Souffle Mots

Quand brillera l’obscurité (1/3)

14th mai 2010

Quand brillera l’obscurité (1/3)

Salut !

Aujourd’hui je vais vous présenter la première partie d’un conte que j’ai entamé durant les vacances de pâques et finit peu après. A part Le gland qui voulait devenir grand je n’ai jamais fait de conte aussi long et quand je l’ai commencé je ne pensais pas du tout qu’il m’occuperait pendant plus de deux semaines. Le contexte, les personnages et le problème ont été assez facile à mettre en place mais j’ai eut beaucoup de mal à trouver la solution du problème : on peut dire alors que je vivais l’histoire en même temps que je l’écrivais.

J’ai pris beaucoup de plaisir à écrire ce conte, notamment parce que pour ce faire je sortais le soir et pouvais profiter du calme de la rue ou d’un café. C’est probablement la raison pour laquelle ce texte parle tellement d’obscurité…

Bye et bonne lecture.

Quand brillera l’obscurité (2/3)

Quand brillera l’obscurité (3/3)

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Quand brillera l’obscurité (1/3)

Dans la nuit une étoile filante traversa le ciel, s’alluma, brilla puis mourut… Quelqu’un pleurait.

Il était une fois un enfant assis sur des dalles de pierre contre un mur, un petit garçon qui lançait à chaque passant un sourire timide et forcé tandis qu’eux, parfois, dans un élan de générosité, faisaient sonner à ses pieds quelques pièces de métal.
Il s’était habitué à sa condition de dos-au-mur, comme il préférait qu’on l’appela, car il est vrai que n’importe qui, riche ou pauvre, pouvait un jour s’adosser à la pierre et la remercier du soutient qu’elle lui apportait. Bien que peu glorieuse il préférait cette position à celle d’être face au mur, à celle du cancre réprimandé qu’il avait subi durant quelques années.
Quand on tourne le dos au peuple les critiques sont plus acerbes, plus ouvertes, plus lâches…et l’humiliation plus grande.
La condition de dos-au-mur avait au moins l’avantage de lui révéler l’identité de ceux qui le blessait.
Jour et nuit l’enfant restait dans cette même position, silencieux. Il ne parlait à personne, répondant simplement par quelques signes de la tête, quelques haussements du coin de ses fines lèvres.
Ce n’était que la nuit que le cœur de l’enfant s’allégeait et qu’il se laissait aller à murmurer tout seul dans la pénombre. Il déclarait ses peurs, ses joies, ses peines sans aucune honte ni crainte car qui donc un soir aurait pu s’intéresser aux sentiments, aux espérances d’un garçon refusant de dormir ?

Un jour pourtant, alors que le Soleil avait rabattu la couverture de l’horizon sur sa tête et que quelques étoiles commençaient à apparaître, éclatantes, pour aller au bal , une voix familière, à la fois proche et lointaine s’éleva. Elle s’adressait à l’enfant :
«Bonsoir ; la voix sembla hésitante, comment t’appelles-tu ?»
Sans chercher à comprendre d’où provenaient ces mots l’enfant déclara :
«Cela fait tellement longtemps qu’on ne m’a pas posé cette question que j’en ai oublié la réponse.»
Après un nouveau temps de réflexion la voix décida :
«Je te nommerai donc Lanterne…
- Pourquoi ? rétorqua l’enfant
- Tout simplement parce que les lanternes s’accrochent au mur et qu’elles sont comme des veilleuses dans les sombres rues de l’esprit.»
Inconsciemment le garçon sourit :
«Et vous, puis-je connaître votre nom ?»
Autour de l’enfant la pénombre se faisait plus dense, plus lourde mais ses yeux, habitués à l’obscurité, ne percevaient dans les environs que la seule présence des chats de gouttières et des oiseaux tournoyant au-dessus de la ville endormie.
«Comme toi Lanterne je n’ai pas vraiment d’identité et mon appellation varie suivant les contrées où je m’installe. Aujourd’hui, pour toi, je serai Nuit.»
L’enfant se recroquevilla un peu plus contre le mur, non pas qu’il fut effrayé, mais simplement parce qu’une légère brise venait de se lever et qu’il cherchait à s’en protéger.
«Suis-je le seul, Nuit, à t’entendre, ou ta douce voix résonne-t-elle dans le cœur de tous les enfants ?
- Non, ce soir je ne parle qu’à toi.»
Le garçon se tut et, les yeux grands ouverts, regarda le ciel.
Quelque chose en lui, probablement un instinct nocturne, lui chuchotait qu’il fallait être éveillé pour entendre le murmure de la nuit.

Tout le reste du temps l’enfant resta muet et son nouveau camarade fit de même. Cependant, malgré cette absence de mot, Lanterne savait que si la nuit ne parlait plus à son esprit elle s’adressait à son cœur comme bien des fois déjà elle l’avait fait, sans ouvertement se manifester. Il percevait, venant de la forêt, le hululement du hibou, le souffle du vent, un peu plus sinistre, un peu plus furtif, juste assez pour humidifier les murs et éveiller en eux d’étranges frissons.
Mais surtout c’est le silence que l’enfant écoutait, cette paisible harmonie qui unissait tous les êtres le soir tombé.
Oui, ce n’était sûrement pas la première fois que Nuit lui parlait ainsi mais pour la première fois chaque son s’inscrivait en lui comme une sensuelle caresse, signe d’une tendre affection, d’un intimité partagée.
Ce fut dans cette sérénité que le jour revint, agressant les yeux encore ouvert de Lanterne et faisant fuir Nuit à grands coups de klaxons, de cris et de ricaillements.

