matin que je vais descendre au village, le cabinet sera fermé. De plus l’enfant dort et pour l’instant il va bien. Ne t’inquiète pas je m’occupe de lui. »

Et bien sur, je ne peux pas lui dire « non ».


     Le lendemain quand je réveille je suis assis dans le fauteuil du salon, éclairé seulement par la faible lumière du jour qui perce à travers la fenêtre.

Le temps de me remémorer ce qui s’est passé durant la nuit et je suis debout.

Tout à coup j’ai honte d’avoir laissé Lucie veiller toute seule sur le gamin, cela aurait dû être l’inverse.

Je sors de la pièce et pénètre silencieusement dans la chambre. La porte grince. Je serre les dents et me glisse dans l’entrebâillement.

Lucie dort, le menton appuyé sur ses genoux recroquevillés. J’ôte mon blouson et le lui pose sur les épaules. Je me tourne ensuite vers le lit. Vide.

Mon coeur fait un bond dans ma poitrine tandis que je fais volte-face, effrayé que l’enfant puisse s’être enfuis. Je ferme les yeux, soulagée : il est assis au bord de la fenêtre.

« Tu m’as fait une de ces frayeur. » lui dis-je. Il se tourne vers moi et me désigne la mer.

« Tu veux aller la voir ? » Il me sourit.

« Viens j’ai encore mieux. » Je le prends alors par la main et on sort sur la pointe des pieds.


     « Tu t’appelles comment ? » Il ne répond pas : il observe l’océan. Nous sommes au sommet du phare et il est assis sur mon épaule.

Je lui ai donné un aspirine et je l’ai douché, mais quand j’ai voulu lui trouver un vêtement à sa taille il était trop impatient de monter et je lui ai alors enfilé une vieille chemise à moi qui lui arrive aux genoux.

Je le dépose délicatement par terre.

« Désolé je dois travailler. Mais si tu veux m’observer tu peux. »

Il s’assied dans un angle et ses petits yeux innocents me fixent tandis que je commence ma vérification journalière.

Je contrôle d’abord le feu, puis j’analyse l’optique. On ne dirait pas mais cela prend du temps. C’est un travail minutieux qu’il ne faut pas considérer à la légère car si un élément du système défailli on a de gros problèmes.

Ensuite je surveille l’horizon et la visibilité en m’assurant que les autres phares et balises fonctionnent correctement.

Le petit ne me lâche pas du regard, probablement plongé dans l’âme d’Etoile comme je le suis si souvent. Il est calme et ne pose même pas de questions, c’est rare pour un enfant.

« Comment es-tu arrivé ici ? » Aucune réponse. Je me tourne face à lui.

« Tu sais parler ? » Il cligne des yeux. Je prends cela pour un « oui ».

« Alors pourquoi restes-tu muet ? » Il a le regard vide. J’ignore s’il a entendu ma question. Je m’approche de lui, inquiet, et le soulève pour le prendre contre moi. « Ne t’inquiète pas, ce n’est pas grave. On va t’emmener au village et tu iras mieux. »

Il croise les bras autour de mon cou.

« Tu habites là-bas n’est-ce pas ? » Il acquiesse. « Tes parents vont être contents de te revoir ils ont dû se faire un sang d’encre. »

Tandis que je me dirige vers la porte la poignée de cette dernière se baisse et la tête de Lucie apparaît : « Le petit déjeuner est prêt ! »

Je lui souris. L’enfant aussi.

 

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