Les nuits qui suivirent c’est avec plus d’ardeur et d’espoir que Lanterne guetta l’appel de Nuit mais chaque fois son désir laissait place au silence, ce silence qui était désormais pour lui plus un signe d’abandon que d’amitié.
Ce n’est qu’au bout de plusieurs semaines que l’enfant, pris d’une profonde mélancolie songea à rétablir lui même le dialogue avec Nuit :
«Pourquoi, il y a de ça plusieurs lunes, t’es-tu adressé à moi ? Est-ce la folie d’une solitude trop longtemps nourrie qui me fait divaguer ou l’esprit de la Nuit existe-t-il vraiment ?»
L’écho de ses paroles résonna quelques secondes dans l’étroite ruelle avant de s’éteindre comme une flamme en manque d’oxygène. Quand le silence fut revenu une réponse s’éleva jusqu’à lui, faible mais néanmoins perceptible :
«Je cherchai à savoir à qui appartenait toute cette lumière. Tu es peut-être éveillé Lanterne mais tu rêves et tes rêves m’illuminent comme les étoiles elles-mêmes n’en sont plus capables.»
Le garçon leva les yeux vers l’immensité au dessus de lui :
«Je ne me doutais pas que la nuit pouvait autant aimé la clarté.»
Lanterne était conscient qu’il passait les heures sombres à espérer, à espérer en secret un monde meilleur où il ne serait plus dos-au-mur mais prince et que son royaume s’étendrait à l’infini car il n’y aurait plus aucune frontière, plus aucun mur pour séparer les Hommes et instaurer des conditions ; juste des bras grands ouverts pour soutenir ses amis et l’humanité toute entière, comme des murs le feraient sans évoquer cependant dans les cœurs la crainte qu’ils ne s’effondrent et ne les ensevelissent.
L’enfant savait déjà tout ceci mais il ne comprenait pas pourquoi ses rêves plus que ceux des autres rayonnaient. Il n’eut toutefois pas besoin de poser sa question pour que Nuit la perçoive et lui explique :
«Tu n’es pas le seul à rêver, Lanterne, mais tu rêves différemment. Tous autour de toi aspirent au pouvoir, à la domination, à la vengeance… Ce sont pour la plupart des rêves égoïstes et personnels. Tandis que toi, petit, tu rêves d’amour.
Il y a très longtemps, à une époque où l’Humanité même n’était pas encore née, il y avait dans le ciel non pas une mais deux Lunes, l’une et l’autre d’une splendide clarté. Cependant un jour une guerre est apparue, la première, je ne me souviens même plus pourquoi. Le conflit a grandi, enflé, tout comme la haine dans le cœur des Hommes et lentement les souhaits d’union de paix et de fraternité se sont émiettés.
Celle que l’on nommait à cette époque Lautre s’est fragmentée, déchirée, brisée pour finalement exploser sous la pression des tensions…nous ne l’avons jamais revue, probablement est-elle morte.
Tu ne saisis surement pas toute l’étendue de ton talent mais sache, Lanterne, qu’un seul rêve de ton cœur suffit à dissiper l’effroi de quelques autres.»
Une nouvelle fois le silence revint sur la ville car il y a des vérités qui, une fois énoncées, semblent si lourdes de sens que toute autre phrase serait déplacée.
Seuls ces quelques mots pouvaient prétendre combler le gouffre qui s’était instauré : «Explique-moi.»
Alors, après un long soupir, obéissant à l’ordre ingénu d’un enfant, la nuit lui ouvrit son âme :
« J’ai peur petit, d’une frayeur infantile mais non pas stupide. J’ai peur du noir comme nul ne l’a jamais autant craint et dès que j’ouvre les yeux la terreur s’empare de moi, incontrôlable.
J’ai peur car je sais que c’est dans la pénombre que sont commis les meurtres, les larcins et que naissent les cauchemars.
J’ai peur car je suis la seule à entendre les rêves du monde, ces rêves noirs de haine. Pourquoi suis-je obligée de garder les yeux ouverts ? En réalité Lanterne ce n’est pas de l’obscurité des villes dont j’ai peur mais la noirceur des cœurs que je fuis. Je pense alors que tu peux t’imaginer combien ta lumière me réchauffe l’âme.»
L’enfant aurait voulu aider Nuit mais il ignorait comment faire. Cela aurait été se leurrer que de croire que l’on peut changer la nature des Hommes. La seule chose qui lui semblait être à sa portée était de remplir son cœur avec tout l’amour dont il disposait, l’affection qu’il avait pour celle qui lui procurait déjà depuis plusieurs mois une inestimable compagnie, mais aussi la tendresse qu’il ressentait pour tous ceux qui lui avait un jour accordé un peu de compassion et d’attention. Alors il lui suffirait de sourire, doucement, timidement, pour lui offrir son cœur.

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19th février 2010

Réfugiés de la réalité (2/2)

Salut !

Voici la suite du conte débuté la semaine dernière.

Bye et bonne lecture.

Réfugiés de la réalité

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Réfugiés de la réalité (2/2)

Le jour même de sa rencontre avec l’oiseau l’enfant commença à s’affairer de toute part, rassemblant ficelles, tissus et tiges de fleur.

«Que fais-tu donc ? » demanda son grand-père, intrigué.

Mais son petit fils lui répondit simplement ces trois mots, un sourire sur les lèvres : «Je rêve éveillé…»

Le mystère subsista de nombreux jours mais au bout d’un mois l’ancêtre vit apparaître une corde entre les mains de Grand Rêveur :

«Quelle montagne comptes-tu escalader avec ceci ? Interrogea le grand-père.

- Celle de la réalité.»

Malheureusement Grand Rêveur était encore trop petit pour savoir qu’on ne peut gravir une telle falaise mais seulement s’y échouer.


Un an après la rencontre, jour pour jour, la corde était finie. Elle faisait plus de dix mètres et à l’une des extrémités se dressait une boucle de telle sorte qu’elle ressemblait à un immense lasso.

Au petit matin l’enfant sortit de son abri, la corde sous le bras et se mit à scruter attentivement le ciel, une main en visière pour se protéger du Soleil.

Soudain une ombre noire obscurcit le visage de Grand Rêveur mais ses yeux s’illuminèrent : le Nuage était au rendez-vous.

Ôtant le lasso de son épaule, il se mit à courir derrière la forme blanche tout en faisant tourner la corde au dessus de sa tête avant de la lancer de toutes ses forces en direction du nuage.

Le lasso se referma sur sa victime et commença à entrainer dans sa course l’enfant qui s’agrippait à l’autre extrémité tout en s’élevant progressivement à la force de ses bras au dessus du sol.

«Je ne rêve plus, s’écria Grand Rêveur, je vole ! Je vais enfin pouvoir traverser la Ligne ! »

L’enfant riait de tout son cœur : il vivait son plus beau rêve. En dessous les personnes qu’il survolait, ses amis, sa famille l’applaudissaient. Tous se réjouissaient de cet exploit, tous sauf un.

Grand Rêveur ne le savait pas mais son grand-père l’observait et il s’inquiétait.

Petit à petit, sans que l’enfant ne le remarque, la corde s’enfonçait dans l’épaisseur blanche et, bientôt, il ne resterait plus rien pour le soutenir.

Poussé par le vent, le Nuage se rapprochait de la muraille et de ses pics acérés, entrainant toujours avec lui son passager.

Soudain deux évènements survinrent : l’enfant survola le sommet de la Ligne…et le Nuage se brisa.

En quelques secondes son sourire se métamorphosa en cri de terreur tandis que Grand Rêveur tombait. Il allait s »échouer sur la falaise de la réalité.

«Rêver est un droit universel et immuable, songea l’enfant ; réaliser son rêve ne l’est pas…»

Grand Rêveur ferma les yeux.

Tout à coup, au lieu de se sentir lacérer par le fil barbelé, quelque chose l’agrippa par sa tunique et le souleva.

«Ouvre les yeux petit, ne te réfugies plus dans les rêves, ce serait te voiler la face que de croire que, seul, tout est possible.»

L’enfant obéit au conseil et souleva ses paupières.

Au dessus de lui Libertin planait, portant à bout de serres un rêve renaissant.

«Et je t’en pris, poursuivit l’oiseau ; redescend de ton nuage. »

Grand Rêveur se hissa sur le dos du roi et regarda au sol : ils avaient traversé la Ligne.

«Tu n’as pas peur d’être fusillé ? » demanda l’enfant.

En bas les visages se levaient ahuris, les immeubles alternaient avec les jardins, les villes avec les campagnes ; jamais le cavalier des airs n’avait vu aussi beau paysage : c’était le paradis.

«Pour te dire la vérité : si, j’ai peur. Mais je me dis que si un enfant risque sa vie pour le bonheur de son peuple, alors ce serait un crime que de le laisser mourir tandis qu’il s’est battu pour nous.»

L’enfant tourna la tête et ce qu’il vit le laissa muet.

Des dizaines…non. Des centaines, probablement même des milliers d’oiseaux les entouraient.

«Prince, voici votre armée. Voyez comme la réalité, parfois, peut être belle. »

Mais à terre, déjà, les fusils se chargeaient, prêts à ouvrir le feu.

Cependant, lorsque les hommes et les femmes aperçurent Grand Rêveur, tous baissèrent leur arme et un murmure se répandit dans chaque village et ville que l’armée survolait :

«Un enfant…»

Alors le jeune prince quémanda :

«Libertin, s’il te plaît, faisons demi-tour.

- Pourquoi ? Rétorqua l’oiseau surprit.»

Grand Rêveur marqua alors un temps de silence avant de répondre :

«Traverser la Ligne n’était pas seulement mon rêve mais celui de tout mon peuple et il ne pourra être exhausser que lorsque, tous, nous l’aurons réalisé.»

Obéissant alors le roi et son escorte s’en retournèrent vers la muraille.

«Tu es sage petit ; malgré la haine que tu portes en toi et l’armée dont tu disposes désormais, tu n’as pas songé à ravager le pays.

- Tu te trompes, rectifia l’enfant, j’y ai pensé lorsque je t’ai demandé de faire demi-tour ; j’ai même hésité. Seulement je me suis dit que s’ils n’avaient pas tirés sur nous, c’est qu’il leur restait encore un peu de bonté et que je me devais de la protéger.»

De retour devant la muraille, l’armée des anges plongea vers la porte de marbre interdisant le passage de la Ligne et, dans un même élan de volonté, la brisèrent en milles morceaux.

Grand Rêveur redescendit alors sur terre et, lorsque le nuage de poussière fut retombée, il s’exclama:

«Entrez Réfugiés, le rêve, parfois, rejoint la Réalité ! »

Et lorsque la foule eut franchie la porte, les yeux de l’enfant se reportèrent sur le sol et il sourit : les décombres de la muraille recouvraient la Ligne.

«On ne peut effacer la réalité, murmura Libertin, seulement l’enfouir et l’ensevelir sous quelques rêves…»


«Grand-père, c’est quoi un réfugié de la réalité ?

- C’est un rêveur qui a fuit la réalité d’un monde pour se réfugier dans le rêve d’un autre. Nous sommes tous quelque part des réfugiés de la réalité.»

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10th février 2010

Réfugiés de la réalité (1/2)

Salut !

Je vous présente aujourd’hui un conte écrit pour le club Unesco dont je fais parti. J’ai pris beaucoup de plaisir à l’écrire et j’espère que vous en prendrez encore plus à le lire !

Bye et bonne lecture.

Réfugiés de la réalité (2/2)

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Réfugiés de la réalité (1/2)

«Un jour, du ciel, l’armée des anges descendra guidée par son prince et elle viendra nous ouvrir les portes du paradis, mais seuls les rêveurs croient encore à cette légende.

- Grand père ; c’est quoi un rêveur ?

- C’est quelqu’un qui espère, en vain, de tout son cœur.»


Il était une fois un enfant du nom de Grand Rêveur. Sa famille l’avait nommé ainsi car ses rêves étaient très différents de ceux des enfants de son âge. Il ne rêvait pas du dernier jouet sorti dans les magasins, ni d’une montagne de glace au chocolat, ni même d’un parc d’attraction ; ses rêves étaient trop grands pour que ses parents puissent les exhausser.

Assis à califourchon sur un baril vide de pétrole, se balançant lentement d’avant en arrière, l’enfant rêvait.

Il rêvait qu’au loin les feux s’éteignaient et que les fusils se taisaient, il rêvait que les immenses décharges bordant son bidonville étaient de gigantesques et luxuriantes forêts, il rêvait qu’un soir, en se couchant sur sa paillasse il n’entendrait plus les lamentations de son estomac. Mais surtout, surplombant tous les autres, trônait Le Rêve, celui là précisément que les enfants formulent lorsque les adultes leur demandent quel est leur souhait le plus cher.

Grand Rêveur rêvait qu’un jour, lui et sa famille, pourraient enfin traverser la Ligne.


Souvent le soir lorsque Grand Rêveur refusait d’aller dormir, son grand-père s’asseyait auprès de lui et, en regardant le ciel, ils rêvaient.

«Grand-père, pourquoi notre pays est-il en guerre ; je ne suis pourtant fâché contre personne ? » questionna une nuit l’enfant tandis que l’horizon venait de s’allumer comme une bougie, très vite soufflée, avant que ne leur parvienne les applaudissements des bombes.

«Ce n’est pas notre guerre mon enfant mais celle des pays riches. Une bataille vois-tu, cela fait des dégâts, ça détruit des villes, des vies pour la plupart innocentes et ça plonge le pays dans le feu et le sang. C’est beaucoup moins risqué pour ces égoïstes nations de mener chez nous leur combat. Regarde toutes ces poubelles ! C’est pareil. C’est plus facile de les stocker dans des pays faibles, obligés de se taire. »

Grand Rêveur se souvenait de son village natal si paisible, de ce jour où pour la première fois il connut la peur, de leur fuite effrénée et de cette phrase qu’avait prononcée il y a très longtemps son grand-père :

«Restons ici, plus loin c’est la Ligne. »

C’est pourquoi, les yeux rivés vers l’horizon, l’enfant demanda :

«Montre moi la Ligne. »


A chaque âge appartient une expérience. Petit on apprend à lire et à écrire, plus tard à devenir indépendant…Chacun de ces apprentissages nous transforme à un moment précis de notre vie mais il y en a un qui ne se situe dans aucune tranche d’âge mais qui, plus que tous les autres, modifie notre perception du monde.

Cette expérience, soit nous la découvrons par nous même, soit elle nous est imposée.

Il n’y a pas d’âge pour affronter la réalité.


Grand Rêveur marchait à longues enjambées afin de suivre l’allure rapide de son grand-père. Tous deux se taisaient.

Soudain devant eux apparut une immense muraille s’étendant à perte de vue, un mur recouvert de fer barbelé au pieds duquel était tracé en blanc une ligne : La Ligne.

«De l’autre côté c’est le bonheur, la profusion, la richesse. Ils se sont entourés pour se protéger de la honte de l’égoïste possession. Des vigiles sont postés de partout sur la Ligne ; nul ne l’a jamais franchi vivant, dans un sens ou dans l’autre.» déclara l’ancêtre.

Grand Rêveur approcha ses pieds jusqu’aux limites de la Ligne.

«N’y a-t-il vraiment rien qui n’entre ou ne sorte de ce riche pays ? »

Pendant un long moment son grand-père réfléchit avant d’expliquer :

«Même les oiseaux ne traversent plus la Ligne, on ne sait pourquoi.»

Alors tout deux regagnèrent leur bidonville.


Toute la nuit les images de la Ligne et de la muraille hantèrent le sommeil de l’enfant. Il revoyait la fine marque blanche semblant presque tracée à la craie et le mur de terreur s’élevant à plus de six mètres de haut.

«Pourquoi ont-ils peur de moi, demandait Grand Rêveur, est-ce un crime que de rêver à un monde meilleur ? »


Le lendemain Grand Rêveur retourna voir la Ligne. Elle le fascinait et l’effrayait à la fois car il ne comprenait pas comment quelque chose d’aussi ténu pouvait être à lui seul la cause de tous les maux d’un peuple.

Après l’avoir contemplé un long moment l’enfant s’accroupit soudain auprès d’elle et, pris dans un élan d’espoir et de rage, il déchira un pan de sa tunique et se mit à frotter la Ligne de toute la force de ses fébriles mains.

Cependant, plus il grattait le sol plus le nombre de plaie sur sa peau augmentait et plus il sentait en lui la haine grandir.

«Non ! Je ne dois pas haïr ! C’est par la haine que le malheur et la douleur se fraient un chemin dans nos cœurs. C’est par la haine que les guerres commencent. » Grand Rêveur secoua la tête le visage crispé :

«Je ne veux pas devenir un monstre comme eux…»

Tout à coup il sentit une vague d’air lui rafraichir le visage et une voix stridente s’exclama :

«Ne t’inquiètes pas petit enfant, jamais tu ne pourras leur ressembler car même si tu en venais à les haïr de tout ton cœur, ce n’est pas un morceau noirci de tissu ou tes mains tremblantes qui feront de toi un meurtrier. Seul l’argent te le permettrait. »

Grand Rêveur abandonna sa tache et se retourna. A ses côtés se tenait un magnifique oiseau au plumage blanc.

«Qui es-tu ?» questionna l’enfant.

L’animal se redressa de toute sa hauteur, bomba le torse et déclama :

«Je m’appelle Libertin et je suis le roi des oiseaux.»

Soudain Grand Rêveur se remémora sa discussion de le veille :

«Si tu es un oiseau, qui plus est leur roi, pourquoi ne traverses-tu pas le Ligne ?

- Il y a des années, lors de la construction de la muraille, nous fûmes chassés de ce pays pour des raisons toutes aussi futiles les unes que les autres.»

L’animal tourna la tête en direction de la Ligne, songeur.

«Avez-vous depuis tenté de retourner dans l’enclave ? Demanda Grand Rêveur.

- Jamais, murmura l’oiseau, nous serions fusillés.»

Le visage dur l’enfant s’exclama :

«Vous êtes peureux et lâches.»

Mais le roi se tut.

Une ombre passa alors au dessus de cet étrange couple et l’oiseau déclara avec un sourire :

«Seul le Nuage est autorisé à franchir la Ligne. Chaque année il surgit au dessus de nos têtes avant de disparaître derrière la muraille.»

Le pâle tissu blanc traversa le ciel puis sauta de l’autre côté de la Ligne.

«Dans un an, à la même heure, nous le retrouverons.»

L’oiseau s’envola alors laissant l’enfant seul. L’animal ne savait pas qu’il venait de donner à Grand Rêveur une nouvelle raison d’espérer.

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13th janvier 2010

L’aube des étoiles (2/2)

Salut !

Voici la fin du conte dont j’avais mis le début il y a deux semaines. J’espère que cela vous plaira.

Bye et bonne lecture.

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L’aube des étoiles (2/2)

 

            Un matin, à l’aube, lorsque le Soleil commençait à pointer à l’horizon, la mouche prit son élan et sauta de sa fleur qui était devenue pour elle comme une seconde maison.

Jour et nuit elle battit de ses fébriles ailes et s’éleva au dessus du sol. Plus elle se rapprochait de l’astre plus sa forêt lui semblait petite et plus elle prenait conscience de l’ampleur du monde.

« Moi, probablement un des insectes les plus petits de cette planète je suis tombée amoureuse de l’astre le plus grand et le plus important du Système Solaire. »

Lorsqu’Ykar avait questionné la Lune sur le chemin le plus rapide pour se rendre jusqu’au Soleil cette dernière avait répondu qu’il fallait d’abord quitter la terre et voler ensuite en direction de la lumière.

« Mais comment saurais-je que je ne suis plus sur la planète bleue ? avait rétorqué la mouche. 

- Quand autour de toi, tout sera noir. »

Cela faisait tellement longtemps qu’Ykar volait et elle était tellement fatiguée  qu’elle avait perdu toute notion du temps. Si la mouche arrivait encore à battre des ailes c’est qu’elle puisait cette force dans l’admiration et son amour pour le Soleil.

« S’il peut courir tous les jours dans notre immense ciel sans jamais s’accorder une minute de repos, alors moi aussi j’en suis capable. »

C’est pourquoi ; pour se donner du courage, la mouche fixait continuellement le Soleil dès qu’il sortait de l’océan et la nuit elle observait la Lune, s’imaginant que c’était celui qu’elle chérissait.

Mais un jour soudain, lorsque l’astre était au zénith, autour d’Ykar tout devint noir.

« Ca y est ! se réjouit la mouche, j’ai enfin quitté la Terre ! Il ne me reste plus qu’à suivre l’éclat du Soleil. »

Cependant, ses yeux amoureux ne perçurent aucune lumière ; c’était l’obscurité complète.

Effrayée, perdue, la mouche tourna dans tous les sens à la recherche de la plus petite étincelle. Elle était paniquée :

« Je ne peux pas avoir parcouru tout ce chemin pour rien ; la Lune ne m’aurait pas menti…

- Ton satellite ne s’est pas joué de toi, il t’a dit la vérité, tout ce qu’il y a de plus vrai. »

Ykar fit volte face, étonnée :

« Qui êtes-vous, je ne vous vois pas ?

- Je suis une étoile filante et j’appartiens à la grande famille des Perséides. »

Tournant  toujours sur elle-même la mouche protesta :

« Par quel sortilège êtes-vous invisible à mes yeux ? »

Et, de n’importe où et de nulle part, de l’univers entier jusqu’au plus profond de son âme une voix murmura :

« Par amour. »

Ykar resta muette, bouche bée devant les paroles insensées de l’étoile filante.

« Je suis désolée de devoir te l’annoncer mais tu n’as pas quitté la Terre, tu en es même encore loin. Si autour de toi tout te semble noir c’est simplement que ton amour t’a rendue aveugle. Personne ne t’avait jamais prévenu qu’il est très dangereux de regarder le Soleil ?

- Mais comment une telle splendeur peut-elle nous vouloir du mal ? Pourquoi, alors que j’aimais tant l’admirer, m’a-t-il brûlé les yeux ? »

L’étoile filante eut un petit rire puis sourit :

« Sache mon enfant que les apparences sont parfois trompeuses, je le sais désormais mais ile st trop tard pour moi. Il y a quelques années j’étais dans ton cas, une poussière de roche de moins d’un millimètre ; j’ai eu la malchance de tomber amoureux de la Terre…elle est si jolie dans on peignoir bleue, j’avais tellement envie de toucher son corps pourvu de centaines de cristaux différents, de roches et de pierres précieuses. »

L’étoile filante soupirat et si la mouche avait pu lire dans ses yeux elle y aurait décelé un océan de nostalgie.

« Comme toi, j’ai cherché à rejoindre celle que j’aimais et regarde aujourd’hui à quoi j’en suis réduit, moi et toute ma famille. Camarade, l’amour t’a simplement ôté la vue ; prend le tel une mise en garde. Moi elle consume désormais de l’intérieur et me ronge pour mettre à nu mon faible cœur amoureux. Dans quelques minutes je ne serai plus que cendre et souvenir ; tu es probablement la dernière personne que je rencontre alors laisse moi t’aider. »

La mouche acquiesça et ouvrit grand ses oreilles.

« Ne te laisse pas dominer par tes sentiments, tu ne serais plus que le pantin d’un cœur tyran. Apprends à les maîtriser, à les contrôler. Si la beauté est dangereuse, l’amour l’est tout autant, il te tend une embuscade, se cache dans ton dos et te poignarde un jour par surprise. Tu ne comprends ce qu’il t’arrive que lorsqu’il est trop tard.

Je t’en prie, oublie cette folie de vouloir rejoindre le Soleil, ton sort serait semblable au mien. Ne crois pas que l’astre du jour puisse tomber amoureux de toi, ce serait un mirage, il n’est qu’une boule de gaz, une machine infernale qui produit sans cesse de l’énergie et de la chaleur. Retourne sur la Terre. »

Ykar se taisait, désormais plus que d’être perdue physiquement elle l’était mentalement. Toutes ces informations, ces conseils, ces réalités qui lui ouvraient les yeux, lui tombaient dessus beaucoup trop vite.

Alors, sentant son désarroi, l’étoile filante reprit la parole pour l’aider une dernière fois :

« Il paraît que sur ta planète bleue lorsqu’on voit un membre de ma famille traverser l’atmosphère et mourir on fait un vœu. Reviens sur Terre et réfléchis au souhait que tu aimerais le plus voir s’exhausser. Si tu le veux sincèrement et que tu y crois vraiment ; alors il deviendra réalité. »

La voix de l’étoile filante diminua ensuite lentement tandis qu’elle s’en allait laissant la mouche seule avec son amour inassouvi.

Petit à petit Ykar ralentit les battements de ses ailes pour toucher finalement de nouveau les pétales humides de sa fleur de campagne.

 

            Durant son aventure la mouche s’était endurcie ; elle avait réussi à oublier la faim et la fatigue cependant elle réalisait désormais  combien elle était épuisée et affamée.

Mais surtout au fond d’elle elle ressentait un grand vide, un effrayant abîme en extension.

« Est-ce cela la douleur, ce coup de poignard dont parlait l’étoile filante ? J’ai l’impression qu’il m’ôte lentement tout goût à la vie et qu’il me laisse exempt de tout désir. Mais s’il y a une chose qu’il ne peut m’enlever c’est mon admiration pour celui que j’aime. »

Soudain un sifflement retentit et les yeux d’Ykar s’illuminèrent car elle reconnut le doux murmure d’une étoile filante.

« Je fais le vœu de devenir une étoile. »

 

            Petit à petit, au fil des jours, la mouche recouvra des forces et bien qu’au début elle eut un peu de mal à trouver sa nourriture toute seule elle apprit ensuite à se diriger grâce à l’ouïe.

A chaque fois qu’un rayon de Soleil se posait sur ses ailes le gouffre s’agrandissait et l’absence en elle se faisait sentir toujours plus forte.

« Quel souhait irréalisable que de vouloir devenir une étoile, je suis une mouche, rien d’autre. J’embête les promeneurs quand je passe malencontreusement à côté d’eux, les animaux quand je me pose sur leur dos, et mon bruit strident est fuit par quiconque s’approche. Les étoiles sont recherchées par tous les grands Hommes, leur chaleur convoitée et leur lumière nécessaire à la vie ; je n’ai rien d’une étoile. »

Ykar s’imaginait déjà les rires moqueurs de ses amis et de sa famille si elle leur annonçait que son rêve était d’être une étoile.

Mais alors la voix d’un lointain souvenir chuchota à son cœur :

« Si tu le veux sincèrement et que tu y crois vraiment ton rêve deviendra réalité. »

Et soudain l’abîme s’arrêta de croître.

« Qu’importe si je ne deviens pas une « fabrique d’énergie « , qu’importe ma petite taille, qu’importe que tous médisent de moi ; j’ai envie de devenir une étoile.

J’ai envie qu’en me voyant les personnes sourient, j’ai envie de réchauffer leur cœur avec un peu de bonheur, j’ai envie d’être cette étincelle qui dans l’obscurité illuminera leurs yeux. »

Tout à coup dans la nuit une lumière apparut.

« J’ai envie d’aimer sans avoir peur de me consumer. »

C’était une faible clarté passagère qui s’éteignait comme une étoile filante…

« J’ai envie d’être aimé sans avoir à cacher ma flamme derrière un voile de peur. »

…mais qui se rallumait chaque fois comme un phare en pleine mer, comme un battement de cil, signal de vie.

« J’ai envie que l’on nomme cette catégorie d’étoiles celle des Lucioles »

 

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1st janvier 2010

L’aube des étoiles.

Salut !

Bonne année 2010 à tous !

Je vous présente aujourd’hui un conte écrit juste avant mon week end à Paris bien que l’idée soit plus ancienne. J’espère qu’il éclairera cette nouvelle année.

Bye et bonne lecture.

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L’aube des étoiles (1/2)

 

    « Chaque matin quand tu te lèves, avidement je te guette ; mais le soir, jamais tu ne te couches auprès de moi : Pourquoi pars-tu quand j’ai le plus besoin de toi ? »

 

     Il était une fois une mouche couleur cendre que tous nommait Ykar. Toute son enfance elle avait vécu dans une forêt sombre et humide, protégée du monde par le dense feuillage des arbres. Elle avait toujours cru que la Terre était uniquement peuplée de buissons, de chênes, de pins et de champignons ; qu’il faisait nuit lorsque le hibou se mettait à chanter et que le jour revenait lorsque les criquets commençaient à grésiller.

Mais un matin, perdue dans une mystérieuse rêverie, son vol la mena plus loin qu’elle n’avait jamais été, aux confins de son univers, sur les pétales d’une fleur de campagne.

Alors Ykar tomba amoureuse.

 

     Dans le ciel, bien au dessus de l’horizon, le Soleil resplendissait et la mouche fut incapable de résister à son charme, tombant dans les griffes de ses rayons immatériels comme de futiles paroles parfois nous bernent.

Des jours durant Ykar resta assise, immobile sur sa fleur et seuls ses yeux bougeaient, se déplaçant dans l’océan céleste afin de ne jamais quitter du regard l’élu de son cœur.

La nuit lorsque le Soleil disparaissait la mouche quittait son promontoire pour aller chercher un peu de nourriture mais elle retournait bien vite à sa place, effrayée à l’idée que l’astre ne ressurgisse de l’horizon sans elle à son chevet.

Souvent elle lui parlait de sa vie avant leur rencontre ou des sentiments étranges quelle ressentait pour lui :

« Je ne sais pourquoi, plus que de t’aimer je t’admire ; j’admire la grâce avec laquelle tu te meus dans le ciel, j’admire ta bonté de donner toute cette chaleur pour simplement quelques regards ; j’aime le matin, à l’aube, quand tes premiers rayons caressent mes ailes frigorifiées, j’aime le soir te voir changer de robe avant de te coucher…est-ce aimer quelqu’un que de l’admirer ou est-ce l’admirer que de l’aimer ? »

Mais jamais le Soleil ne répondait.

Alors une nuit Ykar ne partit pas se restaurer mais resta assise sur sa fleur et attendit patiemment la venue de la Lune. A la vue de cette dernière, la première impression de la mouche fut la déception : à part sa taille similaire à celle du Soleil le satellite ne dégageait qu’une lumière pâle et fade et son éclat semblait celui d’une faible bougie comparé à la puissance de l’astre flamboyant.

Néanmoins Ykar tenta d’attirer son regard car elle avait grand besoin de lui parler :

« Lune, toi qui rayonnes dans la nuit, m’entends-tu ? »

Et des profondeurs du ciel une puissante voix répondit :

« Oui .»

La mouche, certifiée d’obtenir une réponse demanda alors :

« Saurais-tu pourquoi le Soleil refuse de me répondre ?

- C’est simple : il ne t’entend pas. »

Ykar, surprise, ouvrit de grands yeux :

« Si ma faible voix porte jusqu’à tes oreilles, pourquoi ne porterait-elle pas jusqu’à celles de mon bien aimé ?

- Il faut que tu saches que, bien qu’ayant pour toi la même taille que le Soleil, je suis beaucoup plus petit mais également beaucoup plus près de la terre et que, si l’astre du jour ne perçoit pas ta requête c’est qu’il est situé à une distance que, en tant que petite mouche, tu ne peux t’imaginer. »

La mouche tout d’abord dépitée se ressaisit ensuite et s’illumina d’une lueur d’espoir :

« Mais ne connaîtrais-tu pas un moyen pour lui déclarer ma flamme ? »

La Lune se tut un instant puis déclara catégorique :

« Il faut que tu t’en approches d’assez près pour qu’il puisse t’entendre ; mais permets moi de te dire que c’est peine perdue car le temps nécessaire à ce voyage titanesque est démesuré »

Tout le reste de la nuit Ykar garda le silence et n’écouta que le bourdonnement incessant de son esprit mais, lorsque le satellite commençait à disparaître à l’horizon, elle se leva sur sa fleur et tonna à l’univers entier :

« Moi, Ykar, j’irai voir le Soleil pour lui exprimer l’étendue de mon amour et de ma gratitude, qu’importe les distances et le temps que cela me prendra : je l’aime. »

Alors débuta le plus long et le plus périlleux voyage qu’une mouche n’ait jamais entrepris.

 

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24th septembre 2009

Sy’tème.

Salut !

Pour sûr les cours ont bien repris…les contrôles s’alignent et le temps d’écriture diminue. Ces deux dernières semaines j’ai été obligée de fractionner un poème en de nombreux morceaux (chose que j’affectionne peu). Il y a quelques jours j’ai lu Messieurs les enfants de Daniel Pennac (un vrai rush pour le terminer avant la vague de devoirs) et ces derniers jours j’ai commencé Candide de Voltaire pour le français…c’est complètement différent.

Enfin, aujourd’hui je vous présente un récit proche du conte écrit cet été. C’est une idée que j’ai reprise de l’hiver précédent mais que cette fois-ci je suis arrivée à traiter tel que je le souhaitais.

Bye et bonne lecture.

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Sy’tème.

 

    Il y a des milliards d’années un Soleil naquit et il a des milliards d’années une petite planète tellurique vit le jour que l’on nomma Terre.

Leurs vies étaient vouées à se mêler, se rencontrer mais si c’était la volonté du destin ou le simple hasard, nul ne le sut et nul ne le saura jamais. Quoiqu’il en soit cette alliance n’arriva pas toute seule et fut orchestrée par deux êtres étranges : l’un s’appelait Nadiron, fils du Soleil et l’autre, fille de la Terre, portait le doux prénom d’Aïga.

Ces enfants du Ciel ressemblaient en de nombreux points aux Hommes que nous sommes aujourd’hui bien qu’étant plus grands et ayant de magnifiques yeux couleur d’or. Néanmoins ils n’étaient pas non plus tout à fait semblables aux humains car ils avaient au fond d’eux des sentiments que nul Homme ne pourrait comprendre. Ces êtres ne ressentaient pas la douleur et jamais ils n’avaient versé une seule larme mais ils ne connaissaient pas plus le bonheur et pas une fois leurs yeux n’avaient scintillé de joie.

 

     Un jour à une date très éloignée, Nadiron posa ses pieds nus sur le sol pierreux de la Terre mais à la pensée de la mission que le Soleil lui avait confié son cœur resta vierge de tout voile de tristesse.

La planète sur laquelle Nadiron venait d’arriver était extrêmement convoité par l’astre, son père. Il souhaitait en réalité l’asservir et la transformer en simple rocher sans vie. Il avait d’or et déjà par le biais de son fils réduit en esclave les autres planètes du Système et nul n’avait résisté au pouvoir de Nadiron; ni le géant, enfant de Jupiter, ni la beauté séductrice de la fille de Vénus.

Alors en ce jour, l’ordre qu’avait reçu Nadiron pour sa dernière mission était des plus clairs : Tuer Aïga, fille de la Terre.

Pour ce faire Nadiron n’avait pas d’armes, du moins pas celles que nous connaissons. Il disposait juste de ses mains et de son corps tout entier car, pour reprendre la vie, il lui suffisait de toucher et tout être serait réduit en cendre.

 

     Cependant les choses se déroulent rarement comme on l’espère la vie, ne tenant souvent qu’à une réaction chimique au fond de notre cœur, une étincelle ou à un coup de foudre…

Lorsque le regard de Nadiron plongea sans peur dans le lac d’or des yeux d’Aïga, soudain le monde bascula. Tandis que la jeune fille était éblouit par la force et l’éclat de l’étranger ce dernier découvrit la beauté de l’innocence et de la simplicité, il découvrit la vie et l’espoir tel qu’il ne l’avait jamais vu: Aïga et Nadiron découvrirent en chacun le bonheur et l’amour.

Alors, après que Nadiron ce fut approché d’Aïga il s’arrêta à quelques pas d’elle et déclara de sa puissante voix :

« Ne me touche surtout pas. »

Mais la jeune fille continua d’avancer jusqu’à n’être qu’à quelques centimètres de lui.

« Pourquoi ?

 - Embrasse moi simplement de ton regard. »

En cet instant le Soleil passait au zénith et au même moment une voix s’éleva dans le coeur de Nadiron surpassant le chant de l’amour :

« Hâte-toi mon fils d’accomplir ta tâche ou mon courroux sera grand. Je te laissa encore quelques heures mais pas plus. Fais-vite ! »

Lorsque la voix fut retombée Nadiron fit volte-face, se détournant bien malgré lui de la splendeur des yeux d’Aïga pour aller s’asseoir sur un rocher.

Quand la jeune fille s’approcha de nouveau il tenait entre ses mains une étrange arme : un arc de pierre où était encochée une flèche de feu.

Le fils du Soleil se leva alors et se tourna vers le disque flamboyant, toujours haut dans le ciel malgré les heures qui s’étaient écoulées : « Écoute moi Père ! Je connais ta colère si je désobéis à tes ordres, elle est grande. Mais tu ignores encore tout de la taille de mon amour et il est plus grand.

Va te cacher mais observe bien le feu de la passion. Regarde; ressens comme il est douloureux d’aimer sans pouvoir toucher ! »

Nadiron, de sa force extraordinaire banda l’arc de pierre et décocha la flèche de feu. Cette dernière, sous le regard admiratif d’Aïga vint se planter dans l’astre qui plongea alors rapidement sous l’horizon , tâchant le ciel de son sang.

 

     La nuit était tombée et Nadiron espérait bien que jamais le jour ne se relèverait. Il était assis au côté d’Aïga et ses yeux noyés dans les siens scintillaient comme deux pépites d’or.

Ils scintillaient de joie pour la première fois mais également pour la dernière fois.

A peine quelques heures plus tard reparut à travers les pics acérés des montagnes la noire étoile :

« Enfants ! Vous avez voulu me défier et vos armes se sont pointées vers moi. Mais sachez qu’une étoile ne meurt que de son plein gré. Subissez ma colère ! »

C’est alors que, surgissant de nulle part, apparurent dans le ciel ensanglanté une centaine de météores, toutes dirigées vers la Terre. La mort s’approchait à la lumière du Soleil, elle s’approchait à pas de géant et bientôt elle pénétrerait dans l’atmosphère même de la planète.

C’est alors que Nadiron comprit que, nue, la beauté est éphémère mais qu’il suffit de la revêtir d’un manteau d’amour et d’un bouclier de dévotion pour qu’elle devienne plus forte.

D’affection Aïga était comblée mais il lui manquait encore une armure. Nadiron, après un dernier regard à sa bien aimée se mit donc à courir très vite, à une vitesse que nul n’imagine, avant de sauter hors de la Terre.

Il se métamorphosa alors en immense rocher avant de se mettre en rotation autour de la planète.

Durant ce temps les météores et les comètes s’étaient rapprochées et, tandis qu’elles s’apprêtaient à bondir sur leur victime, Nadiron les appela et sa voix tonitruante résonna dans tout le Système solaire.

C’est ainsi que le fils du Soleil se sacrifia par amour et que son corps se trouva marqué de centaine de cuisants baisers.

 

     Désormais il n’y avait dans le ciel plus l’ombre d’un danger mais alors que Nadiron brûlait d’envie de retourner auprès de l’élue de son cœur, cela lui fut impossible.

Malgré la force considérable que possédait le fils du Soleil, il avait dû pour se transformer voler la magie de l’Univers et il était désormais condamner à tourner autour de la Terre sous cette unique apparence.

Mais si Nadiron tentait de se réconforter en pensant à la protection permanente qu’il pourrait apporter à la planète; Aïga, elle, pleurait. Elle avait commencé à pleurer dès que Nadiron l’avait quitté, dès qu’elle avait compris que plus jamais elle ne pourrait embrasser ses yeux…

Aïga n’avait jamais connu la tristesse parce qu’elle ignorait ce qu’était le bonheur mais Nadiron avait allumé son cœur et l’avait réchauffé d’une douce chaleur. C’est pourquoi à son départ la douceur s’était dissipée pour laisser place aux cendres brûlantes d’un amour toujours vivant.

Néanmoins la fille de la Terre ne pleura pas simplement quelques minutes ou quelques heures; ses larmes furent versées durant des jours et des nuits tant et si bien que son chagrin la métamorphosa finalement en océan recouvrant presque toute sa planète.

Lorsque Nadiron apprit la nouvelle il voulut immédiatement serrer la jeune fille dans ses bras pour dissiper sa peine et il attira alors à lui les mers et les océans avant de les repousser de nouveau, effrayé qu’il puisse la toucher et lui ôter la vie.

 

     Par la suite une myriade d’êtres vivants naquit des larmes d’Aïga et ils purent jouir à la fois de la tiédeur du Soleil et de la protection de Nadiron bien que ce dernier disparût dès que son père se levait.

Il y a dans l’Univers une infinité de mystères mais le plus important n’est pas celui qui pèse sur son origine ou plane au dessus de son futur. Le plus beau et le plus grand mystère, c’est l’amour qu’il recèle.

 

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31st août 2009

La magie de l’amour.

Salut !

La semaine dernière j’étais à Marseille, c’était bien ; mais désormais je tourne en rond ne pouvant plus aller à l’Astrorama la semaine…alors j’écris !

Le conte que je vous présente aujourd’hui a été écrit en début de vacances, peu avant le premier juillet. J’espère qu’il vous plaira.

Bye et bonne lecture.

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La magie de l’amour.

    Il y a bien longtemps, à l’époque où l’imaginaire était maître dans l’Univers, la Terre fut créée par un étrange magicien qui la sortie de son chapeau pointue pour la présenter à ses camarades, fier et réjoui de son tour.

Néanmoins la Planète Bleue ne naquit pas d’un simple « abracadabra » ou d’une parole futile; sa naissance fut éclairée par les émotions, les sentiments du créateur, par des envies, des désirs, des idéologies et des aspirations…

 

     Il était une fois une voix puissante, tonitruante, qui chaque jour avec la vivacité d’un enfant faisait le tour de la Terre, passant par chaque prairie, chaque colline, chaque océan, chaque falaise, chaque désert et chaque regroupement d’hommes.

Et tandis qu’elle courait à travers monts et vallées, la voix hurlait. Elle criait tous les jours le même message et cette régularité était nécessaire car il s’oubliait très vite.

Ainsi chaque insecte, chaque oiseau, chaque poisson, chaque animal et chaque homme entendait ses paroles et pouvait s’en souvenir le temps d’un lever et d’un coucher de soleil.

C’est ainsi que les années puis les siècles passèrent. La Terre grandit et s’embellit mais la voix s’affaiblit.

Plus les décennies passaient plus ses jambes se fatiguaient et le cri, le hurlement que tous connaissaient ne devint bientôt plus qu’un murmure.

La voix ne portait plus aussi loin qu’auparavant et elle devait s’arrêter dans chaque nid, chaque tanière et chaque maison pour être sûre que tous perçoivent le message. Mais ces nombreux détours la ralentissaient considérablement et il lui fallait désormais une semaine pour faire le tout de la Terre.

Sept jours c’était six jours d’oubli, d’ignorance, d’obscurité…six jours pour que la peur, le noir, les rancœurs, les rivalités et la haine s’installent.

C’est ainsi que les rouages de l’esprit et du monde se déréglèrent.

Il y eut des épidémies, des famines, des complots, des pillages et des guerres.

Très vite le cri des couteaux, des fusils, des mitrailleuses, de l’agonie et des bombes surpassa le murmure de la voix.

Elle avait beau hurler sur les champs de bataille les mines continuaient de retentir.

Elle avaient beau tonner de toute sa force dans les forêts le son des tronçonneuses et des arbres que l’on brise ne s’arrêtait jamais.

Désormais c’était la voix qui dépérissait emportant avec elle son message.

Elle comprit à ce moment qu’elle ne pouvait plus assurer son rôle et qu’il était temps de passer le relai.

C’est pour cette raison qu’elle rassembla ses dernières forces et s’avança vers un enfant, seul, assis quelque part au milieu d’une grande métropole.

C’était un petit garçon triste dont le yeux embués de larmes étaient tournés de l’autre côté du trottoir vers une fillette à qui, il savait, il n’aurait jamais le courage de déclarer sa flamme.

Alors, sans un mot, sans le souffle d’un mouvement la voix s’introduisit dans son esprit et dans son âme.

Elle ne voulait pas le dominer ou s’en servir comme d’un instrument; elle souhaitait juste l’aider.

Tout doucement le murmure chuchota à l’oreille de l’enfant lui redonnant courage et espoir. Ce dernier se leva donc et s’approcha de la petite fille tandis qu’il portait en lui le message de la voix.

L’enfant lui prit la main puis l’embrassa avec toute l’affection qu’il avait pour elle et alors sans le savoir l’élue de son cœur devint la première personne à qui il transmit le message.

 

     L’amoureux écrivit des poèmes pour sa bien-aimée et très vite, portée par la voix en lui, sa plume s’en alla découvrir d’autres chemins : les praires de la plénitude, les collines de la vie, les océans de la conscience, les falaises de la volonté et les déserts de la solitude.

C’est ainsi au détour de chaque sentier et de chaque ligne un murmure s’élevait en lui, infime, et bien que l’ignorant, il inscrivait dans chacune de ses histoires le tendre messages de la voix.

Cet enfant fut nommé conteur amoureux ainsi que tous les autres qu’il aima et auxquels il fit don du message.

Des enfants et des adultes, qui ne sont rien d’autres que de grands enfants, des conteurs amoureux, il en existe dans chaque pays, chaque métropole, chaque village et dans chaque lieu où le message de la voix peut résonner.

On les appelle ainsi parce qu’ils protègent grâce à leur paroles leur planète, la paix, les leurs et surtout : l’amour.

Cette voix qui court en chacun d’eux, c’est celle du magicien, c’est celle qui répète chaque jour que la terre n’est pas née par magie mais qu’elle fut créée par amour.

 

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21st août 2009

Le sourire des peuples.

Salut !

 Aujourd’hui je vous présente un conte que j’avais écrit pour un concours mais qui n’a pas gagné. Le thème était : reconstruire les ponts et le dialogue entre les peuples.

J’espère que cela vous plaira,

Bye et bonne lecture.

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Le sourire des peuples.

 

    Sur la plage au bord de l’eau quatre enfants se faisaient face, chacun sur une île, chacun sur son pays. Tous quatre venaient d’avoir douze ans, ils ne s’étaient jamais rencontré et pourtant ils se connaissaient. Tous quatre regardaient les profondeurs de l’eau et ils se remémoraient se qui s’était passé dix ans auparavant.

Une disparition, un drame…le souvenir des larmes versées et qui avaient lié leur cœur à tout jamais…l’unique vision d’un père qu’ils n’avaient connu que de dos…une tête dans l’eau…

     Il était une fois un lac où avait émergé il y a bien longtemps quatre saphirs, quatre perles de vie : l’île de Moé, de Surde, d’Agle et d’Oni.

Ces parcelles de terre étaient habitées par des peuplades toutes uniques et aux caractéristiques propres car les habitants de chacune de ces îles étaient respectivement muets, sourds, aveugles et infirmes, ceci depuis des générations.


     Sur ce lac régnait une tradition ancestrale qui chaque année donnait lieu à une grande parade pour célébrer comme il se devait l’alliance de ces quatre peuples.

Ainsi à chaque commémoration les habitants quittaient les villes pour s’approcher des ponts et participer au spectacle.

Sur un immense bateau trônant au centre de l’étendue d’eau se rendaient les chefs des quatre îles avant que le brouillard ne les enveloppe. Pendant de longues minutes les habitants attendaient, accoudés comme des enfants aux rambardes des ponts tandis qu’ils retenaient leur souffle.

Alors soudain, illuminés par le reflet de la lune dans le miroir de l’eau, quand la brume se dissipait, le bateau réapparaissait paré des drapeaux de Moé, de Surde et d’Oni tandis que retentissait l’hymne d’Agle.

Mais un jour, lorsque le voile blanc s’était levé, les hommes, les femmes et les enfants avaient alimenté le lac de leurs pleurs. Pas un drapeau ne flottait sur les mâts, pas un chant n’égayait la triste soirée. Tel un soleil lorsqu’il se couche le lac s’était mystérieusement teint de rouge et le bateau s’était enfoncé sans bruit dans l’eau calme tandis que seul résonnait le soupir d’agonie du vent.

Depuis cette date les peuples avaient pris peur de leur confrères et la perfide méfiance, avec la douceur du brouillard s’était installée.

Sans qu’aucune raison ne fût mentionnée les habitants détruisirent les ponts un à un avant de s’isoler sur leur île et de laisser s’écouler les années.


     Dix printemps plus tard les peuples n’avaient toujours pas oublié et par temps calme ils pouvaient apercevoir au fond du lac l’épave du bateau.

Alors en ce jour, celui de la dixième commémoration du drame, les quatre enfants, Moé, Surde, Agle et Oni, se souvenaient de cet instant, de cette nuit où ils étaient devenus orphelins.

Durant leur enfance ils avaient tous, sans le savoir, été bercés de la même légende, celle qui les poussait en ce jour à fixer la surface limpide de l’eau, celle qui disait que l’épave du bateau recelait un trésor inestimable, le plus grand des trésors.

Néanmoins ce n’était pas l’appât du gain qui attirait ces enfants mais l’espoir de pouvoir enfin faire leur deuil; quel qu’ il soit…

Ce n’était pas avec haine qu’ils se regardaient mais avec compassion, avec leur cœur…


     Oni fut le premier à agir. Il jeta à terre les bouts de bois qui lui permettaient de marcher et il se laissa glisser dans le lac.

Pour la première fois il put se mouvoir.

Autour de lui la nature vivait; il la voyait et des poissons de mille couleurs le guidaient; autour de lui la nature murmurait et il entendait les battements du lac, de ce cœur malade, cette épave qui pourrissait en lui.

Alors à travers lui Agle retrouva la vue et Surde perçut enfin le chant de la vie. Ils n’avaient plus peur. Ils coururent dans l’eau à la suite d’Oni.

Et pendant qu’ils avançaient vers le trésor, Moé restait seul sur le sable. Dans sa tête résonnait les rires de ses frères qui avaient découvert le trésor et il pleurait en silence. Dans son esprit apparut la vision d’un coffre assis sur un trône de corail et il pleura encore plus fort parce qu’il savait que les coffres ne contiennent toujours que des pièces d’or et des bijoux.

Le deuil de son père, Moé l’avait fait depuis longtemps, mais jamais il n’avait accepté la disparition de l’Alliance.

La seule chose que Moé ignorait c’était pourquoi il savait tout.

Moé pleurait parce qu’il savait que l’argent n’apporte que les conflits et les guerres. Moé pleurait parce qu’il savait que la solitude n’était pas un bouclier mais un morceau de soir dont on se pare comme d’une armure. Moé pleurait parce qu’il savait qu’il était seul à tout savoir.

Et lorsque ses frères remontèrent en brandissant le coffre au-dessus de leur tête en riant, Moé pleura parce qu’il savait que la connaissance était un fardeau bien trop lourd pour un petit enfant qui se noie de tristesse.


     Surde, Agle et Oni traversèrent le lac et vinrent s’asseoir à côté de Moé, cette petite boule recroquevillée sur le sable humide de larmes.

Chacun d’entre eux avait de nouveau perdu ce que le lac leur avait offert un court instant mais cela n’assombrissait pas leur cœur car ils avaient connu et désormais ils pouvaient se souvenir et revivre ces minutes d’intense bonheur.

Ce fut alors avec un sourire rayonnant qu’ils tendirent le coffre couvert d’algues à Moé. Ce dernier ne souriait pas et son visage était de marbre. Quand on sourit on a envie de rire mais quand on rit et qu’aucun son ne sort on est triste.

Moé ouvrit le coffre avec précaution et lorsque le couvercle s’écrasa sur le sol dans un bruit mat il ne vit pas la lumière du soleil se reflétant sur les pièces d’or.

Il ne vit rien. Il entendit .

Il entendit le rire et les voix de dizaines de femmes, de dizaines d’Ondines. Leur chant s’éleva dans le airs et soudain Moé se souvint.

Sa mère, le rivage; lui.

Il y a dix ans, la solitude, le bateau; son père.

Les rires incompréhensibles, leur chevelure de démone; la peur.

Les corps qui bougent, l’obscurité, les ongles qui crissent sur le bois; le sang.

Alors Moé sourit parce qu’il venait enfin d’avoir la preuve que tout ceci n’était dû qu’aux Ondines et à leurs stupides jeux.

Néanmoins ce coffre contenait bien plus qu’une simple certitude, il représentait le rêve de Moé.

Les voix des déesses du lac emplirent les alentours avant de se rejoindre et d’emmitoufler l’enfant de leur magie.

Dans l’esprit de Moé apparut un vrombissement qui se transforma en un hurlement assourdissant puis se consuma en pénétrant dans chaque parcelle du corps du rêveur.

Quand le calme fut revenu l’enfant regarda ses amis un à un et lorsqu’il vit leur sourire, pour la première fois il rit et sous la surprise générale une voix légère et cristalline s’éleva.

C’était des sons timides et boiteux mais c’était probablement un des plus beaux rires qu’il fut permis au lac et à ses îles d’entendre car c’était le rire de la joie, de la vie et du bonheur. Ce rire était la clé de la délivrance, c’était une main tendue vers tous les peuples.


     Dans les jours qui suivirent Moé raconta à ses amis puis à tous les habitants les véritables circonstances du drame et l’Alliance fut refondée. Les quatre enfants devinrent les chefs de leur île respective prenant ainsi leur nom et ils ordonnèrent que les ponts soient reconstruits afin que l’entraide et l’amitié renaissent.

Depuis ce jour on célèbre chaque année le retour de l’union des peuples dans une gigantesque fête où Surde, Agle, Moé et Oni se retrouvent au centre du lac pour brandir un unique poing où est dessiné un sourire, le sourire des peuples.

 

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